‹ Les médaillés du SalonChapitre 27 sur 33 · ALFRED BOUCLIER · texte numérisé non relu

ALFRED BOUCLIER

Le sculpteur a dépensé dans l’exécution matérielle de ces trois figures un talent qu’on ne saurait trop louer. Les membres, les torses, sont traités avec une science de modelé remarquable par sa précision et sa fermeté, et de quelque côté qu’on étudie ce groupe, on est sûr de rencontrer un mouvement plein de naturel et un harmonieux ensemble de lignes.

Nous reprochons seulement à M. Boucher d’avoir donné à ses personnages les mêmes visages, mais nous sommes convaincu que ce reproche n aura plus sa raison d’être lorsque dans deux ans les trois coureurs feront, en sortant des ateliers du fondeur, une nouvelle apparition triomphante au Salon.

DEUXIÈME MÉDAILLE

GOSSIN (Louis)

Né à Paris

Élève de M. Mathurin MOREAU

La Charité ! Chose singulière, ce noble et intéressant sujet, d’un si beau caractère sculptural, n’a eu jusqu’ici qu’un nombre très restreint d’interprètes parmi les statuaires et encore faut-il reconnaître que presque toutes les œuvres de marbre inspirées par lui ne sont pas dignes d’être mentionnées.

M. Louis Gossin, qui expose cette année sous ce simple titre Charité un groupe de plâtre auquel le jury vient d’accorder une deuxième médaille, a été plus heureux que la plupart des rares sculpteurs qui ont traité ce sujet avant lui.

On devine qu’il l’a exécuté avec émotion après l’avoir sérieusement médité.

Les deux figures qui constituent la composition de M. Gossin sont très bien disposées et se groupent naturellement. L’attitude de la jeune fille qui tend son urne rafraîchissante à l’homme assis près d’elle est

pleine de grâce et de vérité. Sa gorge, ses bras sont étudiés avec une rare délicatesse et son sérieux visage, idéalement traité, est charmant dans son expression de bonté attendrie.

Le second personnage n’est pas moins bien réussi. La pose est naturelle, l’expression des traits d’une justesse irréprochable, et la musculature du torse amaigri par la faim, et où tressaillent tous les mouvements de la vie, est anatomisée avec une grande habileté.

Cette œuvre, modelée avec tant de souplesse et de vigueur et conçue dans un sentiment si ému, classe désormais M. Gossin parmi les sculpteurs les plus distingués de son époque.

DEUXIÈME MÉDAILLE

BASTET (Victor)

Né à Bollène (Vaucluse)

Élève de M. DUMONT

Nous retrouvons cette année au Palais des Champs-Elysées le marbre de l’élégante statue que M. Bastet exposait au Salon de 1885 sous ce titre Abandonnée et dont nous fûmes un des premiers à louer les qualités brillantes, tout en reconnaissant que le sculpteur aurait pu obtenir un succès indiscuté s’il s’était donné la peine de serrer un peu plus son modelé, dont la mollesse donnait à son œuvre un caractère trop indécis, et de chercher un arrangement moins malheureux pour les cheveux de son personnage.

Nous avons constaté avec le plus grand plaisir que M. Bastet avait lui -même découvert les défauts de son œuvre dans l’éclatante et impitoyable lumière de la nef du palais des expositions, et qu’il s’était efforcé, avec un plein succès d’ailleurs, de les faire disparaître dans l’exécution définitive de sa statue. En moins d’une année il a fait de son Abandonnée une superbe traduction en marbre, donnant à tous les

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éléments de la figure une étonnante souplesse. Dans le plâtre beaucoup de détails n’étaient qu’indiqués. Le ciseau a très habilement parachevé l’œuvre trop incomplète de l’ébauchoir. La statue de M. Bastet peut être considérée comme un des meilleurs marbres du Salon. Elle, a de plus l’immense mérite d’être poétique, car avec une puissance d’émotion trop rare chez les artistes du jour, M. Bastet, sans négliger les détails de l’exécution réaliste de son sujet, a répandu dans l’œuvre tout entière un charme suprême qui donne à cette pauvre abandonnée un caractère d’idéale beauté.

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DEUXIÈME MÉDAILLE

COULON (Jean)

Né à Ebreuil (Allier)

Élève de M. CAVE LIER

Chez les Grecs le nom d’Hébé était devenu synonyme de jeunesse, adolescence, puberté, grâce, beauté. Aussi rien d’étonnant à ce qu’un aussi grand nombre de sculpteurs antiques et modernes aient cherché à en immortaliser les traits dans le marbre.

C’est cette charmante et capiteuse personne que M. Coulon, à l’exemple de Rude, de Vilain, de Franceschi, de Carrier-Belleuse, Bartolini..., etc., a voulu représenter à nos yeux dans ce groupe en plâtre, qui vient d’obtenir une deuxième médaille, et qu’il intitule savamment « Hebe cœlestis ».

