LES MÉDAILLES DU CONSULAT ET DE L'EMPIRE
Avant la Révolution, les médailles artistiques exécutées en France ou par des artistes français, peuvent au point de vue de leur origine se partager en deux grandes classes : i° Celles qui furent frappées ou fondues par les artistes, sur leur propre initiative, suivant leur inspiration ou qu’ils tirent à la demande de leur clientèle, particuliers, corporations, administrations publiques, institutions privées: ces médailles sont les plus nombreuses et, hâtons-nous de le dire, les plus intéressantes au point de vue. artistique, parce que leurs auteurs, livrés à leur initiative spontanée, n’ont eu à subir la loi d’aucune direction ou contrainte concernant le module, le choix et l’exécution des types-, la disposition des légendes ; — a0 11 y a, en second lieu, les médailles qui furent frappées par ordre du Roi, dans l'atelier spécial appelé La Monnaie des Médailles , installé au Palais du Louvre, médailles composées par des artist es officiellement choisis, avec des types et des légendes administrativement déterminés et imposés. Ces pièces constituent des suites uniformes qui célèbrent les hauts faits et les gestes du prince régnant et sont les éléments de son Histoire métallique.
« Louis XIV, raconte l’érudit historien de La Monnaie des Médailles', Louis XIV, le premier, conçut la grande idée d’illustrer par une suite continue de médailles, tous les événements mémorables de son règne... L’Académie des Inscriptions et Belles- Lettres fut fondée uniquement pour fournir les inscriptions et légendes des monuments de toute nature élevés à la gloire du Roi L’idée de transmettre?! la postérité, par une suite nombreuse de médailles, l’histoire du Roi-Soleil fut une des causes principales de la création première de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. »
La réalisation de cette idée nous a valu les « suites uniformes ® des médailles du règne de Louis XIV, œuvres d’une solennité froide, composées par des artistes habiles mais trop longtemps les mêmes, et asservis à une règle intlexible. Ces médailles officielles forment, au point de vue littéraire, le somptueux recueil inli-
tulé : Médailles su/- les principaux événements du règne entier de Louis le Grand, avec des explications historiques et 207 planches. (A Paris, de l’Imprimerie royale, in-lolio, 1702; 2e édit, en 1728) '.
Outre l’élaboration de cette Histoire métallique du Roi , l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres avait pour tâche de délibérer sur les types et les légendes des jetons des administrations publiques; sur les médailles non oflicielles au sujet desquelles elle était consultée par des particuliers; sur les inscriptions à placer sur les monuments publics.
Ce sont, nous l’avons constaté, ces mêmes attributions et ce même rôle que Napoléon voulut donner à la Classe d' Histoire el Littérature ancienne de l’Institut. On voit parla que I’Histoire métallique de l’Empereur et Roi dont la Classe jeta les fondements, mais qui ne put être exécutée qu’en manuscrit et en images, est un recueil ofliciel analogue à Y Histoire métallique de Louis XIV.
Nous venons de faire remarquer que sous l’Ancien Régime, en dehors de ces suites uniformes, il lut fabriqué, par la frappe ou la fonte, une énorme quantité de médailles historiques, étrangères à ce qu’on pourrait appeler la grande entreprise officielle. Jusqu’à la tin du règne de Louis XVI, <> la Monnaie des Médailles, résume M. Guilîrey, continua à frapper, comme par le passé, des pièces destinées à rappeler les événements mémorables de notre histoire ; elle fournissait encore, aux principales époques de l’année, au ior janvier et lors de la fêle du Souverain, les pièces d’or et d’argent offertes aux seigneurs de la Cour; elle célébrait la naissance. le baptême, le mariage des princes ou princesses de la famille royale; elle était chargée de pourvoir les différentes Académies de leurs jetons de présence et des médailles destinées aux lauréats ; elle frappait enfin des jetons pour les différentes compagnies particulières, commerciales ou littéraires de Paris ou de la province2 ».
