VICTORIA MAXIMA
Même droit. (Sur la planche XVI, fig. 65, nous reproduisons le droit fig. 58, qui a été frappé avec le revers fig. 67).
Revers (fig. 66): Victoria maxima (La plus grande des victoires). La Victoire, tête nue, élevant d'une main une couronne de laurier et tenant une palme de l'autre, pose un pied sur une section du globe terrestre. Dans le champ, g d.
Revers (fig. 67): La Victoire, casquée, portant une couronne et une palme, pose en courant un pied sur une section du globe terrestre.
Le premier de ces revers est de Soldani, comme Fin diquent les lettres g. d. Il est, sous tous les points de vue, supérieur au second, qui a, selon toute probabilité, été modelé aussi bien que gravé par Guglielmada. Il est vrai qu'il y a des exemplaires coulés de ce revers avec le droit fig. 55 de Soldani, mais cela ne suffit pas pour attribuer à ce dernier une œuvre d'un style si différent du sien. Les deux collaborateurs peuvent très bien avoir trouvé plaisant ou utile d'accoupler ainsi leurs productions. ^'^
(i) Le premier revers se trouve frappé avec les droits figg. 48 et 56, le second avec les droits figg. 55, 56 et 58.
De BiLDT. 1 5
L'explication que donne la reine de cette médaille est la suivante:
La troisième est la Victoire qui foule le monde ;\ ses pieds avec ces mots Victoria maxima. Ce revers nous représente la gloire de son règne victorieux et celle de sa glorieuse abdication, la Suède n'ayant compté les années de ce glorieux règne que par le nombre de ses victoires et par celui de ses félicités. Cette grande reine remporta tant de célèbres victoires sur tous ses ennemis par mer et par terre, qu'elle en agrandit son royaume de plusieurs grandes et belles provinces, lesquelles n'avaient pas encore reconnu les victorieuses lois du Grand Gustave, parce qu'elles étaient destinées à la gloire de n'être conquises que par cette incomparable reine et de jouir du bonheur de lui obéir. Mais tant de gloire a cédé à celle de son abdication, où elle triompha d'elle-même en cette grande occasion par la plus éclatante des victoires, en foulant le monde à ses pieds, et c'est aussi cette victoire qui mérite d'être appelée la plus grande, l'ictoria maxima.
NE MI BISOGNA NE MI BASTA
Même droit. (Sur la planche XVII, fig. 68, nous reproduisons le droit fig. 56, qui a été frappé avec les deux revers).
Revers (fig. 69): ane-mi-bisogna^ne-mi-basta jl (Il ne m'est ni nécessaire ni suffisant). Le globe terrestre, montrant la carte du vieux monde. En dessous: G. d.
Revers (fig. 70): a ne- mi -bisogna a ne- mi-basta a Semblable au précédent, avec la différence que le globe est entrecoupé de deux bandes croisées.
Quelques exemplaires coulés du premier revers, avec le droit fig. 48, portent la date 1681. Les exemplaires
Pl. XVII.
SÉRIE GLORIA DEO
NE MI BISOGNA NE MI BASTA
Fig. 70.
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frappés portent les initiales g. f., démontrant que Guglielmada a gravé le coin. Le g se trouve sur l'Afrique, aux environs de Cameroun, et le f du côté opposé, au cap Gardafui. Le second revers ne porte ni date, ni initiales. ^'^ Le globe entrecoupé d'une croix signifie dans le symbolisme astrologique la fortune.
Dans l'explication de la reine, que nous insérons ici, la légende est donnée comme devant être Alè mi basta nè mi bisogna, mais selon les bonnes règles de la numismatique les mots ne doivent pas être lus dans cet ordre.
La quatrième médaille est le Monde avec ces mots: Nè mi basta, nè mi bisogna.
Cette devise a reçu un applaudissement universel en Italie et en France, où l'on l'admire comme la plus belle de toutes les devises qui ont jamais été inventées.
Un bel esprit dit qu'elle convenait également au Grand Alexandre et au philosophe Diogène. Ce fut l'illustre Bellori,^') antiquaire de la reine, qui eut une pensée si heureuse, et il faut avouer qu'il n'y a rien de plus vrai. Mais pour donner une plus haute et plus juste idée de cette devise, il faut encore s'élever au dessus d'Alexandre et de Diogène, qui pour leur malheur n'ont pas connu ces grandes vérités.
