Les médailles historiques du règne de Napoléon le Grand
Lu iH/|0, le Trésor (le Numismatique et de Glyptique éditait, sous le litre : Collection des médailles de l’Empire français et de l’empereur Napoléon, un recueil in-folio dont l’introduction débute par ces paroles :
c Napoléon a rempli I univers de son nom et de sa gloire ; sa mémoire grandit de jour en jour, et les hommages qu elle reçoit ne sont pas dictés par un enthousiasme éphémère. Si. malgré de désastreux revers et d’effroyables calamités, la France a religieusement gardé le culte de Napoléon, c’est qu’elle n’a pas oublié que, Soldat, Consul, Empereur, sa devise fut constamment : Tout pour le peuplefrançais! Si ses phalanges héroïques, dont lé dévouement ne s’est jamais démenti, ont secondé ses gigantesques travaux, depuis Montenotte jusqu’à Mont-Saint-Jean, c’est quelles savaient que combattre et mourir pour leur général, c’était combattre et mourir pour la Patrie. Aussi, a-t-il fallu, à deux fois, les efforts conjurés de vingt peuples et de douze cent mille baïonnettes pour briser sur son front la couronne que les suffrages et les acclamations populaires y avaient à deux fois placée. Grand dans la fortune, Napoléon fut plus grand peut-être encore dans l’adversité. Sa captivité et son agonie à Sainte-Hélène ne commandent pas moins l’admiration et le respect que sa force et sa puissance aux Tuileries... »
Je ne pouvais, mieux que par cette citation, ouvrir, à mon tour, le Recueil
nouveau que je présente aujourd’hui au publie. Il se compose de dessins de médailles destinées à constituer une Histoire métallique que les événements politiques ont empêché de réaliser et qui est demeurée, jusqu'ici, manuscrite et presque ignorée : cette Histoire en médailles n’est rien de moins que 1 œuvre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui, sous le Premier Empire, avait reçu le titre de Classe d'Hisloire et de Littérature ancienne de l’Institut im périal.
Cette admirable et émouvante suite de dessins, contemporains des événements qu’ils rappellent et destinés à la gravure et à la frappe, va nous présenter Napoléon tel qu’il apparut aux hommes de son temps, en guerrier, en législateur, en administrateur.
Comme guerrier, ces médailles historiques, en déroulant sous nos yeux quelques-uns des héroïques épisodes de la Grande Épopée du monde moderne, confirment ce que l’Histoire, qui l'ait son chemin sous tous les travestissements, proclame chaque jour plus clairement depuis un siècle : c’est que, par ses armes, Napoléon a brisé, non pas seulement en France, mais dans toute l’Europe, le cadre vermoulu de l’ancienne société, substituant par la force mise au service de son clair génie, le régime moderne à ce qu'on a si justement appelé l’Ancien Régime. Son ambition démesurée, son audace, ses fautes ont entraîné sa chute et accumulé sur la France des désastres inouïs dans l’histoire, mais elles ont, en même temps et malgré tout, libéré les peuples occidentaux d’une forme sociale devenue surannée et oppressive ; si bien que tandis que l'empire politique et territorial que Napoléon voulait fonder s’est brusquement évanoui comme un colosse aux pieds d’argile, son œuvre administrative, législative et sociale est demeurée tout entière et n'a fait que se développer après sa disparition.
C'est là ce que n’a pu s’empêcher de reconnaître un grand royaliste qui se fil gloire de combattre Napoléon avec une âpreté persistante, qui alla jusqu au sarcasme et à l’injure. Chateaubriand, après avoir exhalé sa haine, dans son pamphlet I)e Iiuonaparle et des Bourbons , se trouve soudain comme fasciné par l’Homme extraordinaire qu’il a pris à tâche de flétrir, et d’un trait de plume il efface lui-même, pour ainsi dire, toute l’horreur du portrait qu’il en a fait, lorsqu’il écrit dans ses Mémoires d’ Outre-Tombe :
« Bonaparte est grand pour avoir créé un Gouvernement régulier et puissant, un Code de lois adopté en divers pays, des Cours de justice, des Écoles, une Administration forte, active, intelligente et sur laquelle nous vivons encore; il est grand pour avoir ressuscité, éclairé et géré supérieurement l’Italie; il est grand pour avoir fait renaître en France l’ordre du sein du chaos, pour avoir relevé les autels, pour avoir réduit de furieux démagogues, d’orgueilleux savants, des littérateurs anarchiques, des athées voltairiens, des orateurs de carrefours, des égorgeurs de prisons et de rues, des claquedenls de tribune, de clubs et d’échafauds, pour les avoir réduits à servir sous lui; il est grand pour avoir enchaîné une tourbe anarchique; il est grand pour avoir fait cesser les familiarités d’une commune fortune, pour avoir forcé des soldats ses égaux, des capitaines ses chefs ou ses rivaux, à fléchir sous sa volonté; il est grand surtout pour être né de lui seul, pour avoir su, sans autre autorité que celle de son génie, pouravoir su, lui, se faire obéir par trente-six millions de sujets, à une époque où aucune illusion n’environne les trônes; il est grand pour avoir abattu tous les rois ses opposants, pour avoir défait toutes les armées, quelle qu’ait été la différence de leur discipline et de leur valeur, pour avoir appris son nom aux peuples sauvages comme aux peuples civilisés, pouravoir surpassé tous
les vainqueurs qui le précédèrent, pour avoir rempli dix années de tels prodiges qu’on a peine aujourd’hui à les comprendre. »>
Voilà ce que va dérouler à nos regards, avec une éloquence aussi convaincante que les paroles enflammées de Chateaubriand, la suite des médailles préparées par la Classe d’Histoire et de Littérature ancienne de l’Institut.
