AGRANDISSEMENT 1)U BASSIN DE DIEPPE
30 août 1806.
Le Port clc Dieppe, par la pêche cjui se fait sur la côte où il est situé, est le centre d’un commerce important pour l’intérieur de la France et sert auss de retraite aux navires destinés à la pèche de la baleine. Quand même les marins qui se livrent h ce genre de pèche seraient moins utiles que les autres par les produits de leurs travaux, ils mériteraient encore une attention particulière parce qu’ils sont une pépinière inépuisable d’habiles et de hardis navigateurs. Aussi, est-ce surtout en leur faveur et pour leur assurer un refuge que l’Empereur a ordonné l’agrandissement du bassin de Dieppe.
Le type delà médaille représente le contour du Port, figuré en plan, comme on voit celui d’Ostie sur une médaille romaine. Des navires entrent et sortent. Le devant du port est occupé par la ville de Dieppe personnifiée, assise sur un cippe et montrant avec reconnaissance la statue de son auguste bienfaiteur. Le trident et un filet, groupés ensemble, désignent le commerce qui fait la richesse de la ville.
La même idée est exprimée dans la légende : AD • TYTIORES • PISCA- TOliUM • CETARIORYMQVE • RECEPTVS, «pour assurer le retour des vaisseaux employés aux différentes espèces de pêches ».
On lit à l’exergue : DEPPA,nom latin de la ville de Dieppe, et la date du Décret.
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Parmi les grands travaux d’intérêt public, routes, canaux, ports, édifices, etc., entrepris sous le règne de Napoléon, l'agrandissement du port de Dieppe ne fuL pas des moins importants. Il fut décidé au cours du voyage sur les côtes de Normandie que fil le Premier Consul en 1802. Bonaparte séjourna à Dieppe du 9 au 12 novembre 1802, inspectant avec grand soin les bassins projetés. Néanmoins, les travaux marchèrent assez lentement dans les années suivantes. Le 30 août 1806, les premiers terrassements pour un nouveau bassin furent commencés : ce jour-là, dit le Moniteur , « sur les A heures du soir, M. le Préfet, accompagné des autorités, d'un détachement de notre cohorte et d’une grande quantité d’ouvriers, ayant chacun les attributs de leur métier, s'est transporté à l'endroit où doit être creusé le bassin. Là. au bruit de plusieurs décharges d’artillerie et des cris répétés de Vive l'Empereur! Vive Napoléon le Grand, il a donné les premiers coups de pioche. Celle cérémonie a inspiré le plus vif enthousiasme >■. Les travaux se poursuivirent dans les années suivantes et Napoléon vint les visiter avec l'impératrice Marie-Louise, le 27 mai 1810.
La Commission des Inscriptions et Médailles eut à s’occuper à deux reprises du Port de Dieppe, et pour deux médailles différentes. D’abord, dans sa séance du 27 novembre 1807, elle fut saisie par le Ministre de l'Intérieur d'une demande de la ville de Dieppe. Il s'agissait d’une médaille volée par le Conseil municipal de cette ville pour commémorer la construction du port. Mongez propose pour légende : Tolum clupeas piscanlibus perfugium. Visconti voudrait : Urbis commealibus et DEPI’A.
Quatremère de Quincy propose : Piscatorum seeuritali , naviganlium commodo. « Le type représenlera en plan le contour du nouveau bassin de Dieppe, avec des vaisseaux entrant et sortant. Sur ledevant, la statue de l'Empereur et la figure de la ville de Dieppe assise, appuyée sur un cippe où sont figurés des poissons, par allusion au grand commerce de pêche et de marée dont Dieppe est le centre. La Ville, reconnaissante du bienfait de ce port nouveau que l'Empereur lui a fait creuser, exprime scs sentiments par un geste qui montre le héros bienfaiteur dont la statue s’élève au-devant du port. La légende porte : Urbis commealibus ; l'exergue, Deppa. Sur la face, la tête de l’Empereur, avec la légende accoutumée : NEAPOLIO IMPERATOR REX. »
Le 12 décembre 1807, la Commission délibère sur les observations qui lui ont été présentées lorsqu'elle a soumis son projeté la Classe d'Histoire et de littérature ancienne : « L’intention du Gouvernement, a dit un membre de la Classe, en faisant creuser le port de Dieppe, a été d’offrir un asile assuré aux navires employés à la grande pêche, à la pêche lointaine, comme celle de la baleine et de la morue, ainsi qu'à la petite pêche. Pour répondre aux vues du Gouvernement, il faudrait donc que la légende rappelât l'objet spécial de l'entreprise. » En conséquence, la Commission arrête la légende suivante ‘Ad luliores piscalorum cetariorumque receplus.
