PREMIÈRE MÉDAILLE
BOUCHER (Alfred)
Né à Nogent-sur-Seine (Aube)
Élève de A. DUMONT, RAMUS et de M. P. DUBOIS
MÉDAILLE DE TROISIÈME CLASSE EN 1874 , DEUXIÈME CLASSE 1878. PRIX DU SALON 1881
M . Boucher cherche évidemment à réagir contre les persistants efforts de cette école de sculpture, esclave de la tradition, et qui semble éternellement condamnée à vivre sur le même fonds d’idée.
Parmi les quelques jeunes sculpteurs qui font si grand honneur à l’art français, je n’en connais pas de plus aventureux, de plus hardi, de plus sincèrement épris de la nature, et de plus habile à faire passer dans le marbre le frisson de la vie.
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J’ai toujours devant les yeux ce superbe groupe en plâtre qu il exposait au Salon de 1884 et qui représentait Laënnec découvrant 1 auscultation.
Le sujet était, comme on le voit, tout palpitant de modernité et conçu de façon à satisfaire complètement ceux qui reprochent, souvent avec raison, à certains sculpteurs de talent de trop s’attarder à résumer dans des formules inexpressives la vie de l’humanité.
Il ne nous appartient pas de parler longuement ici de cette œuvre remarquable, toute critique rétrospective nous étant interdite , mais disons cependant qu’elle n’eut pas, malgré ses qualités tout à fait supérieures, un succès comparable à celui que viennent d’obtenir cette année les Coureurs du même artiste, composition très intéressante sans doute, mais bien moins méditée que celle du Salon de 1884, qui ne péchait que par de légers détails d’exécution dont le sculpteur saura faire disparaître facilement les imperfections lors de l’interprétation définitive du sujet.
Au But. Tel est le véritable titre du groupe de plâtre exposé cette année par M. Alfred Boucher et qui lui a valu une première médaille.
Trois hommes jeunes, aux formes élancées et nerveuses, se dirigent vers le même but dans une course rapide. Tous sont égaux en agilité (peut-être bien un peu pour le besoin de la composition), car leurs torses, leurs bras, leurs jambes, se pressent, s’emmêlent pour ainsi dire, et le spectateur attentif se demande, avec une certaine inquiétude, si la course ne sera pas déclarée nulle par suite de l’arrivée simultanée des concurrents au même but.
Ce qui étonne surtout dans cette œuvre d’une si pittoresque originalité, c’est la difficulté vaincue. Il a fallu que l’artiste déployât une bien grande habileté pour animer cette composition et pour lui donner, au milieu de cette extrême complication de mouvements, l’unité d’aspect, l’harmonie des lignes, l’équilibre presqu’aérien sans lequel elle ne pourrait avoir l’élan et la légèreté du vol.