(1) Le premier revers a été frappé avec les droits figg. 48 et 56, le second avec les droits figg. 40, 55 et 56. Ces revers ont été imités pour une médaille de la série d'Arvid Karlsten à Stockholm.
(2) Voir p. 108.
(3) Gio. PiETRO Bellori, auteur du fJbro dci pitto7-i.
I l6 LES MÉDAILLES ROMAINES DE CHRISTINE DE SUÈDE
C'est une manière de parler assez commune en Italie que de dire: « ô non basta, 5 non bisog^na ». La reine a voulu en faire la plus belle et la plus singulière devise qui fut jamais et qui contient en deux mots la plus haute et la plus véritable philosophie.
Tous les hommes conviennent par leur propre expérience que le monde et tout ce qu'il contient n'est pas capable de les satisfaire. Il y a dans l'homme une capacité que rien ne peut remplir. C'est sans témérité qu'on peut être persuadé que le monde ne suffit à personne. La preuve et l'expérience en sont évidentes. Ceux qui possèdent aujourd'hui les plus beaux et les plus grands royaumes du monde sont-ils contents? Le plus grand des monarques qui possède aujourd'hui l'empire de l'Asie, aussi bien que tous ceux qui autrefois ont possédé ces grands et vastes empires, étaient-ils contents, et l' auraient-ils été plus en possédant le reste? Non, il n'y a point d'homme qui l'ait été et qui le soit de son sort. Qui sera donc ce présomptueux qui osera se flatter de l'espoir de conquérir le monde, ou de la capacité de savoir le gouverner? C'est se connaître mal que de se le persuader, mais tous les hommes, pour peu qu'ils aient le cœur grand, sont capables de le mépriser et doivent le mépriser pour se rendre dignes de leur céleste origine. Si l'on connaissait les soins et les chagrins qui accompagnent les grandeurs, qui ne sont connus que de ceux qui les possèdent, on se désabuserait bientôt de leur faux éclat, et le commun des hommes n'envierait pas la condition des grands, qui ne sont jamais contents.
Il arrive même par une bizarrerie étrange que les grands envient souvent la liberté et le repos des particuliers. La crainte et le chagrin sont inséparables de la grande fortune, laquelle, pour favorable qu'elle soit, ne donne à personne de quoi satisfaire aux autres, ni à soi-même. L'on ne rencontre jamais la félicité dans l'état où on se trouve, quelque heureux qu'il soit. On croit toujours la trouver ailleurs, et l'on cherche en vain ce qui ne se trouve pas dans ce bas monde. La grande fortune se rend aussi insuppor-
SÉRIE GLORIA DEO
table aux hommes que leur malheur, et le chagrin les possède entre les bras de la félicité. Ajoutez enfin que, tôt ou tard, il faut tout quitter. La mort égale tous les hommes, le temps efface tous les noms, les richesses, les grandeurs et la gloire sont des fantômes qui disparaissent comme des songes. La vie, quelque longue qu'elle soit, dure si peu que tout ce qui s'y passe ne mérite pas d'être considéré.
Un homme qui n'aurait qu'à passer qu'une nuit dans quelque agréable lieu pourrait-il s'y affectionner? Pourrait-il estimer les régales qu'il y recevrait, quand on le mettrait en possession de tous les plaisirs, de toutes les richesses et de toutes les grandeurs, ;\ condition de n'en jouir que pour une seule nuit? Et ne s'estimerait-il pas malheureux de les posséder si peu de temps? Cette réflexion serait capable d'empoisonner toute la félicité. Supposons même qu'il y eût dans le monde un homme reconnu de tous les autres, par un consentement universel, digne de commander au genre humain, qu'on l'eût mis par un miracle inouï en possession de tout l'univers. Cet homme ne serait-il pas malheureux dès qu'il connaîtrait l'impossibilité d'en jouir, son incapacité de le posséder et de conserver son bonheur, qui ne lui servirait qu'à mourir plus malheureux que le reste des hommes, puisqu' enfin il faut mourir. L'autorité et la grandeur et la félicité ne l'en dispenseront pas, elles disparaîtront avec tout le reste. Il faut entrer nu dans l'éternité. C'est le véritable état d'une âme qui ne se trompe pas, ni ne se flatte pas, et dont les désirs ne peuvent être satisfaits par tout ce qui finit. Elle se sent faite pour quelque chose de plus grand que le monde entier, qui ne peut être cet unique objet de ses désirs lequel seul a de quoi lui fournir la plénitude et le repos. Ces grandes vérités persuadent tous les hommes capables de les goûter que le monde ne suffit pas à une âme faite pour l'éternité, et on en est convaincu par le monde même, qui fait connaître ces vérités à tous les hommes, aux uns plus tôt, aux autres plus tard, mais heureux ceux qui n'attendent pas la dernière heure pour en
être persuadés, et c'est à peu près ce que veut dire: « Non mi basta » .