Da ns l'ordre politique, ces médailles nous montreront Napoléon, délivrant l’ Italie et attentif à morceler la race germanique, en créant en Allemagne des royaumes sépa rés et en conformité avec les traditions et les aspirations des petits États qui se montraient légitimement jaloux de leur indépendance à l’égard de la maison de Habsbourg comme vis-à-vis de la Prusse.
Nous verrons aussi Napoléon le Grand, Empereur et Roi, porté par une popularité inouïe, sur le point de réussir à reconstituer, dans l’Empire français, l’Empire romain d’Occident, rêve grandiose auquel le portèrent, sans doute, son ambition et son orgueil do conquérant toujours heureux, mais que devait aussi faire concevoir au nouveau Charlemagne l’enthousiasme délirant qu’excitaient ses victoires et les bienfaits de son intervention libératrice, aussi bien en Allemagne qu'en Italie et en France.
Comme législateur, dans les Médailles de Y Ilisloire métallique, Napoléon apparaît dotant la France du Code civil, répandu aujourd’hui ou imité dans la plupart des pays civilisés ; signant le Concordat qui rétablit en France la paix religieuse et imposa un terme au vandalisme officiel des églises et des autres monuments d’art du culte catholique; dictant une constitution à l’Italie et à la Suisse; rédigeant l’Acte de la Confédération germanique; préparant la restauration de la Pologne; rétablissant en France la concorde et le sentiment national égaré.
Comme administrateur, nous verrons Napoléon créer coup sur coup tous les organes qui constituent aujourd’hui les rouages essentiels des États modernes : le Sénat conservateur, le Corps législatif, le Conseil d’Etat, les Préfectures, la Cour des Comptes et tout notre système d’impôts et d’administration financière, la Banque de France, la lHette publique, le Cadastre, les Poids et Mesures, le Système monétaire, la Bourse et le Tribunal de Commerce, les Expositions artistiques, commerciales et industrielles; l'Instruction publique et l’Université, l’Assistance publique, les Ecoles militaires; réorganisant l’Institut.
Malheureusement, le Recueil des dessins de V Histoire métallique étant demeuré inachevé, comme nous l’expliquerons plus loin, la Classe d’Histoire et de Littérature ancienne n’eut pas le temps de compléter ce tableau de l’Organisation administrative de la France, par l’élaboration des médailles relatives à l'Ordre judiciaire, à la Législation forestière et domaniale, aux Écoles d’Arts et Métiers et à d’autres grandes créations de la période consulaire et impériale. Il ne s’y trouve, non plus, nulle allusion ni aux encouragements et aux appels réitérés de l’Empereur pour propager la culture des plantes coloniales, créer et développer la fabrication du sucre de betterave, ni à tant d’autres initiatives favorables à l’Industrie, qui ont été le point de départ de l’évolution économique du monde moderne.
C’est dans l'ordre des Travaux publics surtout que les Médailles préparées par l’Institut vont nous présenter Napoléon comme un prodigieux créateur. Les grandes routes des Alpes et des Pyrénées, c’est Lui qui les a voulues et décrétées, de même que celles qui sillonnent aujourd’hui la Belgique, l’Allemagne rhénane, la Dalmatie, l'Italie. En quelques années, dès le Consulat, il fit remettre en état et compléter toute notre voirie intérieure qui, en 1798. déclarent les contemporains, était
devenue un réseau de fondrières impraticables. L’ancienne monarchie n’avait •|u’ébauché notre canalisation fluviale : l’effort de Napoléon se porte activement de ce côté. 11 fait exécuter ou compléter les immenses voies de navigation qui mettent en communication les bassins des fleuves de son vaste Empire.
Avec la même ardeur impatiente, il crée ou agrandit et fortifie les ports d’Anvers. de Dieppe, de Cherbourg, de Bayonne, de Rocheforl, de Toulon, de Marseille, de Livourne; il prescrit le dessèchement et le drainage des marais de l’Ouest et la plantation des dunes de la Gascogne. Dans Paris, Napoléon trace le plan des Champs-Elysées, fait bâtir la rue de Rivoli, ériger les deux Arcs de Triomphe, le Château d’Eau et la fontaine de l'Éléphant, achever le Louvre qu’il veut le plus beau et le plus grand Musée du monde; il crée les Halles Centrales, la canalisation des Égouts souterrains, les Abattoirs, quatre Ponts sur la Seine, les Marchés publics. Le 3a décembre 1810, il écrit au ministre de l’Intérieur, Montalivet, pour régler l'emploi d’un crédit de trente millions à dépenser en vingt ans pour le perfectionnement de la navigation de la Seine. » Je voudrais faire de Paris, disait-il. non seulement la plus belle ville qui ait existé, mais encore la plus belle qui puisse exister. » A Sainte-Hélène, il regrettait que le temps lui eût manqué « pour étendre Paris jusqu’à Saint-Cloud, pour en faire une cité de trois à quatre millions d’habitants, en un mot, quelque chose de fabuleux, de colossal, d’inconnu jusqu'à nos jours ». Une femme étrangère dont toutes les sympathies vont aux Bourbons, Mme de Mallzan, écrit en 1808 à la comtesse d’Albany. veuve du dernier Stuart : « Ce qu’il va de plus étonnant à Paris ce sont les embellissements. Paris sera la plus belle ville du monde lorsque tout ce qui est commencé sera fini, et cela marche assez vite L »
Oue dire de l’action de Napoléon dans l’ordre moral, quand nous aurons admiré les médailles relatives au Rappel des Proscrits (cwibus Palriæ reddilis 1, à la reconstruction de Lyon, au transport du cœur de Vaubanetdes cendres de Turenne aux Invalides, au rétablissement des Religieuses dans les hôpitaux, à la création de l’L Diversité, des Ecoles d’Arts et Métiers, de la Légion d’Honneur, à la réfection du monument de Henri IV sur le champ de bataille d’Ivry, à la fondation de Grands Prix pour les Beaux-Arts et pour l’Industrie, à la restauration de la basilique de Saint-Denis, à la répression delà mendicité par la création de centaines d’asiles départ (‘mentaux. Comment cet Homme prodigieux, dans les quinze années où il fut le Maître absolu, a-t-il pu parcourir l’Europe et la bouleverser, mettre son empreinte, personnelle et indélébile sur tant de choses et tant d’événements? C’est l’étonnement de l’Histoire, et voilà pourquoi, après cent années, sa vie publique et privée nous intéresse et nous passionne toujours. Elle reste, en quelque façon, la tête et le cœur de notre corps social contemporain. Aussi, le nom de Napoléon est-il prononcé tous les jours et dans tout pays, qu’il soit exalté ou exécré. Est-ce à lui qu’on oserait appliquer la sentence biblique: Periil memoria ejus cumsonilu!