Ainsi en était-il à la veille de la Révolution : cet état de choses fut complètement rétabli sous Napoléon, après que, en 180G, la Monnaie des Médailles eut été transférée, par décret impérial, du palais du Louvre à l'Hôtel du quai Conli :1.
Ce sont ces médailles, étrangères à I’Histoire métallique entreprise par la < '.lasse d' Histoire el de Littérature ancienne de i Inslilul impérial , qui sont répandues dans les collections publiques ou privées. Pour celles d’entre elles qu'a frappées la Monnaie de Paris, nousconstatons qu’elles ont été commandéesdirectement à cet atelier par divers ministères, des administrations publiques, des préfets, des villes, des corporations, des particuliers. Elles ont été composées et exécutées sous l'habile direction de Vivant Denon4. De là vient que sur ces pièces, souvent très remarquables, on trouve fréquemment, outre la signature de l’artiste, la mention : Denon direxil, abrégée ou explicitement exprimée.
Elles furent gravées par les meilleurs artistes du temps, au premier rang desquels figurent : Andrieu, Duvivier, Tiolier, Brenet, Michaut, Gayrard, Vincenzo
î-folio, première il in-f' de 78 plan
•I à Paris le 27 avril 1
Cocclii, Depaulis, Jaley, JeuIVroy, Oomard, Droz, Dupré, Dumarest, Jouannin, Galle, Gatteaux, el vingt autres, sur lesquels les renseignements ne font pas défaut.
Par suite, de la diversité des commandes etdu nombre des artistes, ces médailles se présentent sous les aspects les plus variés, soit pour les effigies de l'Empereur, soit pour la composition des revers, soit enfin pour l’énoncé des légendes ou le mérite artistique. S'il en est de médiocres, il faut proclamer bien haut, en revanche, que les tètes de Napoléon, gravées par Andrieu et par Droz, et certaines compositions de revers, rivalisent avec les plus belles créations de l’art de la médaille dans les temps anciens et modernes.
Le premier Catalogue des médailles de Napoléon est l’œuvre d un officier anglais et il a paru en Angleterre dès 1818. sous ce titre: Description de la collection des médailles frappées à la Monnaie nationale par ordre de Napoléon Bonaparte. el rappelant le souvenir des batailles el des événements les plus remarquables de son règne, par le capitaine Laskey L Ce recueil contient la description de î^i médailles qui composaient la collection de l’Hôtel des Monnaies de Paris, en 181Ô.
Un second Catalogue, publié aussi en Angleterre, en 1820, a pour litre : Ilisloire métallique de Napoléon Bonaparte , traduite par Mademoiselle Anna Mudie Scarqill , sur le manuscrit original destiné h être publié par le dernier gouvernement de la France. Londres, 1820, in-8, sans planches 2. Ce recueil contient la description de 1M7 médailles de l’Hôtel des Monnaies de Paris.
A la même époque, un érudit anglais, James Millingen, publiait ;i Londres, en français, un recueil illustré dont le titre est le suivant: Histoire métallique de Napoléon ou recueil des Médailles el des Monnaies qui ont été frappées depuis la première campagne de l'armée d'Italie jusqu'à son abdication en 1815. Londres, i8i<( et 1821, in~4° (sans nom d’auteur). Cet ouvrage qui comprend à la fois les monnaies et les médailles, donne la description d’environ 5oo pièces.
Il convient de citer ensuite, celle fois en France, le Catalogue du Musée Monétaire de Paris, publié en 1 83H , et dans lequel sont comprises les médailles de Napoléon.
Enfin, les Médailles de la Révolution française et les Médailles de l'Empire français el de l' Empereur Napoléon , qui forment deux volumes illustrés du Trésor de Numismatique , publiés, le premier en i836, et le second en i8/jo. Ce dernier ouvrage enregistre 264 médailles du Consulat et 1012 de l’Empire.
On trouvera quelques additions au Trésor de Numismatique dans le Catalogue des médailles de l' Histoire de Napoléon, frappées à la Monnaie de Paris , édité en 18/jo (in-8, avec fi g.) par Brasseux, aîné, graveur du Roi.