« Tuli receplus est de Virgile; celarii signifie proprement les pêcheurs de la grande pêche. »
Cette première médaille n'a pas été exécutée et le dessin n'en figure pas dans le Recueil manuscrit de l' Histoire métallique, auquel d'ailleurs il n'était pas destiné. Mais trois ans plus tard, la Commission résolut de reprendre le même sujet pour lui donner place, celte fois, avec de légères modifications, dans le Recueil qu'elle préparait. Le mardi 1er mai 1810, elle met, en conséquence, à son ordre du jour : « Le bassin du port de Dieppe >■. Le 8 mai, elle décide : " Le type de la nouvelle médaille représentera le contour du port de la ville de Dieppe figuré en plan (comme celui du port d'Oslie sur une médaille de Néron i. avec des vaisseaux entrant et sortant. Sur le devant, seront représentées, d’une part, la ville de Dieppe assise contre un cippe, et de l'autre, la statue de l'Empereur, que la A ille montrera avec un geste de reconnaissance ; pour exprimer le grand commerce de poisson dont Dieppe est le centre, la figure aura pour attributs le trident et un filet groupés ensemble. »
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~ A. WJm
14 octobre 1806.
La paix entre la France et la Russie avait été signée le 26 juillet 1806. Des négociations entamées avec l’ Angleterre semblaient promettre une aussi heureuse issue; enfin l’ordre pour la rentrée des troupes en France était donné, et déjà les préparatifs des fêles triomphales cpii les attendaient étaient commencés dans la Capitale. Mais au moment même où l’Empereur s’abandonnait à cette confiante sécurité, de nouvelles trames s’ourdissaient sous le voile de l’amitié et à l’ombre des traités. Des cris de guerre se firent entendre à Berlin. La même animosité, le même esprit de vertige qui, à la faveur de nos dissensions intestines, avaient conduit, quatorze ans plus tôt, les Prussiens au milieu des plaines de Champagne, dominaient de nouveau dans leurs conseils.
Ce fut donc en vain que Napoléon voulut donner la paix à l’Europe et mettre lui-même des bornes à sa puissance ; un inconcevable aveuglement rendit inutile le vœu de l’humanité.
La Prusse, que sa conduite perfide envers tous les autres Étals et son alliance insidieuse avec la France avaient garantie, depuis plusieurs années, du lléau de la guerre, en provoqua sur elle-même toutes les horreurs. Dans sa fatale ivresse, elle osa ordonner la retraite aux troupes du vainqueur d'Austerlitz et donna ainsi le signal de la guerre et de sa destruction.
Le 2ô septembre, 1 Empereur quitta Paris. Dès le 9 octobre, la campagne s ouvrit par le glorieux combat de Schleilz, et le 14, jour anniversaire de la victoire d’Uhn, devint encore plus mémorable par la victoire d’Iéna. Vingt mille Prussiens furent tués, trente à quarante mille faits prisonniers, entre lesquels on compte vingt généraux. Trente drapeaux, trois cents canons, d immenses magasins tombèrent au pouvoir du vainqueur. L’armée prussienne, dans une déroute complète et dans l’impossibilité de se rallier pour
faire sa retraite, perdit toute sa ligne d’opération, ou pour mieux dire, elle fut détruite et la monarchie puissante, que le Grand Frédéric avait élevée par tant de victoires, fut renversée par une seule bataille.