Dans une société désagrégée où plus rien n’était à sa place, au milieu des ruines de toutes choses, matérielles et morales, entassées sur le sol français par la Révolution, Napoléon est apparu soudain comme un phare dans la tempête pour tous les hommes affamés d’ordre, d’honnêteté, de sécurité, de progrès; comme le guide et le soutien de toutes les âmes droites qui, désorientées par la plus violente
lèon. I. II, Administration , travaux, etc., pp. 87 cl suiv. Su/ le* travaux publics exécutés sous le Prende/ Empir». voir surtout le «apport Je Montalivet au Corps Législatif, dans le Moniteur du 14 décembre 1809.
des secousses et les plus folles conceptions philosophiques, erraient éperdues dans la désespéra nce. Porté sur les ailes de la Victoire, il se présenta. La France l’accueillit et l’aima avec ivresse :
? U. Kn
Au £
I de Mef
Son œuvre prodigieuse, issue de la Révolution, est la conclusion et le couronnement glorieux de la Révolution qui n’avait eu, avant lui, de force et d’énergie que pour détruire les rouages usés d’une société trop vieille. Jamais plus grand génie ne parut dans le monde. En quelques années, Napoléon, par ses armes, par son administration, par ses lois, modernisa, c’est-à-dire francisa la vieille Europe, comme Alexandre hellénisa l’Orient, comme Jules César romanisa l’Occident.
Aujourd’hui plus que jamais, dans le monde entier, au Japon comme en Europe, dans les deux Amériques, aussi bien que sur les rives du Nil ou dans les steppes asiatiques :
Des bords du Tanals au sommet du Cédar.
comme l’a dit le poète, Napoléon, c’est le Génie de la France et de la Révolution française se dressant sur le monde pour le régénérer. Les médailles projetées par l’Institut nous montreront en cet Homme providentiel l’architecte du monde moderne, car il lui a donné la forme qu'il a toujours, l’impulsion sous laquelle il progresse; son œuvre sociale subsiste et se développe, tout comme celle d’Alexandre survécut durant des siècles après le démembrement politique de son empire, plus éphémère encore que celui de Napoléon L
Le croirait-on, en vérité, il se rencontre aujourd’hui des auteurs qui, entreprenant de réformer les jugements des siècles, se sentent capables d’écrire des phrases telles que celles-ci : « La succession non interrompue de cruautés et de pillages que l’histoire a appelés les victoires d’Alexandre avaient mis les Grecs en délire; ils se croyaient alors les maîtres du monde... Victoires plus brillantes que réelles et
qui ne laissèrent après elles que ruines et inimitiés . (sic). »
De pareils paradoxes pourraient se justifier en apparence, puisque l’immense empire constitué par Alexandre ne dura que le temps de la guerre et de l’invasion; et cependant, nul esprit droit ne saurait le contester sérieusement: les conquêtes éphémères d’Alexandre hellénisèrent tout l’Orient et brisèrent pour jamais les anciens cadres des empires asiatiques.
Allons plus loin; l’œuvre politique et militaire d’Alexandre ne lui survécut pas un jour : sans doute, à regarder la brutalité des faits immédiats; mais l’Idée grandiose de grouper tout l’Orient, sémitique et grec, sous un même sceptre, laissa dans la société orientale un germe qui ne mourut point, car il devait plus tard s’épanouir. 1 1 fut fécondé d’abord parAnnibal. Puis, unautre conquérant, barbare audacieux, frotté d’hellénisme, fut à son tour le redoutable champion de la pensée d’Alexandre, deux cent cinquante ans après lui : Mithridate échoua, comme l’Africain et le Macédonien. Mais l’Idée, pareille à une plante indéracinable, survécut encore : on n’étouffe pas une Idée dans le sang. On la voit se faire jour timidement, de temps à autre, à travers les siècles de l’Empire romain, jusqu’à ce qu’elle finisse par triompher à la
mort de Théodose ; et le monde, à la fin du quatrième siècle de notre ère, assista au divorce irrémédiable de I Orient et de l’Occident. Oui peut dire si l’Idée de Napoléon, de grouper les peuples occidentaux de l’Europe en un solide faisceau contre le Germanisme et la semi-barbarie, après avoir sommeillé longtemps, ne sera pas quelque jour, triomphante et réalisée!
Nous avons tous lu, dans les historiens de l’antiquité, les manifestations de la joie exubérante et féroce que témoignèrent les Romains h la nouvelle de la déchéance ou delà mort d’Annibal etde Mithridate. La même ivresse fut étalée sans pudeur par les ennemis de Napoléon au lendemain de sa chute. Et l’on vit ces rois, ces tristes rois qui lui devaient leurs trônes, ou qu’il avait généreusement épargnés, ces princes allemands que l’Histoire a si bien dénommés « les princes esclaves », et qui, au temps des triomphes de l’Empereur, se fussent volontiers, comme pour le Roi des rois de l’Orient asiatique, agenouillés pour tendre leur épaule et lui servir de marchepied lorsqu'il montait à cheval, — on les vit, dis-je, se montrer soudain d’une arrogance qui leur parut sans doute comme la rançon de leur servilité de la veille. Partout, àpremenl, on chercha A elfacer les souvenirs napoléoniens; de toute part, môme en France, on entendit les plus empressés des courtisans se targuer d’avoir toujours eu A l’égard du tyran, une noble indépendance de caractère et d’attitude !