Pour l’époque contemporaine, nous devons citer : l'ouvrage intitulé Médailles françaises dont les coins sont conservés au Musée Monétaire, catalogue des coins de la Monnaie, publié par l’Administration des Monnaies et Médailles en 1892 (in-4 sans planches); les médailles de Napoléon y forment un chapitre important; il yen a environ /(oo ; — l’ouvrage du comte de Nahuys : Histoire métallique du royaume de Hollande sous le règne de Louis-Napoléon (Amsterdam et Paris, 1888) : — celui de Van Heyden, Ehrenzeichen (Meiningen, 1897, 1898 el 1903), description de
médailles et décorations militaires françaises, autrichiennes et allemandes de l'époque de Napoléon Ier.
Un Danois, M. L. Bramsem, a publié, en 1 0)04-1907, deux volumes intitulés Médaillier Napoléon le Grand ou Description clés médailles , clichés , repoussés cl médailles, décorations relatives aux affaires de France pendant le Consulat et l'Empire, première partie, 1799-1809; deuxième partie, i8io-i8i5 (deux vol. in-/j. Paris et Copenhague, en français, sans planches). Ce recueil est plus complet que le Trésor de Numismatique, bien qu’il y ait encore de nombreuses lacunes. M. Bramsen évalue à environ 2.000 le nombre des médailles qui ont été exécutées, tant en France qu’à l’étranger, sous le règne de Napoléon ou qui se rapportent à l’Empereur.
11 serait superflu de mentionner encore plusieurs Catalogues de marchands particulièrement riches en médailles Napoléoniennes, aujourd’hui dispersées sous le feu des enchères; il y a entin des collections publiques et privées, au premier rang desquelles nous devons signaler, outre le médaillier du Cabinet des Médailles à la Bibliothèque nationale, la richissime collection île feu M. le Prince d’Essling (t 1910) dont on annonce la prochaine publication'.
FONCTIONNEMENT UE LA COMMISSION UES INSCRIPTIONS ET MÊUAILLES DEPUIS SA FONDATION JUSQU’EN 1808
Dans sa première séance, le 29 juillet 180O, la Commission se demande d’abord à quelle date elle fera commencer Y Histoire métallique de Napoléon, et si elle y comprendra notamment sa glorieuse campagne d’Italie sous le Directoire, du 29 février 179b au traité de Gampo-Formio, le 17 octobre 1797, St son Expédition d’Egypte, du 19 mai 1798 au 9 octobre 1799. Après délibération, il est convenu que Napoléon sera envisagé seulement comme Chef d’Etat, c’est-à-dire à partir du moment où il devint, en fait, le maître du Gouvernement de la France.
La Commission décide :
« 1" Qu’elle commencera l’Histoire numismatique de Sa Majesté l’Empereur, à dater de l’époque du 18 Brumaire an VIII ig novembre 1799), et qu’elle comprendra, dans les sujets des médailles, les faits et gestes civils et militaires;
» 2" Que, sans discontinuer le travail de la série numismatique, elle s’occupera spécialement de proposer les sujets de médailles que les circonstances publiques pourront exiger et de celles qui pourront lui être demandées par les Autorités civiles, militaires et les Corps enseignants, en observant cependant de coordonner les premières avec la série de Y Histoire métallique ;
« 3° Qu’elle s’occupera de suite de proposer le sujet d’une médaille, à I de la Paix avec la Russie ;
« 4° Qu’elle fera l’acquisilion des médailles frappées jusqu'à ce jour en l’honneur de Sa Majesté Impériale, et des Mémoires historiques qui peuvent manquer à la Bibliothèque.;
« 5° Qu’elle s’occupera de suite du soin de recueillir les faits civils et militaires qui peuvent fournir des sujets de médailles. ><
Ainsi, la Commission entend donner une triple direction à son travail : Proposer des sujets de médailles pour les événements du jour, à mesure qu’il s’en produira de remarquables ; faire exécuter rétrospectivement des médailles pour les événements qui se sont passés depuis le îS Brumaire an VIII <j novembre 1799); entin, répondre aux consultations qui pourraient lui être adressées par les autorités civiles et militaires désireuses de faire frapper des médailles.