La composition est d’un arrangement original et bien décoratif : Hébé est nue. Elle semble prête de s’endormir, lasse sans doute d’avoir trop versé de rasades aux divins buveurs de nectar. Elle tient sa coupe d’une main nonchalante et sa tête est inclinée sur son épaule dans une gracieuse attitude d’assoupissement.

L’aigle de Jupiter la couvre de ses ailes largement ouvertes et la figure de la dormeuse, ses blanches épaules et sa gorge virginale sont noyées dans une ombre légère, pendant que le reste du corps est en pleine lumière.

La critique la plus sérieuse que l’on pourrait faire à 1 Hebe cœlestis de M. Coulon, c’est de se rapprocher peut-être un peu trop en tant que composition, du beau groupe inspiré par le même sujet et que M. Carrier-Belleuse exposa avec tant de succès au Salon de 1869.

Mais ce qui est bien particulier à M. Coulon c’est son exécution qui est large, souple et facile. Je croirais volontiers que cet artiste en composant son groupe s’est inspiré de l’antique, mais quand est venue l’heure de mettre la main à la terre, il a su interroger la nature avec passion et il a serré avec beaucoup d’art l’étude du modelé. Aussi son Hebe cœlestis, revêt le double caractère d’une œuvre conçue dans un style élevé et habilement traitée d’après la méthode d’observation de l’école moderne.

DEUXIÈME MÉDAILLE

CORNU (Vital)

Né à Paris

Elève de PI LS, JOUFFROY et de M. DELAPLANCHE

M. Vital-Cornu avait à faire oublier son malheureux Salon de 1885 qui lui valut une série de cruels déboires dont il n’a certainement pas encore perdu l’amer souvenir.

J’ai ouï dire, et je le crois sans peine, que M. Vital-Cornu a été très surpris lui-même et très affecté des commentaires désobligeants auxquels a donné lieu la ressemblance trop visible de son plâtre Fierté Guerrière avec le Saint-Georges de Florence. Il est évident que lorsqu’il est revenu en France à l’expiration de sa bourse de voyage, l’esprit hanté par le souvenir des chefs-d’œuvre qu’il venait d’admirer en Italie, il n’a pas su se débarrasser à temps de la tyrannique influence des géants de l’art devant lesquels il venait de se prosterner, et c’est, sans doute, avec la plus parfaite inconscience qu’il s’est inspiré outre mesure du génie de Donatello.

Mais il n’en est pas moins vrai qu’il ne pouvait demeurer sur un insuccès aussi douloureux. Une revanche était nécessaire. Il vient de la

prendre. Le groupe de plâtre qu’il expose cette année sous ce titre Belles Vendanges est un morceau de sculpture très remarquable qui promet un superbe marbre. L’arrangement de ce groupe est d’une originalité très pittoresque : à cheval sur un tonneau, dans tout l’éclat de sa nudité blanche et fraîche, une jeune femme regarde en riant des enfants superbes, aux chairs grasses et finement modelées, qui s’amusent à ses pieds au milieu des pampres et des raisins. Des deux mains elle élève au-dessus de sa tête une cornemuse sur les tuyaux de laquelle ses doigts courent agiles, et dont la poche pleine d’airs champêtres se dégonfle harmonieusement.

Cette composition très vibrante ne trahit aucune réminiscence classique. La conception originale du sujet est aussi personnelle que son exécution. Belles Vendanges ont fait oublier Fierté Militaire, et M. Vital- Cornu prend désormais une excellente place parmi les jeunes sculpteurs contemporains et cela en ne s’inspirant que de la nature et n’ayant recours qu’à ses propres moyens.

DEUXIÈME MÉDAILLE

LOISEAU (Georges)

Né à Faix-Sauvigny-les-Bois (Yonne)

Élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon et de A. DUMONT

MENTIONNÉ ANTÉRIEUREMENT

Que de rapides progrès accomplis par M. Loiseau depuis l’époque, encore peu lointaine, où il modelait 0 d’une main faible et timide cette Rêverie qui ne se recommandait à l’attention du public que par la grâce Y élégante de son aspect général.

Aujourd’hui cet artiste semble être en pleine possession de ses moyens comme le prouve ce beau groupe qu’il expose cette année au Salon sous ce titre : la Veuve , et qui est d’une remarquable ingéniosité de composition.

L’artiste nous montre une femme encore jeune assise dans une attitude de mélancolie douloureuse. Un tout petit enfant dort près d’elle, un autre est à son sein. Les yeux de la malheureuse regardent fixement le ciel avec une expression de muette protestation contre son infortune. Il se dégage de cette œuvre vivement sentie une pénétrante impression

de tristesse, et on ne peut regarder ces infortunés sans prendre leur sort en pitié comme si on se trouvait tout à coup en présence du sujet réel.