Aujourd’hui encore, sous l’inspiration de la politique, il est de mode de flétrir l’absolutisme de Napoléon. Soit! cependant, pour juger sainement l’absolutisme du pouvoir de Napoléon, encore faut-il savoir comprendre qu’il fut nécessaire pour faire entrer la société dans le moule nouveau forgé pour elle, l’ancien étant brisé; encore serait-il équitable aussi de mettre cet absolutisme en parallèle avec la tyrannie sanguinaire qui l’avait précédé et avait engendré l’anarchie d’où il fallait tirer la Nation. Deux alternatives restaient A la Révolution au temps du Directoire: finir dans le mépris, après n’avoir engendré que le désordre, ou bien saisir une épée et gouverner par la force. Napoléon fut ce glaive et cette force ; il combattit et légiféra pour imposera l’Europe les principes de la Révolution, avec ce qu'on a dénommé « la dure paix romaine ». Il prit des mesures draconiennes d’ordre intérieur contre la Presse, contre les conspirateurs, contre le Pape... Mais en lui reprochant justement ces excès, il ne faut oublier, par comparaison, ni le régime révolutionnaire, ni même, — pourquoi ne le dirions-nous pas, — bien des choses vues de notre temps.
N'est-ce pas lui qui, réorganisant l’Institut en i8o3.y fit entrer les membres des anciennes Académies sans distinction d’opinions et quelles qu’eussent été leurs compromissions antérieures, y appelant même ceux qui, sous le Directoire, avaient été exclus de l’Institut national créé par la Constitution de. l’An III? Ne doit-on pas à Napoléon, en compensation des déplorables abus du pouvoir personnel et absolu, des mesures noblement libérales, telles que le rappel des émigrés et des bannis de toute catégorie, la liberté de tous les cultes, la protection accordée aux églises protestantes, l’admission aux emplois publics des citoyens appartenant aux différentes confessions religieuses, sans que jamais quiconque fût inquiété pour ses croyances et l’exercice public de son culte, l’émancipation des Juifs complétée et définitivement sanctionnée, le rétablissement, en 1810, de l’Ordre des avocats que la Révolution avait supprimé?
Et puis, le despotisme des Césars romains, cette paix romaine qui a duré cinq siècles et à laquelle on compare l’absolutisme de Napoléon, nous pouvons nous
demander, en la considérant historiquement, si elle lut un mal pour l'humanité. Nous pouvons nous demander — mettant de côté nos préjugés, — si pour les individus, cette paix romaine , si implacable, fut plus oppressive que la liberté grecque, tant les annales de toutes les villes grecques sont remplies de proscrits et de condamnés à la ciguë pour simples délits d’opinion. Quel ennemi de Napoléon oserait soutenir que, pour l’Europe, l’hégémonie de la France, telle qu’il l’a rêvée, eut été, en se perpétuant, aussi tyrannique que la domination brutale qui, depuis lors, s’est apesantie sur l’Italie septentrionale, sur la Pologne, sur l'Alsace-Lorraine et dont notre monde occidental est, à présent, politiquement menacé ? Intellectuellement, la culture française et latine, imposée à l’Europe, n’eut-elle pas été préférable à ce germanisme, à l’esprit lourd, sans gaîté, sans soleil, d’humeur querelleuse, déplaisant mélange d’arrogance triomphante et d’obséquiosité intéressée, servi par une érudition compilée qui déborde j-usque sur nous aujourd’hui?
1 y a bien des façons d’envisager l’histoire, de l’écrire et de l'enseigner. Les documents, l’esprit de parti les dénature ou opère sur eux perfidement et par prétérition. Les monuments, on les martèle, on les mutile, on en change la nature, la devise frontale, la destination; malgré tout, il én reste bien quelque chose et souvent la pierre jette son cri du mur j>, suivant la forte expression biblique. Mais rien n’est durable comme les Médailles, et leur multiplicité, leur diffusion fontqu’il serait vain de cherchera les altérer ou à les faire disparaître; c’est là ce qui justifie ce qu’on appelait dans les siècles derniers les Histoires métalliques.
Lin entomologiste de notre temps, sagace observateur, a dit avec une justesse nuancée de mélancolie qu’un médailiier constitue indestrucliblement « les archives de ces misères humaines qu’on appelle l'Histoire ». Le médailiier Napoléonien qu’avait entrepris de créer, à mesure que se déroulaient les événements, la Classe d’ Histoire et de Littérature ancienne de l’Institut impérial, est resté incomplet, inachevé; il n’a pas atteint son but, qui était la gravure sur l’impérissable métal. Il n’est qu’une admirable collection de dessins destinés à servir de modèles pour la frappe de médailles qui n'ont pas été exécutées. Telle qu’elle est, cette ébauche mérite pourtant d’être connue du public et elle restera l’éternel honneur de la savante Compagnie qui l’avait entreprise.
Je n’ai pu me retenir d’une profonde émotion lorsque, pour la première fois, à la Bibliothèque Nationale, j’ai feuilleté les trois Registres manuscrits, aux armes impériales, qui renferment le travail de l’Académie, illustré des dessins de Chaudel et du baron Lemot. C’est pourquoi, je suis fier, — si modeste que soit mon rôle, — de consacrer cette publication à la gloire de Napoléon, cet Homme qui, toujours obsède notre esprit, fascine les imaginations, nous étreint le cœur et auquel l’historien, l’apologiste ou le détracteur, l’ami ou l’ennemi, ne peut loucher, aujourd'hui encore, après cent années, sans ressentir comme une commotion électrique.
