FORTIS ET FELIX
SÉRIE GLORIA DEO lOQ
versa à pleines mains toutes les bénédictions d'une si éclatante et singulière manière, qu'on peut lui attribuer avec justice plus qu'à nul autre ce beau vers:
Sû/ ai trionfi, ed afrli imperii nacqiicS'^^
Christine s'était toujours vivement intéressée à l'astronomie et, peut-être encore plus, à l'astrologie. Elle était en rapports suivis non seulement avec les hommes de science les plus célèbres, comme p. ex, G. D. Cassini, mais aussi avec les tireurs d'horoscope à la mode. Azzolino partageait ce penchant, et la correspondance des deux amis s'occupe souvent des mystères des astres. Il n'est donc pas étonnant que lâ reine ait voulu consacrer la première médaille de sa grande série à son horoscope.
Elle était née à Stockholm le i8 décembre 1626 (8 déc. du vieux style), et le Cœur du Lion, Regulus, se levait en effet le soir de ce jour à neuf heures. Il est aussi exact, comme l'affirme la reine, que le Soleil
(1) Petrarca, Trionfo délia Castità, v. 177:
Sol per trionfi e pei- imperii nacque.
C'est de Scipion l'Africain qu'il y est question.
(2) Le seul auteur qui ait parlé de l'heure de la naissance de Christine est, autant que je sache, l'italien Forniceto Carini, dans une lettre du 20 mai 1689, imprimée dans les Lettere memorabili d' Antonio Bulifon, Naples, 1693, vol. II, p. 338. Il y dit que Christine naquit « nella mezza notte sotto l'ascendente del Cuore del Lione, e nel punto del novilunio». Carini affirme que ses informations lui ont été fournies soit par des sources écrites « de valeur certaine», soit verbalement par l'abbé Santini, secrétaire de la reine. Peut-être tenait-il le fait de Christine elle-même.
l lO LES MÉDAILLES ROMAINES DE CHRISTINE DE SUÈDE
et la Lune se trouvaient alors conjoints dans le Sagittaire. D'après les théories astrologiques, cet horoscope promettait succès et prospérité, et notamment des victoires militaires. Charles XII de Suède ijaquit, comme Christine, sous l'ascendant du Cœur du Lion. Ainsi la naissance de la reine sous laquelle la Suède s'éleva au rang' de grande puissance, et celle du roi qui le lui fit perdre, eurent lieu sous le même aspect.
La plus gra,nde des étoiles de la constellation, le Cœur, ou Regulus, a reçu sur la médaille la place que lui donnent les cartes célestes sur la poitrine du lion. L'étoile de première grandeur de la queue, Denebola, a aussi sa vraie place, mais les autres ont été groupées d'après la fantaisie de l'artiste. Il a gravé, évidemment pour la symétrie, une grande étoile au dessus de la tête, tandis qu'en réalité il n'y pas d'étoile à cette place. Sur la médaille les étoiles sont onze, mais les cartes célestes' en indiquent quinze des quatre premières grandeurs. ^'^ Pardonnons-lui ces inexactitudes, puisqu'elles ne nuisent aucunement à la beauté du revers!
Droit: Le même que pour la précédente (figg. 55 et 59). Revers (fig. 62): nec-falso-neC' alieno (Sa splendeur n'est ni fausse, ni empruntée). Un soleil à face humaine dardant ses
(i) Je dois ces renseignements à M. le professeur N. C. Dunér, chef de l'observatoire astronomique de l'université d'Upsala.
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rayons. Le soleil est placé en haut du centre du flan, et les rayons ne s'avancent pas jusqu'au bord. La légende en bas, contournant le bord. Dans le champ, aux côtés du soleil, G D .
Revers (fig. 63): Même type et légende, mais la face du soleil est plus grande, et les rayons s'avancent presque jusqu'au bord. La légende en haut, contournant le bord.
Revers (fig. 64): Semblable au précédent, avec la différence que le soleil est au centre du flan.
C'est une vieille connaissance qui nous revient sous de nouvelles formes. '^'^ Si c'est Soldani qui a modelé le premier de ces revers, comme semblent l'indiquer les lettres g. d. et le fait qu'il se trouve coulé avec les droits (figg. 48 et 55) portant sa signature, je me trouve forcé de donner, pour une fois, la préférence à Guglielmada. La largeur de l'espace resté libre entre les rayons et le bord nuit à l'harmonie du type, et la disposition de la légende en bas n'est pas d'un heureux effet.
C'est sans doute Guglielmada qui a gravé les coins des deux autres revers (figg. 63 et 64), ainsi que le démontre l'emploi du matoir pour la face du soleil. L'absence de traces du matoir et l'emploi de poinçons de lettres plus grands pour la légende rendent probable qu'une autre main a gravé le coin du revers fig, 62 d'après le modèle de Soldani.
(1) Voir p. 64, figg. 35 et 36.
(2) Le revers fig. 62 se trouve frappé avec le droit fig. 48, le revers fig. 63 avec les droits figg. 55 et 56 et le revers fig. 64 avec les droits figg. 35, 56 et 57.
Voici maintenant l'explication de Christine:
La seconde est un soleil avec ces mots Nec falso nec aliéna. Je ne pense pas qu'il y ait un plus beau, ni un plus juste revers, ni mieux appliqué, et l'on ne vit jamais une devise où toutes les règles de l'art soient mieux et plus régulièrement observées. Je m'efforcerai de l'expliquer dans le plus digne sens.
Le soleil est la plus admirable des créatures visibles, et son éclat n'est ni faux, ni emprunté. Il éclaire, il échauffe, il est la joie de tout ce qui le voit. Ces grandes qualités conviennent si parfaitement à la reine, que l'envie même n'oserait les lui disputer. J'en prends à témoin la Suède, Rome et toutes les nations qui ont eu le bonheur et l'avantage de la connaître. Nec falso distingue donc la reine de tous ceux auxquels la flatterie et la menteuse renommée ont attribué des talents, des vertus et des qualités qu'ils ne possèdent pas, de la même manière que le vrai soleil se distingue de tous ses pareils. Il me semble que c'est assez bien expliquer la première [partie] du mot Nec falso. Voyons ce que veut dire Nec alieno.
Ce mot distingue le soleil du reste des étoiles, qui empruntent de lui leur éclat. Tout le monde sait que la reine n'a reçu que de Dieu seul sa grande qualité. Elle n'en est redevable à personne. Elle n'est pas devenue reine pour avoir épousé un roi, ni pour avoir été la première sujette ni d'un mari, ni d'un fîls ou de quelque autre. Elle a su donner, à l'exemple de Dieu, les couronnes, mais elle n'a pu recevoir de tels présents que de Lui seul. Elle en a fait, par Sa grâce, les seuls bons usages pour lesquels on les lui avait données, qui était celui de féliciter ses peuples et d'en faire enfin à Dieu un entier sacrifice. Mais de toutes les grâces et bienfaits dont II l'a comblée, les sceptres et les couron nés en sont les moindres, ayant reçu de bien plus grands présents
(i) Italicisme: féliciter = rendre heureux.
Pl. XV
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Pl. XVL
VICTORIA MAXI.MA.
Fig. 67.
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du Ciel, dont elle n'a fait part à personne. Mille talents, mille vertus, mille belles et rares qualités qui forment le mérite extraordinaire de sa personne sacrée, furent les trésors qu'elle emporta avec elle et qui l'accompagneront, s'il plaît à Dieu, jusqu'au tombeau, avec l'art de régner sur les cœurs de tous les hommes raisonnables, et c'est par là que cette devise Ncc falso 7iec aliéna lui convient uniquement.