Mais pour justifier la seconde partie on en sera sans doute un peu plus embarrassé. Le moyen qu'on puisse se passer du monde! Qui pourra dire sans témérité: « Nè mi bisogna »? Quelque stoïque que l'on soit, on ne peut se passer du monde et de cent choses qu'il contient. Diogène même avait un manteau et une écuelle et un tonneau. Il y a cent choses dont nous avons indispensablement besoin. Nous avons un corps qui nous assujettit à mille nécessités. Notre état, l'opinion des hommes, la nôtre même nous rendent mille choses nécessaires pour notre malheur. Qui osera donc dire: « Nè mi bisogna»?
Je l'avoue, on ne peut se passer d'une infinité de choses qui sont nécessaires pour vivre, mais il ne faut que Dieu pour mourir, et c'est en ce sens qu'on peut dire sans témérité: « Nè mi basta, nè mi bisogna ».
Pour faire connaître que je n'avance rien sans fondement en parlant des conquêtes que la reine a faites durant son règne, je dirai qu'elles sont les deux duchés de Poméranie, avec leur apanage, les principautés de Brème, de Verden avec les siennes, de Wismar avec les siennes, les provinces de la Hallande, l'Oesel, la Jemtie, l' Herjedal et la Gotlande qui était autrefois un royaume considérable. Tous ces grands états n'ont été conquis que par la reine Christine, qui en a affermi pour jamais à la Suède la paisible possession par les .paix de Danemark et de Vestfalie, qu'elle signa avec tant de gloire et d'avantage à l'abri de ses armes victorieuses, qui imposèrent alors ses triomphantes lois presqu'à toute l'Europe, comme tout le monde sait, et c'est en quoi on aura sujet de n'admirer pas moins la gloire et la fortune de cette auguste et grande reine, que la modération et la grandeur de son âme héroïque, qui, ayant encore conquis sur ses ennemis beaucoup d'autres provinces, les rendit dans un temps où personne n'était en état de la forcer à les rendre, rien ne s' opposant alors à sa puis-
SÉRIE GLORIA DEO II g
sance, que sa seule modération et sa seule générosité qui protégea si constamment et si hautement ses amis et alliés, qu'il n'y en eut aucun qui n'en ressentît avantageusement les effets.
Soldani déclare dans son autobiographie avoir fait cinq revers et plusieurs portraits pour les médailles de la reine, mais il n'in dique pas lesquels. Or, les exemplaires coulés portant ses droits figg. 48 et 55, avec sa signature, ont six revers différents: les quatre de la série Gloria Dco, Nec sinit esse feras et Possis nihil urbe Ronia visere maius.
Le revers Nec sinit porte sa signature, et le Possis nihil (dont Hic amor Iiaec patria est n'est qu'une variante, copiée d'après le même modèle) offre tous les signes caractéristiques de l'œuvre de Soldani.
Ou bien Soldani s'est trompé, ou bien il faudrait lui enlever la paternité d' un des revers de la série Gloria Dec. Dans ce cas, cela devrait être soit le Nec falso, soit le Ne mi bisogna, dont les types ne lui ont pas permis de révéler sa puissance artistique, et de préférence le Nec falso (fig. 62), qui est le moins réussi de la série.
Je préfère cependant croire que l'autobiographie s'est trompée sur le nombre des revers, comme elle s' est trompée sur la question plus importante de la date des débats artistiques de son auteur.
Pl. XVIII.