Pour un homme entré dans l’histoire, la persistance de la haine de ses ennemis, prolongée à travers les siècles, équivaut à l’admiration involontaire et obligée : c’est le critère infaillible de la force et de la permanence vitale de son œuvre.
C’est pourquoi, en ce qui concerne Napoléon, j’ai invoqué tout à l’heure le témoignage de Chateaubriand. C’est encore dans les Mémoires d' Outre-Tombe que je recueille ces remarquables paroles qu’on pourrait, en vérité, appliquer au monde d’aujourd’hui comme la plus étrange des prophéties : « Napoléon sera la dernière des grandes existences individuelles; rien ne dominera désormais dans les sociétés
pfj 1
intimes et nivelées; l’ombre de Napoléon s'élèvera seule à l’extrémité du vieux monde détruit, comme le fantôme du déluge, au bord de son abîme; la postérité lointaine découvrira cette ombre par-dessus le gouffre où tomberont des siècles inconnus jusqu’au jour marqué de la renaissance sociale. »
LA CLASSE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE ANCIENNE SA COMMISSION DES INSCRIPTIONS ET MÉDAILLES
Après avoir, au mois d’août 1793, supprimé les anciennes Académies, la Convention expirante, estimant enlin que le moment était venu de reconstruire sur tant de ruines accumulées, résolut de les remplacer par un nouveau groupement des hommes de lettres, des savants et des artistes. L’article 298 de la Constitution de l’an III (22 août 1796) décide, en principe, la création d’un « Institut national chargé de recueillir les découvertes, de perfectionner les Sciences et les Arts ».
Sous le Directoire, les lois des 3 brumaire et i5 germinal an IV (20 octobre 1795 et 4 avril 1796) jetèrent les bases de l’organisation de cet Institut national dont les membres furent répartis en trois Classes: la troisième, celle de Littérature et Beaux-Arls , — englobant les études d’histoire, de philologie et d’archéologie en même temps que la peinture, la sculpture, l’architecture, la musique, — manquait de l’homogénéité nécessaire à la direction de ses travaux collectifs. Son fonctionnement se trouva entravé par le disparate de sa composition ; l'efficacité de son rôle en fut compromise : tout en étant composée de savants distingués et de grands artistes, c’était une Institution mal assise, qui n’eut aucun éclat et ne pouvait entreprendre rien d’utile et de durable.
L’organisation de l’Institut, presque telle qu elle est encore aujourd’hui, ne remonte qu’au Gouvernement Consulaire. Sur le rapport du ministre Cbaplal, le Premier Consul prit un arrêté en date du 3 pluviôse an XI (s3 janvier i8o3) qui rétablit à peu près les anciennes Académies, en créant quatre Classes dans l'Institut national. La troisième reçut le nom de Classe d’ Histoire et de Littérature ancienne : c’est celle qui devait, à partir de la Restauration, prendre la dénomination d Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , voulant par là renouer plus étroitement encore sa tradition avec l’ancienne Académie du même nom.
Sous le Consulat, chacune des quatre Classes de l’Institut national se réunissait hebdomadairement, au Palais du Louvre. Mais lorsque Napoléon eut décidé de créer le Musée pour y installer, dans les somptueuses galeries dont nous admirons la décoration, les chefs-d’œuvre de l’art antique et moderne dont il avait cru devoir enrichir la France, il fallut songer à expulser du Palais non seulement les Académies, mais la Monnaie des médailles, les logements des artistes et une foule de choses disparates et étranges qui s’y étaient installées à la faveur du laisser-aller et de l’incurie administrative.
Un décret impérial du 10 ventôse an XIII (1 " mars i8o5) transféra les. Académies au Palais actuel de l’Institut, qui s’appelait alors le Palais des Beaux-Arts et
av.iit été, avant la Révolution, le Collège des Quatre-Na lions. C’est donc Napoléon qui dota l’Institut de France de sa demeure officielle; l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, en particulier, lui doit sa restauration et l’organisation qu’elle a
gardée jusqu’à ce jour sans changement notable.
Il fallut approprier le nouveau Palais de l’Institut à sa destination; l’architecte Vaudoyer fut chargé de ce soin. La chapelle du ci-devant Collège des Quatre-Nations fut affectée à la Salle des séances publiques. Cette salle conserve encore une partie de la décoration impériale qui lui fut donnée dans ces circonstances, notamment les aigles aux ailes éployées qui en ornent la coupole. Bonaparte qui avait assisté avec assiduité aux séances de la Classe des Sciences avant son Expédition d'Egypte, parut, après son retour, à l’Assemblée générale de l’Institut du 27 octobre 1799. Jusqu’au commencement de 1801 il se montra très fréquemment aux séances et même, dans celle du 12 février 1801, il présenta deux manuscrits égyptiens qui avaient été trouvés dans les ruines de Thèbes. L’arrêté Consulaire qui donna aux membres de l’Institut leur costume officiel, est du CI mai de la même année.
Après la proclamation de l’Empire, Napoléon n’assista plus aux réunions de l'Institut, mais il ne cessa de s’intéresser aux travaux des quatre Classes qui le composaient et chaque année, au moins une fois, il reçut l’Institut en corps : la première de ces réceptions oflicielles eut lieu aux Tuileries, le 1 1 décembre 1804, à midi. Le 20 octobre 1800, la Classe d'Ilisloire eide Littérature ancienne prend l'initiative d’une réunion générale des Classes, afin de proposer « qu’il soit fait au nom du Corps, une adresse de félicitations à Sa M ajesté l’Empereur sur la continuité de ses victoires et les merveilles qu’elle a opérées en quelques instants ».