Elle se mit à l’œuvre sans tarder. Le Recueil de médailles que nous publions ci-après constitue l’essence même du travail de la Commission jusqu’à la lin de l’Empire et nous n’avons point à l’analyser dans la présente Introduction. Mais il importe, au contraire, de faire ressortir, ici, l’œuvre de la Commission en tout ce qui n’est pas strictement et directement la préparation des médailles qui ont été adoptées et dessinées pour le Recueil : c’est ce à quoi nous allons exclusivement nous attacher, en suivant les Procès-verbaux des délibérations de la Commission.
Dès la deuxième séance, le vendredi ioraoût 180G, Monge/, propose deux sujets de médailles, ! un relatif à la Paix avec la Russie qui venait d’être conclue à la suite delà campagne d’Austerlitz, le 21 juillet 1806; l’autre, concernant la Paix générale, signée aussi en 1806 et que l’on considérait universellement en France comme la lin de tous les maux engendrés par la Révolution (voyez Médaille A LII! ).
Pour la Paix avec la Russie, Ameilhon est d’avis de placer, d’un côté de la médaille, la tête de l’Empereur Napoléon et de l’autre : « une couronne d’olivier au milieu de laquelle, on lirait l'inscription : Paris cnm Ruthenis fœdere irlo. »
Quatremère de Quincy propose : « La France, assise sur une cuirasse entre deux trophées parés de deux boucliers sur l’un desquels on lirait Austeri.itz, présenterait de la main droite à la Russie un rameau d’olivier; de la main gauche, la France recevrait un rameau semblable des mains de la Victoire qui la couronnerait en même temps de lauriers ». La légende interpréterait avec concision la pensée, suivante : Sub invicto imperalore Rassiæ Pallia dal pacem. Galliæ Victoria.
Le 16 août, Visconti propose comme sujet : Deux Amazones debout, l'une vis-à-vis de l’autre et se donnant la main. L’Amazone qui représente la France a le casque en tête ; les armes de France sont sur son bouclier. L’autre, qui représente la Russie, a la tête couverte d’une espèce de bonnet phrygien orné de fourrures. Les mêmes ornements pourront être répétés sur ses habits. Les armes de l’Empire Russe sont sur le bouclier de l’Amazone. L’une et l’autre sont succinctes en guerrières. La France est à la droite de la Russie. Légende : Concordia Auguslorum ; exergue: Pacis [cédas inler Gallos el Roxolanos sancilum Parisiis, AUI hal. Sexlil., Petropoli, XVIII I\. Sept. A. MDCCCVI. On pourrait substituer aux ligures allégoriques de la France et de la Russie, les ligures de leurs Empereurs, dans la même attitude et aux mêmes places. Si l’on préfère les inscriptions en français, elles pourraient être : Pour la légende, Paix el Amitié, formule initiale de tous ces
traités de paix ; pour l’exergue : Entre la France et la Russie ; signée à Paris le 21 juillet , à Saint-Pétersbourg, le 15 aoûl 1806.
La Commission décide » <[ue pour le sujet direct et personnel de la médaille, elle adopte un type représentant l’Empereur des Français et l’Empereur de Russie debout, chacun dans le costume impérial qui lui est propre et se donnant mutuellement la main droite, avec la légende latine : Concordia Augustorum ; e l pour exergue : Pacis fœdus inler Gallos el Roxolanos sancilum Parisiis,.X/II Kul. 8 ex t il., Petropoli. XVIII Kal. Sept. A. MDCCC 1 7. Pour la légende française, cette formule initiale d»* tous les traités de paix : Paix el amitié ; pour exergue : Entre iu France cita Rassie, signée à Paris le 21 juillet, à Saint-Pétersbourg le 15 août 1806 ».
