‹ Les médaillés du SalonChapitre 21 sur 33 · LAURENT-DESROUSSEAUX · texte numérisé non relu

LAURENT-DESROUSSEAUX

(Henri-Alphonse-Louis)

Né à Joinville-le-Pont (Seine)

Élève de MM. BIN et A. MAIGNAN

MENTIONNÉ ANTÉRIEUREMENT

La grande composition exposée cette année par M. Laurent-Desrousseaux, sous ce titre : La Veuve, et qui a valu à cet artiste sa troisième médaille, représente une scène de mœurs campagnardes où le peintre a surtout voulu prouver son incontestable habileté à rendre le plein air.

Le dessin de certains personnages est par trop rudimentaire, et nous le disons sans périphrases adoucissantes, car M. Laurent-Desrousseaux ne pèche pas par ignorance du métier et sa facture est assez savante, lorsqu’il veut s’en donner

la peine, pour qu’on ait le droit de la critiquer lorsqu elle devient puérile.

Ses deux pastels, Grand-mère et le Bénédicité sont très remarqués au Salon. Le dernier est un pur chef-d’œuvre et l’on s’étonne que la commission de placement ait cru devoir reléguer dans une des galeries extérieures du Palais de l’Industrie cette exquise composition d une originalité si séduisante, et qui va, sans doute, trouver place avant peu dans la collection d’un amateur éclairé ou dans une des salles du musée du Luxembourg.

TROISIÈME MÉDAILLE

CAVE (Jules-Cyrille)

Né à Paris

Elève de MM. BOUGUEREAU et T. ROBERT FLEURY

La Martyre aux catacombes de M. Cavé est inspirée de l’École, mais dans cette toile pleine d’un sentiment très pur et exécutée avec un art plein de souplesse, le peintre a su vivifier le classique par une facture originale et une intelligence délicate de la mythologie chrétienne.

Le personnage, enveloppé dans une riche draperie d’un violet tendre, est étendu sur le dos. Un mince filet de sang court à travers la chevelure épaisse, dans les flots de laquelle la tête repose. Les beaux yeux de la jeune martyre sont clos pour toujours. Ses deux mains sont languissamment repliées sur son cœur, comme si elle priait encore. Son corps charmant, dont la froide rigidité de la mort accuse encore davantage les gracieuses élégances est couvert de fleurs. Un jour faible, venu de très haut, éclaire timidement la crypte silencieuse où dort d’un

éternel sommeil la jeune martyre dont la mort a idéalisé la divine beauté.

Ce qui fait surtout le mérite de cette toile intéressante, soigneusement débarrassée de toute scorie naturaliste et cependant sincèrement exécutée en face de la nature que l’artiste a interprétée avec émotion, en dehors du poncif, c’est l’intelligence de la conception et la distinction du dessin.

TROISIÈME MÉDAILLE

GUÉTAL (Laurent)

Né à Vienne (Isère)

L’honorable M. Robinet, le peintre assermenté des lacs limpides « qu’aucun souffle ne ride », des petits galets bien propres, des rocs bien lavés, doit, je me l’imagine, être aujourd’hui terriblement inquiet, car voilà que sa vieille réputation si spéciale et si universelle menace d’être éclipsée par celle de M. Laurent Guétal, jusqu’ici presqu inconnu, et auquel le jury vient d’octroyer généreusement une troisième médaille pour son Lac de Léchauda dans le massif du Pelvoux (Hautes- Alpes) , grande toile d’une exécution léchée, affadie, banale. Les grands rocs qui bordent le lac, dont les eaux sont d’une vérité parfaite, découpés à

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l’emporte-pièce, se détachent avec violence sur des fonds uniformément éclairés par un soleil sans chaleur. L’œil est péniblement affecté par l’ingrate physionomie de ces rochers, de ces terrains à l’éclat brutal, de ce ciel de marbre qu’aucune brise n’a jamais traversé.

Ajoutons toutefois que cette toile est d’un aspect décoratif très important et que si M. Laurent Guétal n’a pas réussi à exprimer, comme dans sa Mare en hiver, la vie de la nature, il a su rendre, par une habile composition, le majestueux aspect de son lac alpestre.

TROISIEME MÉDAILLE

ZAKARIAN (Zacharie)

Élève de M. HUMBERT

MENTIONNÉ ANTÉRIEUREMENT

Cet artiste, qui semble irrémédiablement condamné à ne peindre toute sa vie que de la nature morte , expose cette année deux toiles : fromages et fruits et une table de cuisine. C’est au premier de ces envois qu’a été accordée la distinction qui classe désormais M. Zakarian parmi les exempts du jury d’examen.

Nous reconnaissons très volontiers que M. Zakarian a beaucoup de talent, nous ajouterons même que, chose trop rare chez les fabricants de natures mortes, il a une manière spéciale de voir les objets qu’il veut peindre. Aussi toutes ses œuvres ont-elles un aspect original. Mais nous ne pouvons nous empêcher de déplorer l’étonnante facilité avec laquelle le jury prodigue ses faveurs à un art aussi secondaire, car en définitive la peinture de nature morte réclame avant tout une grande habileté de facture et n’exige aucune des nobles qualités d’imagination et de style nécessaires à la peinture des choses vivantes.

Et cependant cette année trois médailles de troisième classe ont été accordées à des chandeliers, des bouteilles et des fromages lorsqu elles auraient pu, habilement distribuées, servir d’encouragement précieux à de jeunes artistes de talent qui travaillent avec ardeur et passion à rendre la couleur et le frisson de la vie.

TROISIÈME MÉDAILLE

PROUVÉ (Emile-Victor)

Né à Nancy

Élève de MM. DEVILLY et CABANEL

MENTIONNÉ ANTÉRIEUREMENT

M. Prouvé possède sur la plupart des jeunes peintres contemporains cet inappréciable avantage de savoir bien lire. Il l’a fait voir dans son Sardanapale de l’an passé, œuvre remplie d’inexpériences pratiques, mais d’une très belle couleur archéologique, et dans ses Visions roses du Salon de 1884, toile qui ne fut pas assez remarquée et où il a fidèlement interprété avec une virtuosité étonnante une des plus subtiles poésies de Rollinat. Son dessin est ferme et précis, sa facture large et brillante. Comme on le voit, ce jeune artiste est on ne peut mieux doué pour marcher avec confiance à la conquête de la célébrité.

Sa Nourmahal et sa Madeleine comptent parmi les meilleurs morceaux de nu du Salon.

Nous nous permettons toutefois de conseiller à M. Prouvé de regar-

der de plus près la nature et de se méfier de sa tendance à donner à ses chairs une coloration jaunâtre d’une vérité trop discutable. Qu il cherche aussi un peu moins à impressionner le regard du public par les poses maniérées ou trop violentes de ses personnages, et le critique le plus grincheux n’aura plus que des éloges à lui adresser.

Rien à reprocher au dessin de Madeleine au désert d’un modelé vraiment remarquable.

Le peintre a représenté la belle pécheresse agenouillée dans une attitude terriblement orageuse. De ses deux mains crispées elle déchire ses seins, très beaux d’ailleurs, et quelle semble vouloir rendre responsables de ses triomphes passés et de ses remords présents.

Mais, encore une fois, que M. Prouvé ne craigne pas d emprunter à la jeune école naturaliste ses féconds procédés d’observation, et qu il cherche un peu plus la vie dans la chair.

S’il cesse de se cantonner dans les théories exclusives de 1 école dont il a suffisamment étudié les leçons, il laissera derrière lui une œuvre puissante, car il connaît à fond son métier et il possède la faculté de concevoir grandement son sujet.

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