L’Institut tout entier vota une statue à l’Empereur et l’on décida qu’elle serait placée dans la Salle publique des Séances. Dans le procès-verbal des délibérations de la Classe d' Histoire el de Littérature ancienne du vendredi 1 \ février 1806, on lit à ce sujet : « M. le Président de l’Institut transmet unecopiede la lettre par laquelle Son Excellence le Ministre de l’Intérieur annonce que Sa Majesté l’Empereur accepte l'hommage de la statue que l’Institut lui a votée. »
Cette statue en marbre fut immédiatement commandée au sculpteur Roland, membre de la Classe des Beaux-Arts
La statue de Napoléon étant destinée à la Salle publique des Séances de l’Institut, il fut procédé à des essais pour savoir comment l’Empereur serait figuré el quelle place serait donnée à son effigie. Le Musée des Arts décoratifs possède deux remarquables aquarelles de Vaudoyer, qui représentent, l'une l'Empereur debout,
l’autre l'Empereur assis ; nous reproduisons (ci-après, p. xi) le projet de Vaudoyer avec la statue debout, derrière le fauteuil présidentiel : c’est le typé qui lut agréé et que le sculpteur Roland exécuta, non toutefois sans en modifier certains détails, tels que le mouvement des bras, et les inscriptions.
Le dimanche 29 juin 180(1, à 11 heures, l’Empereur reçut une députation de
l’Institut venue pour l’entretenir de l’installation matérielle des services dans le nouveau Palais et lui demander les crédits nécessaires à son achèvement. En février et mars 1808, eurent lieu aux Tuileries les solennités littéraires organisées pour la présentation à l’Empereur, par les quatre Classes de l’Institut, du Rapport général sur l’état el les progrès des Lettres, des Sciences et des Arts [Médaille CLY1).
Le 5 février 1809, Napoléon reçut encore aux Tuileries les membres des quatre Classes venus pour le complimenter à la suite de son expédition d’Espagne.
Le grand événement qui se passa à l’Institut l’année suivante, fut l’inauguration de la statue de Napoléon, décrétée en 1806 et enfin terminée. On profita, pour cette cérémonie, de la séance publique de la Classe des Beaux-Arts, présidée par l’architecte Dufourny, le (’> octobre 1810. La statue, œuvre de Roland, fut érigée à la place d'honneur, derrière le fauteuil présidentiel, là où se trouve actuellement, depuis 1898, le buste de Son Altesse Royale le prince Henri d’Orléans duc d’Aumale, le généreux donateur de Chantilly à l’Institut1. La Classe d' Histoire et de Littérature ancienne s’occupa de l’inscription à placer sur le socle de la statue. La Commission nommée à cet effet proposa, le vendredi 1 1 janvier 1811, d’inscrire sur le socle ces seuls mots : A NAPOLÉON LE GRAND.
La statue de l’Empereur a été enlevée de sa place légitime, en 1 8 1 , et placée plus modestement, bien qu’encorc honorablement, dans le sombre vestibule de la Salle des Séances solennelles ; 1 inscription : A Napoléon le Grand, a disparu.
On peut voir deux autres portraits de Bonaparte dans le Palais de l’Institut, 1 un, qui orne l’une des salles de la Bibliothèque, est une peinture en trompe-l’œil ; 1 autre qui se trouve dans la Salle ordinaire des Séances académiques, est un buste en marbre exécuté par Corbet. L’Institut 11c saurait oublier qu’il doit à Napoléon, son Palais, son costume, son budget; Lui, qui signait s, es proclamations à 1 armée d’Égypte, " Bonaparte, membre de l’Institut », et qui appartenait à la Classe des Sciences, est un Fondateur et un Bienfaiteur dont, certes, l’Institut a lieu de s’enorgueillir.
Rétablie, comme nous venons de le rappeler, le a3 janvier i8o3, sous l’appellation nouvelle et plus conforme à la nature de ses travaux, de Classe d Histoire el de Littérature ancienne, l’Académie des Inscriptions et Belles- Lettres fut investie, comme elle l’avait été avant la Révolution, de la mission de composer les Médailles officielles et les Inscriptions destinées à orner les monuments publics. Sa lâche devint alors considérable parce qu’il s’agit, pour elle, de restaurer les inscriptions, en nombre immense, que la Révolution avait partout systématiquement fait arracher, mutiler ou détruire et que Napoléon ordonna de rétablir. Dès la séance de la (.lasse du 17 janvier 180G, le Secrétaire perpétuel communique une lettre du Ministre de l'Intérieur datée du 11 janvier précédent, » par laquelle Son Excellence exprime ses regrets sur la destruction ou mutilation des inscriptions qui décoraient la plus grande partie des édifices publics, tant à Paris que dans le reste de l’Empire ». En conséquence, « le Secrétaire invite la Classe, comme succédant à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, à s’occuper de la recherche de ces inscriptions et à remplacer celles dont les circonstances ne permettraient plus de faire usage ». La Classe nomma immédiatement, une Commission, composée de Mongez, Millin d Quatremèrede Quincy, « pour se conformer aux louables intentions du Ministre ».
Le rapport des Commissaires a donné lieu, dans la séance de la Classe, du vendredi >\ janvier 1806, au procès-verbal dont voici la teneur :
u Sous l’ancien Gouvernement une des attributions de l’Académie des Belles- Lettres était de composer les inscriptions des monuments publics, de donner les sujets et les légendes des médailles destinées à consacrer la mémoire des grands
mise en place der- <le I Institut impi-
événements. Ces inscriptions et ces médailles étaient demandées à l’Académie, au nom du Roi par le Ministre de Paris.
» Son Excellence le Ministre de l’Intérieur désire rendre à la Classe de Littérature ancienne qui, dit-il, a succédé à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, une attribution qui appartenait à cette Académie.
« La Classe de Littérature ancienne sera toujours empressée d’exécuter les travaux littéraires dont le Gouvernement voudra l’occuper. Elle verra avec plaisir multiplier les occasions de manifester son zèle et son dévouement. Mais elle croit
'(té,
que pour donner à ses travaux toute l’importance qu’ils doivent avoir dans l’opinion publique, il est nécessaire qu’elle n’accepte 'aucune occultation, qu’elle ne reçoive aucune attribution qui n’aient pas été prévues dans le décret de son organisation, sinon d'après un ordre émané de Sa Majesté l'Empereur...