L’exécution des détails est à la hauteur de la conception et de l’habile arrangement de la composition, modelée tout entière avec souplesse et vigueur et conçue dans un sentiment élevé.

DEUXIÈME MÉDAILLE

FERRARY (Maurice)

Né à Embrun (Hautes-Alpes)

Élève de M. CAVELIER

Il est difficile de s’imaginer l’innombrable quantité de statues qui ont été élevées à la gloire d’Hermès depuis l’époque où Phidias sculpta l’élégante image du messager des dieux pour l’entrée du temple d’Apollon à Thèbes, jusqu’au jour où M. Chapu vit entrer dans les galeries du Luxembourg son Mercure inventant le caducée, une des meilleures œuvres du maître moderne.

Et cependant toutes les attitudes de l’éternel voyageur n’avaient pas encore été rendues, car M. Ferrary nous envoie de la villa Médecis un groupe d’un arrangement très original et qu’il appelle Mercure et T Amour. Nous n’avons jamais découvert dans nos pérégrinations artistiques à travers les musées de France et d’Europe, dans la sculpture moderne et dans la statuaire antique, aucune œuvre qui, par le caractère de sa composition, put faire croire que M. Ferrary s’en était inspiré pour exécuter ses figures. La chose vaut la peine d’être signalée, car la plu-

part des statues modernes de Mercure, y compris celles qui ornent le Louvre, signées de noms célèbres, ne sont que des ressouvenirs plus ou moins vagues de morceaux classiques.

M. Ferrary représente son Hermès au moment où il va, son caducée à la main, s’élancer de l’Olympe dans les airs. A la hardiesse de son attitude on devine la profondeur des espaces qu’il va traverser. Eros vient d’attacher aux pieds du courrier céleste les ailes traditionnelles et ce dernier, dans un mouvement qui dessine toutes les finesses de son torse d éphèbe nerveusement modelé et tout tressaillant d’impatience, se retourne pour s’assurer que son jeune et gracieux serviteur a soigneusement fixé les talonnières magiques. L’artiste a dû, croyons-nous, trouver de véritables difficultés dans la recherche d’une harmonieuse disposition des lignes et des plans formés par le mouvement brusque, un peu heurté, de son personnage, mais il a victorieusement triomphé partout.

Nous nous réjouissons à la pensée que nous reverrons dans un prochain Salon le Mercure de M. Ferrary, encore plus séduisant dans la blancheur du marbre qui convient si bien à la divine élégance de ses formes.

DEUXIÈME MÉDAILLE

LEMAIRE (Georges-Henri)

Né à Bailly

Élève de MM. GRIVEL, J. LAMBERT et J. PERRIN

M. H. — MÉDAILLE DE TROISIÈME CLASSE t885

L’Exposition qui vient de classer M. Lemaire parmi les hors concours lui fait grand honneur. L’art difficile de la gravure sur pierres fines a rencontré dans ce jeune artiste une souplesse de main assez rare, qui nous vaudra par la suite des œuvres au moins aussi intéressantes que celles exposées cette année.

La pièce principale représente une Idylle , gravée sur cornaline, le dessin en est délicat et l’exécution très habile, le modelé des chairs est traité avec beaucoup de charmes et de goût. Une jeune fille, appuyée sur l’épaule d’un berger qui vient de découvrir un nid, semble demander d’avance la liberté des petits qui vont naître.

Un joli portrait sur onyx du fils de M. Ph. Gille, le sympathique rédacteur du Figaro, complète cette exposition.

M. Lemaire avait obtenu déjà une mention et une médaille de troisième classe en 1885.

TROISIÈME MÉDAILLE

PERRIN (Georges)

Né à Lyon

Élève de M. A. DUMONT

MENTIONNÉ ANTÉRIEUREMENT

Après avoir à différentes reprises interprété, avec un certain succès, des figures et des scènes empruntées au Nouveau Testament, M. Perrin s’est décidé à affermir sa réputation naissante en cherchant directement son inspiration dans la nature. Et il a fort bien fait, puisque la critique, le public et le jury ont fait à son Botteleur un accueil des plus bienveillants.

M. Perrin a d’ailleurs dépensé dans l’exécution de sa figure un talent qu’on ne saurait trop louer. Certaines parties, la poitrine et les bras surtout, sont modelés avec une habileté toute particulière et bien vivante. Il a su donner à son Bolteleur une physionomie naturelle et le mouvement large et puissant avec lequel il lie sa gerbe est d’une indiscutable vérité.

Là où M. Perrin s’écarte un peu de la vérité, c’est lorsqu’il nous montre son ouvrier des champs absolument nu. Ce sans-gêne de la

part d’un homme qui semble respirer en pleine réalité pourrait paraître un peu choquant si l’on ne songeait que la sculpture a des exigences impérieuses et que les statuaires qui sont animés par la noble idée de reproduire enfin la vie qui s’agite autour d’eux sont obligés de s y soumettre sous peine de détruire la grandeur de leur art.

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