Pour le type « indirect ou abstrait » de la médaille, la Commission adopte le sujet suivant : a La Paix debout unissant sur un autel deux écus sur lesquels on lira les noms de la France et de la Russie. »
Dans la séance suivante (samedi 23 août i8oü), la Commission discute « sur la formule du Calendrier qu'il conviendrait d’adopter dans la composition des inscriptions et médailles; on allègue des raisons pour et contre la formule antique des Calendes et des Ides. »>
Visconti présente le croquis de la médaille de la Paix avec la Russie el fait des observations sur le costume des deux empereurs. Quant au revers, on se décide pour un sujet autre que celui qui avait été adopté el l’on s’arrête à celui-ci : » La Paix réunissant sur un autel deux boucliers portant, l’un, les armes de France, l’autre celles de Russie,» avec cette légende tirée d’Ovide : Dissociata lacis concordi pace ligcwil.A l’exergue : Fœdus iclum Parisiis XIII Kal. Aug. inter Gallos el Roxolanos.
Ceci se passait en août i8ot>. Mais bientôt, survint la nouvelle coalition contre la Francequi amena la campagne d’iéna [\ \ octobre 1806) et de Friedland : i.’> juin 1807), et, enfin, une nouvelle paix avec la Russie, sanctionnée par le traité de Ti 1— sitl 1 2b juin 1807).
La Commission résolut de fusionner en une seule médaille les deux traités de paix. Voilà pourquoi la médaille du traité du 21 juillet 180Ü fut écartée et n’a pas trouvé place dans le Recueil que nous publions. On lui substitua la médaille de l’Entrevue de Tilsitt, le 20 juin 1807 (voyez Médaille CXL/t).
Le jeudi i/t août 180Ü, la Commission se réunit extraordinairement pour une médaille qui lut demandée par le Préfet de la Seine, et dont le but était de. commémore]1 le don fait par l’Empereur à la ville de Paris, des drapeaux et des canons pris au combat de Wertingen, le 18 vendémiaire an XIV ( 10 octobre i8o5).
Visconti donne lecture de la notice suivante qu’il avait rédigée paravance : » Le sujet de la médaille demandée par M. le Conseiller d’Etat, préfet de la Seine, est le suivant : Le don fait par Sa Majesté à sa ville de Paris des drapeaux et des canons pris sur l'ennemi à la journée de Wertingen, et les remerclments qu’une députation des maires de Paris futehargée de présenter à Sa Majesté et qu’ils présentèrent en effet à l’Empereur, dans le Château impérial de Schoenbrunn, résidence ordinaire des Césars autrichiens. Les maires furent introduits à l’audience par Son Altesse Sérénissime le Prince Murat, alors Gouverneur de Paris, maintenant Grand-Duc de Derg. Le sujet étant double me parut se prêter facilement à la composition de deux types, pour les deux côtés de la médaille. Le premier a rapport au don; le second au remercîment. La Victoire paraît sur le premier; elle embouche la trompette de la Renommée et porte dans sa main la lettre de Sa Majesté au Corps munie ipal de Paris. Le rouleau qui désigne celte lettre porte ces trois mots : Imperalor Urbi suæ.
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L;i phrase (Jrbi suæ , quoique tirée des médailles du troisième siècle, m'a paru digne d’être imitée par l’affection qu’elle exprime du Souverain vers sa capitale. Les canons et les drapeaux que Sa Majesté donne à la ville de Paris forment un monceau d’armes et de dépouilles pittoresquement arrangées. La légende, De Germants, est imitée de celle qu’on lit sur une médaille de Marc Aurèle ayant un type analogue. L’inscription de l’exergue explique d’une manière plus précise le fait et la date : Primiliæ belli arma el signa mililaria e Manubiis Werlingepsibus Citnlali donala, I P /dns Oclobris 1805. La phrase Primiliæ belli est de Virgile.