■i 11 sera répondu au Ministre :
« Que la Classe est reconnaissante de la bienveillance que le Ministre lui témoigne en voulant lui confier des travaux dans lesquels elle trouvera une nouvelle occasion de déployer le zèle qui l’anime ;
« Qu’il est très vrai que la composition des Inscriptions était, ainsi que celle des Médailles, une des attributions de l’Académie des Belles-Lettres; que la Classe se chargera volontiers de la rédaction des inscriptions pour les monuments publics,
ainsi que'de tous les autres travaux littéraires que le Gouvernement croira devoir lui confier, mais toutefois aussitôt que Son Excellence lui aura transmis la volonté de Sa Majesté sans laquelle l’Institut ne peut recevoir aucune attribution nouvelle.
« Dès que Son Excellence lui aura fait connaître les ordres de Sa Majesté, la Classe s’occupera de ee travail, à mesure que les matériaux lui en seront fournis par Son Excellence... »
Dans cette délibération, datée du 17 janvier 180G, on constate que la Classe d’ Histoire et de Littérature ancienne, tout en offrant ses services et son bon vouloir, ne considérait pas ses attributions officielles comme bien définies. C’est poulies fixer avec plus de précision que l’Empereur rendit le décret suivant :
Au Palais de Saint-Cloud, le -î5 juin îSoli.
Article 1 1
Notre .Ministre de l'Intérieur est chargé de l'exécution du présent Décret.
Par C Empereur, le Secrétaire d'Élat, Hugues 13. Maret.
Pour ampliation, le Ministre de l’Intérieur, Champagny.
Ce Décret fut communiqué officiellement h la Classe dans la séance du 2 5 juillet 180G. Dans sa lettre de transmission jointe au Décret, le Ministre de l’Intérieur ajoute que <• MM. les membres de la Classe y verront sans doute une nouvelle preuve de la confiance de Sa Majesté dans leur goût et leurs lumières ».
La Classe, en exécution du Décret impérial, nomma sur l'heure cinq Commissaires, « chargés delà composition des Médailles pour célébrer les principaux événements du Gouvernement de Sa Majesté, en remontant, s’ils le jugent convenable, au moment où il fut nommé Général en chef de l’armée d’Italie, et lui présenter ce travail dans le moindre délai possible ».
Les Commissaires nommés furent : Visconti, Mongez, Quatremèrede Quincy. Petit-Radel et Ameilhon, auxquels étaient adjoints, de droit, le Secrétaire perpétuel, Dacier, et le Président annuel de la Classe.
Les noms de ces savants sont trop connus dans l’érudition pour que nous ayons à les présenter ici avec développement.
Visconti (Ennius Quirinus), né à Rome le 3o octobre 17m, mort à Paris le 7 février 1818, fut successivement camérier du Pape, sous-bibliothécaire du Vatican, conservateur du musée du Capitole; en 1707, ministre de l'Intérieur des États romains; en 1798, consul de la République romaine; en 1799, garde du Musée des antiques et des tableaux au Musée du Louvre enrichi par les conquêtes de Napoléon en Italie. Il en lui nommé conservateur en i8o3. 11 est l'auteur du Museo Pio Clémentine, de l’ Iconographie ancienne et d’une foule d’autres ouvrages d’archéologie
qui attestent à la fois sa science profonde, son inlassable activité, et un esprit organisateur que Napoléon avait bien vite su distinguer.
Antoine Mongez, né à Lyon le 29 janvier 17^7, mort à Paris le 3i juillet i835, avait été avant la Révolution, chanoine régulier de Sainte-Geneviève. Il fut membre du Tribunat en 1801 et, de t8o/| à 181 administrateur de l’Hôtel des monnaies.
Il continua Y Iconographie antique de Visconti.
Antoine Quatremère de Quincy, né ;'i Paris le 28 octobre 1755, mort le 29 décembre i8/|9< emprisonné sous la Terreur et délivré au 9 Thermidor, condamné ensuite à mort par contumace comme ayant pris part à l’insurrection royaliste de Vendémiaire an IV (octobre 1790), est connu par ses travaux d’archéologie sur le Jupiter Olympien, les sculptures du Parthénon, son Dictionnaire d' architecture et ses études sur Raphaël et Michel-Ange
Louis-Charles Petit- Radel. né à Paris le. 26 novembre 1706, mort le 27 juin i836, chanoine de Couserans et docteur en Sorbonne, exilé sous la Révolution, comme prêtre non assermenté, devint sous l’Empire conservateur de la Bibliothèque Mazarine. Ses recherches sur les Pélages et les constructions cyclopéennes et sur divers points d’histoire et d’archéologie antique lui ouvrirent les portes de la Classe d’Histoire et de Littérature ancienne en 180G.
Hubert-Pascal Ameilhon, né à Paris le 7 avril 1780, mort le i3 novembre 1811, lut connu, en son temps, pour son Histoire du commerce et de la navigation des Égyptiens sous les Ptolémées (1766) et sa continuation de Y Histoire du Pas Empire de Le Beau (i8o3).
Après sa mort en 1811 , il fut remplacé au sein de la Commission par Silvestre de Sacy. Celui-ci, né à Paris en 1708, mort en 1 838, demeurera dans l’histoire des lettres savantes, comme l’un des orientalistes les plus éminents du dix-neuvième siècle.