C’est ce qu’exprime le type de la médaille. Il représente l’Empereur à cheval, couronné de lauriers et vêtu du costume militaire héroïque. Sous les pieds du cheval sont deux figures terrassées et un bouclier aux armes de la Prusse qui les caractérise. Un aigle planant en l’air et qui précède le cavalier, et la foudre dont celui-ci est armé, indiquent la rapidité de la victoire et de ses elfcls. La légende. BORVSSI ■ DIDICERE • NVPER, « La Prusse vient d’apprenclre quel est le prix de la perfidie », est imitée d’Horace : Vindelici didicêre nuper . L’exergue porte que l’armée prussienne a été détruite à Iéna, EXERCITV- AD • IENAM • DELETO • XIV • OCTOB. ■ MDCCCVI.
Contrairement à l'usage adopté dans l'élaboration de Y Histoire métallique de Napoléon, la médaille commémorative de la bataille d'Iéna, dessinée par Lemot, a été gravée par Andrieu et frappée à la Monnaie de Paris, où les coins existent encore *. Cette médaille fut demandée par le Gouvernement à la Classe d'FIistoire cl de Littérature ancienne et la Commission des Inscriptions et Médailles s’en occupa dés le 18 novembre 180(1. Visconti propose de s’inspirer, pour le type, du célèbre camée de la collection impériale de Vienne, signé du graveur grec Athénien, qui représente Jupiter sur un quadrige, foudroyant les Géants ; on substituerait à la figure du dieu celle de l’Empereur. En légende: Dies nalalis victoriæ Ulmensis ; exergue : Borussorumexercilus deleli ad Ienam, 15 oc/. 1800. Ou bien, en légende : Borussi didicere nuper 2. Exergue : Ad Ienam. AT ocl. MDCCCVI ( die nalali victoriæ Ulmensis ). Ou bien encore, en légende : Ultor Rosbachii ; exergue: Borussi deleli ad Imam. XI V octob. MDCCCVI, die nalali victoriæ Ulmensis.
Mongez propose : « L'Empereur dans un quadrige, couronné par la Victoire, précédé et suivi do ceux qui portent les drapeaux ennemis. Légende : CL milita Borussorum uno prælio jjmfliç/ata. Exergue: Ad Ienam, t-i ocl. MCCCVI. »
Projet de Quatremère de Quincy : « La Victoire ailée portée sur un coursier qui s'élance et renverse tout ce qui est à sa rencontre. Elle tiendrait de la droite une couronne, de la gauche une palme élevée. Los figures renversées signifieraient l'armée prussienne culbutée ou mise en fuite. La Victoire sur un cheval indiquerait la cavalerie qui a décidé la journée d'Iéna. » En légende: Borussis fusis, proslralis ; exergue : ad Ienam et la date.
Petit-Radel propose: « Deux trophées, l’un formé d'armes des Germains, dans le style de ceux qu’on voit sur la colonne Automne, l’autre d’armes et d’enseignes modernes, seraient, l'un celui de Drusus, 1 autre celui fie Napoléon. La Victoire placée au milieu des deux trophées couronnerait celui de Napoléon de la main droite; de la gauche elle tiendrait une palme. On lirait sur le bouclier votif de chaque trophée une courte inscription qui rappellerait et le trait historique de Drusus qui retourna sur ses pas sans passer l'Elbe, et le fait des progrès ultérieurs de Napoléon, poursuivant scs ennemis au delà de l'Elbe. Sur le trophée de Drusus, on lirait : DRVSI • CIS • AL R IM. Sur le trophée de l’Empereur. on lirait son nom joint à l’épithète que les Anciens donnaient à Mars considéré dans ses progrès ultérieurs : NEAPOLIONIS • GR VDIV1.
« La légende serait ainsi conçue : REBVS MAIORA VETVST1S. »
Le -21 novembre, la Commission se rallia au projet dessiné par Lemot qui fut approuvé par la Classe. Ce dessin fut aussitôt gravé, comme nous l'avons dit, par Andrieu, pour répondre aux intentions du Gouvernement. Quatre ans plus tard, les 1" et 8 mai 1810, la Commission décida de faire figurer le dessin de Lemot dans Y Histoire métallique, bien que la médaille eût déjà été frappée. (Voyez notre Introduction, p. xxv.)
L l'-lle est reproduite dans le Trésor de numismatique. Empire français, pl. XIV, n° 8.
2. Vintlelici didicere nuper, quid Marie posses ? (lion., Od. IV, 1 1. 8).