« L’autre côté de la médaille a pour type la députation des maires de Paris offrant à Sa Majesté les remercîmenls de sa Capitale. L’Empereur, sur une estrade, couronné du laurier impérial a, dans sa main, une branche du laurier cueilli à Austerlitz. Sa Majesté est dans le costume militaire, armée de toutes pièces. L’armure ressemble à celle de François Ier reconquise à Vienne. Celle ville, dans l’attitude de suppliante, et la nymphe de la fontaine de Schœnbrunn (Belle fontaine) sont à ses pieds. Le nom de Schœnbrunn se lit sur le bord de l’urne d’où coulent les eaux. Les maires, présentés par S. A. S. le Prince Murat, sont dans l’action de remettre :i Sa Majesté la lettre de remerciaient et en attitude de reconnaissance. La légende : Iioxolanicus Maximus, a rapporté la défaite des Russes à Austerlitz. Le laurier dans la main du vainqueur est imité des médailles de Drusus et de celles de Titus. Les figures placées à ses pieds sont imitées des médailles de Trajan et d’autres. La légende est analogue à celle de Germanicus Maximus de Postumc, et de Parlhicus Maximus de Marc Aurèle, de Lucius Verus et de Seplimc Sévère. L’inscription de l’exergue explique le type et la date de l’événement: Ædiles Parisiorum Imperalori Xapolioni a
La Commission adopte le projet de Visconti et décide qu’il sera proposé à la Classe. Celle-ci l’ayant approuvé, Lemot en exécuta le dessin el la médaille, gravée par Galle et par Brenet, fut frappée è la Monnaie de Paris*.
Mais outre cette médaille exécutée aux frais de la Ville de Paris, la Commission en vota une autre, relative au même sujet, pour la faire figurer dans son Histoire métallique. C’est celle qui ligure ci-après, Médaille XC I \ et qui ne fut pas frappée. non plus que les autres dessins du présent Recueil.
Une question importante préoccupa la Commission dès ses premières réunions: celle de la langue dans laquelle devaient être rédigées les légendes des médailles et les inscriptions destinées aux monuments publics. Le Procès-verbal de la séance du 28 août 1806 contient à ce sujet la mention suivante :
« Un membre ayant observé qu’on pourrait, sans causer de plus grands frais de fabrication substituer aisément et ù volonté au même coin, des légendes en langue différente, la Commission considérant que s’il est utile d’employer dans les légendes des médailles une langue morte, parce qu’elle est fixée, et la langue latine, parce qu’elle est commune à tous les savants de l’Europe, il est non moins utile d’avoir en vue l’universalité des Français et les étrangers qui cultivent notre langue. En conséquence, la Commission décide que les légendes et les exergues de la même médaille seront proposées, autant que cela sera possible, en latin et en français, pour être adaptées au même coin, à volonté. »
Cette résolution ne lut pas appliquée et ultérieurement la Commission décida d’employer exclusivement le latin pour les légendes des médailles.
1. Trésor de numismatique. Empire français, pl. X, n°* 2 et 3 (on combina les types de deux médailles pour rappeler à la fois Wcrtingen el Austerlitz). Voyez ci-après, pp. 198 et 208.
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Le i (> août 1806, la Commission reçut communication d’une lettre du Ministre de l’Intérieur qui demandait deux inscriptions, « l’une, pour la fontaine placée en face des Écoles de médecine et l’autre, pour le monument (le Lion de Venise) situé sur la place des Invalides 1 ».
Dès la séance suivante, le 23 août, divers projets d’inscriptions sont présentés : Visconti propose pour l’une des quatre faces du monument du Lion de Venise :
Neapolio Imperalor, Rex Leonem Marcianum de Veneliis caplis tropæum ad emeritürurn militam castra eorum virlulis insigne erigi jussil
MDCC.CVI
Quatremère de Quincy propose les vers suivants :
Qu æ (piondam I ’eneti pennala leonis imago Celsa, triumphali slabam viclrix columnâ,
Nunc exul, mine vida , novo sed munere yaudens ,
Galligenum pugnas et fada insignia testa/-.