Entin, le Secrétaire perpétuel, Bon-Joseph Dacier, né à Valognes le 1"' avril 17/12, mourut le 4 février 1 833, dans sa 910 année, laissant un fils et deux filles : ce détail 11’est pas indifférent, comme, on le verra plus loin, à l’histoire de la publication que nous entreprenons aujourd’hui. Le baron Dacier lut à la lois membre de l’Académie française ( Classe de langue et littérature françaises) et Secrétaire perpétuel de la Classe d'Hisloire et de Littérature ancienne, à la reconstitution de laquelle il contribua puissamment en i8o3. Enfin, en 1800, il entra à la Bibliothèque nationale comme Conservateur du département des manuscrits et il demeura Administrateur général de la Bibliothèque jusqu’à sa mort en i833 J.
Ainsi constituée le 26 juillet 180G, la Commission des Inscriptions et Médailles entra immédiatement en fonctions : c’est le fruit de ses travaux sous le Premier Empire que nous publions dans le présent ouvrage. Dès sa première séance, le 29 juillet 1806, elle jeta sans tarder les bases de P Histoire métallique de l'Empereur , dont elle devait s’occuper sans discontinuité* et avec un admirable zèle, jusqu’à la chute de Napoléon.
Les Archives de l'Institut possèdent les deux Registres manuscrits des Procès- Verbaux de la Commission , depuis sa création jusqu’au 18 février 1 81 4-
Le Premier Registre contient le compte rendu des délibérations, à partir de la première séance qui se tint le mardi 29 juillet 1806, jusqu’au vendredi 29 décembre
1. Sur Antoine Quatremère de Quincy e JU1U, in-12) : R. Schneider, Quatremère ,1e Q,
2. Notice en tète du Catalogue des livres Dacier (Paris. 1833, in-8).
. Petites histoires, p. 134 I jsant la Bibliothèque de feu M. le I
Le Deuxième Registre renferme les procès-verbaux depuis le vendredi ô janvier 1810, jusqu’au vendredi 1 8 février i8i/t- H s’arrête à la page 179, de sorte que plus de la moitié du Registre, à la suite, est restée, en blanc. Il y a en outre, à la fin, une Table des Matières.
Dans les premiers temps, la Commission se, réunit, en séance ordinaire, le jeudi de chaque semaine, à 7 heures du soir; mais il y eut des séances fixées au vendredi ou à d’autres jours. Suivant les circonstances, on se rassembla plus souvent et à des intervalles plus rapprochés ; parfois enfin, on fut plusieurs mois sans siéger1. Ouatremère de Quincy remplit les fonctions de secrétaire de la Commission et rédigea les Procès-verbaux. Le Secrétaire perpétuel, Dacier, fut chargé de mettre au net les Notices explicatives de chaque médaille et d’en donner lecture à la Classe d Histoire et de Littérature ancienne qui devait, en dernier ressort, approuver les travaux de la Commission. Au cours des séances, chaque membre « donne lecture de la suite chronolog'que de ses recherches sur les événements et autres sujets propres à entrer dans l’ Histoire métallique - ».
Bien des événements autres que ceux que la Commission a choisis, eussent été dignes d'être commémorés par une médaille insérée dans ce Recueil. C’est ainsi, par exemple, que tandis que la Commission juge opportun de rappeler par une médaille que Napoléon fil restaurer, dans la plaine d’Ivrv. le monument de Henri IV détruit sous la Révolution, elle eut pu, avec non moins de raison, rappeler de la même façon, que, vers la même époque, en l’an NI (i8o3), Bonaparte fit restaurer à Orléans, le monument de .Jeanne d’Arc détruit en 179.3, et ordonna qu’une fête fut annuellement célébrée dans cette ville en l’honneur de la Pueelle '.
Nous pouvons noter aussi que. la Commission qui a célébré par des médailles les grandes créations du Consulat, a omis ou plutôt oublié toute l’organisation judiciaire delà France qui remonte pourtant à celle époque : la Cour de cassation, les Tribunaux d’appel, etc., créés par la loi du 27 ventôse an VIII (18 mars 1800), en commémoration de laquelle plusieurs médailles ont, d’ailleurs, été frappées1.
Mais la Commission qui se montre, toujours et avant tout, scrupuleuse dans le respect de la vérité historique, tout en s’inspirant de la pensée de l’Empereur, se réservait de revenir sur ses pas, ne s’astreignant point d’une manière absolue, dans ses travaux, à l’ordre chronologique des événements, reprenant à plusieurs années d intervalle des sujets ajournés ou même déjà traités, pour profiter d’une information nouvelle, améliorer les détails du dessin ou en changer plus ou moins complètement les types; elle se préoccupe aussi de varier son œuvre en entremêlant les sujets militaires, administratifs, législatifs, en diversifiant les légendes et le caractère des dessins, pour éviter la monotonie, la formule banale, en un mot, l’uniformité qui constituait 1 écueil principal où elle risquait d’échouer. Composée de savants dont l’étude des monumen ts figurés et de la littérature des Grecs et des Romains avait rempli la carrière, la Commission s’inspire constamment de l’antiquité dans le choix des types et des légendes, suivant, d’ailleurs, la mode qui dominait alors exclusivement en toutes choses. Répudiant le genre réaliste comme vulgaire el éphémère, elle traite tous les sujets dans le genre idéal et allégorique, plus digne de l’immortalité, empruntant à l’antiquité classique jusqu’à la nudité de ses héros.
Commission décida de se réunir tous les jeudis ; en 1808, ce fui le mardi; plus tard un varia encore. '
-■ Procès-verbal de la séance du 11 avril 180'J
3. Une médaille a été frappée à cette occasion. 77V s or de numism. Révolution française, pli XCV, fig. 1.
4. Trésor de numism- Révolution française, pl. I.XXX-I.XX.XI.
Le costume donné aux personnages réels ou allégoriques est romain; dans les légendes on rencontre constamment des expressions empruntées aux médailles de l’Empire romain.
Tel est l’esprit de sincérité historique qui anime constamment la Commission et la préoccupation artistique qui inspire ses délibérations : telles sont les conditions morales dans lesquelles nous la verrons à l’œuvre.