Le jeudi 4 septembre 180G, la Commission se prononce pour l’inscription rédigée par Visconti.
Pour la fontaine de la place des Ecoles de médecine, Mongez présente une inscription française d’un laconisme dithyrambique :
Mapoléon commande :
Ta Seine jaillit dans le Temple d'Esculape.
Quatremère de Quincy voudrait une inscription latine :
Imperalor Xeapotio
ad civium usas Scholæ medicorum l rbisque ornamenlum fonlem exlrtii jussil anno [Moc.c.cvi
Petit-Radel compose un autre texte :
Neapotionis Aug. providenlia dioergium Sequanæ
Civium commodu . isclepiadarum ædibtis.
Quatremère de Quincy propose un distique :
Subsidium mise, morborum cura, Salulis Veslibulum ante deæ, quam bene lympha fiait.
La Commission lixe son choix sur l’inscription suivante:
NEAPOLIONIS • A VG ■ PROVIDENT1A DIVERGIVM • SEQUANAE
GIVIVM • COMMODO ■ ASCLEPIADEI • ORNAMGNTO.
1. Sur le Lion de Venise, voyez VEclaircissemenl de In Médaille CVI.
Vers le môme temps, la Classe d’ Histoire et de Littérature ancienne fut chargée de rédiger l’inscription de la colonne de la Place Vendôme. Le thème imposé était celui-ci : « Cette colonne, fondue avec les canons pris à l’ennemi, a été dédiée par l’Empereur Napoléon à la gloire de la Grande Armée, i8o5. » La Classe s’en tira par cette inscription d’un latin assez médiocre, que devait, plus tard, si spirituellement railler Alexandre Dumas :
NEAPOLIO IMF A VG MONVMENTVM BELLI GE R MAN ICI AN NO MDCCCV
TRIMESTRI 8PATIO DVCTV SVO PROFLIGATI EX ÆRE CAPTO GLOR1/E EXERCITVS MAXIM I DICAVIT
Il ne paraît pas, d’après les Procès-verbaux, que la Commission des Inscriptions et Médailles ait participé à cette rédaction.
Ce fut seulement dans sa septième séance, celle du 28 août 1806, qu’elle s'occupa de la première médaille rétrospective, celle du Relotir d Egypte, avec le magnilique buste de Bonaparte entouré des rayons du Soleil levant, et ln légende si expressive dans son laconisme : ORIENS Médaillé nn / ). La Commission devait, vingt lois, la remettre sur le métier, apportant sans cesse des modifications à la légende, à la disposition des ligures allégoriques, aux esquisses présentées par l’artiste. Et pour chaque médaille il devait en être de même : la Commission revient à maintes reprises sur le même thème ; la discussion se prolonge, menace même quelquefois de s’éterniser. C’est que les questions que soulèvent les types et les légendes sont souvent fort délicates, comme, par exemple, lorsqu'il s’agit de la médaille destinée à rappeler que Napoléon a rouvert les portes de la France aux émigrés et aux bannis de toutes les factions. Inscrira-t-on sur la médaille les mots Clemenlia, ou Juslilia ou Obliuio ? Finalement, on choisit une légende neutre qui lève tous les scrupules et satisfait tout le monde : Civibus palrite. reddilis ( Médaille XII).
Sur la médaille du Retour d’Egypte , la première du Règne, la légende serat-elle Oriens ou Oriens Augusti'f Sur celle qui est relative à la création du royaume de Hollande en faveur de Louis Napoléon, inscrira-t-on en légende: Re.v Balaois imposilus ou Rex Balavorum constitutas ? Pour la paix conclue avec l’Angleterre au traité d’Amiens, on inscrit : Pax cum Brilannis sancila; après Friedland, pour la médaille de la Paix avec la Prusse, on adopte la formule Pace Borussis data, de préférence à Pax fundata cum Borussis. On emploie de même la formule Pax Germanis data , pour la Paix de Presbourg. Lorsque Napoléon a franchi la Vistuleon trouve celte légende triomphale et pleine d’orgueil : Qub non Carolus Magnus!
Comme nous l’avons fait déjà remarquer, dans toutes ces discussions domine la double préoccupation de respecter scrupuleusement la vérité historique et de s’inspirer de la pensée impériale.
La Commission prend à tâche, essentiellement, de rédiger des légendes claires, concises et susceptibles d’être facilement comprises du public lettré. C’est ainsi, par exemple, qu’elle discute longuement pour savoir si elle admettra dans la légende d’une médaille le terme de Ceratnicum pour désigner le palais des Tuileries. « L’emploi du mot Ceramicum , lit-on dans le procès-verbal de la séance du mardi ali juillet 1808, paraissait à quelques membres, offrir une affectation d’hellénisme et
une prétention scientilique que la Commission juge elle-même être un abus dans ces médailles, qui, bien que composées et rédigées selon le système de l'antiquité, ne le sont cependant que pour les hommes auxquels on ne doit pas supposer des connaissances trop approfondies ni des langues, ni des usages antiques. »
Les dessins successifs, remanîments et essais demandés à des artistes par la Commission occasionnaient des frais dont elle s'inquiéta, un mois à peine après avoir commencé de fonctionner, dans sa séance du jeudi 20 septembre 1806. En suite de quoi, le 3i octobre, la Classe d ’ Histoire et de Littéral ure ancienne ordonna qu'il fût mis à la disposition de la Commission des Inscriptions et Médailles, la somme de 3. 000 francs pour être «< employée à l’acquisition des livres et médailles nécessaires à la Commission chargée de composer Y Histoire métallique de Sa Majesté l’Empereur et Roi, et au payement du dessinateur qui fait les esquisses et dessins des médailles ».
Cette décision de la Classe intervenait comme sanction d’un premier Rapport qui lui fut présenté le 23 octobre parla Commission, sur l’ensemble des médailles qu’elle avait élaborées jusqu’à ce jour. Elles étaient au nombre de treize; les dessins en étaient achevés et une Notice explicative avait été rédigée pour chacun d’eux. Notices et dessins furent présentés à la Classe qui ne s’en montra pas entièrement satisfaite. On lit en effet au procès-verbal de la séance delà Classe, du 12 décembre 1 80b :
<• M. Petit-Radel fait au nom de la Commission des Médailles un rapport sur six îles premières médailles de Y Histoire métallique de S. M. /' Empereur et liai. Plusieurs observations sont faites sur l’ordre du travail delà Commission. Les membres de la Classe sont de nouveau invités à présenter des sujets de médailles et à concourir à aider de tous leurs moyens la Commission dans les travaux dont elle est chargée i ».
Le projet pour la médaille destinée à consacrer le Retour d’Egypte est le seul mis aux voix et adopté. Pour les autres, la Commission fut invitée à procédera une nouvelle révision; la Classe en adopta quelques-uns dans ses séances des uj et 26 décembre 1806.
Enfin, le *3 janvier 1807, 1;1 Commission put présenter le Rapport général et récapitulatif de ses travaux et le faire approuver.
Les Notices étaient destinées à figurer dans l’Album des dessins, en regard de chacun d’eux, à titre de commentaire explicatif. Cependant, ce ne sont point exactement celles qui ont été insérées dans le Recueil manuscrit que nous publions, parce que la Commission devait être, comme nous le dirons plus loin, réorganisée en mai 1808; et, à la suite de celte réorganisation, elle reprit ab ouo tout son travail antérieur, le révisa, le modifia, confirma ou changea, suivant ses inspirations nouvelles, des types et des légendes q u’elle avait pourtant antérieurement adoptés.
C’est ainsi que les treize premières médailles que la Commission fil approuver parla Classe, dans son Rapport général du 23 janvier 1807, furent plus tard soumises de nouveau à discussion et subirent des modifications.
Ce sont les suivantes :