‹ Les médailles romaines de Christine de SuèdeChapitre 22 sur 34 · MÉDAILLES COMMÉMORATIVES DE LA GUERRE DE TRENTE ANS · texte numérisé non relu

MÉDAILLES COMMÉMORATIVES DE LA GUERRE DE TRENTE ANS

Fig. 73. Fig. 74.

A SOCIO DERELICTA A DEO RESTITUTA SVETIA

ET

CONFIDENTER ET SOLUS

Droit (fig. 71). Voir p. 105, fig. 57.

Revers (fig. 72): a socio derelicta a deo restitvta svetia (La Suède, abandonnée par son allié, sauvée par Dieu). Une figure de femme, vêtue à l'antique, avec cuirasse, couchée sur son bouclier et sa lance, son casque tombé derrière elle, est redressée par le bras de Dieu, sortant d'un nuage. Dans le champ un coq couronné s'envole. La légende sous la plinthe. Module: 63 mm.

Droit (fig. 73). Voir p. 106, fig. 58.

Revers (fig. 74): confidenter et solvs (Confiant dans sa force et seul). Un lion couché sur le sol, la tête dressée, regarde devant lui. Même module.

Ces deux revers, pour lesquels il n'a pas été gravé de droit spécial, devaient faire partie de la série de médailles destinée à former l'Histoire métallique de Christine. '•^^ Ils rappellent la continuation heureuse de la guerre de Trente ans par la Suède, même après que la France

(1) Le premier de ces revers a aussi été frappé avec les droits figg. 35 et 56, dont les coins ont été gravés par Guglielmada, le second avec le droit fig. 56.

(2) Voir p. 137.

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lui eut retiré son secours. La figure couchée du premier revers personnifie la Suède, tandis que le coq couronné est une allusion à la France. Le lion figure dans les armes de la partie de la Suède appelée Gôtaland. Il est souvent employé pour représenter tout le pays, surtout dans un sens belliqueux.

Les coins de ces revers ne portent aucune espèce de signature. Les nuages du premier sont travaillés au matoir, de la même manière que ceux de mi nihil in terris, et le lion du second ressemble beaucoup à celui du FORTis ET FELIX de Guglielmada (fig. 6i). Je crois donc ne faire aucun tort à ce graveur en lui attribuant ces deux revers.

MÉDAILLES FAITES APRÈS LA MORT DE LA REINE

Christine avait institué par testament le cardinal Azzolino son légataire universel, mais il ne survécut que quelques semaines à son amie. L'héritier du cardinal, son neveu le marquis Pompeo Azzolino, se vit bientôt contraint de vendre les magnifiques collections de la reine, et le pape Alexandre VIII (Ottoboni) profita de l'occasion pour acheter les manuscrits de la bibliothèque. Il en donna une partie, environ deux mille, à la bibliothèque du Vatican, où elle est restée depuis et forme le fonds Regina. L'autre partie, que le pape réserva à sa famille, n'entra que plus tard au Vatican, oià elle constitue le fonds Ottoboni.

En souvenir de cette donation, Gio. Andréa Lorenzani modela une médaille, de 63 mm., dont il fit hom-

( I ) Le nom officiel est Bibliothcca Alexandrina Reginac Christinae.

mage^'^ au pape. Cette pièce, qui est coulée/'^ est d'une extrême rareté. Elle l'était déjà du temps de Bjôrnstâhl. Il écrit en 1772 de Rome^'^ que malgré les plus diligentes recherches il n'a pu la voir nulle part, et qu'il n'a rencontré aucun collectionneur qui l'ait vue. Je l'ai cherchée en vain aux cabinets de Rome, Florence, Modène, Londres, Paris, Vienne, Berlin, Munich et Stockholm. L'exemplaire que je reproduis ici appartient à la collection de la Bodleian Library à Oxford.

Le droit (fig. 75) porte le buste du pape, avec le trirègne, de profil à droite, et l'inscription alexa • vni • PONT -MAX. Le portrait est très beau, et l'artiste a traité son sujet avec une force, une ampleur et une sincérité remarquables.

Je regrette de ne pouvoir en dire autant du revers (fig. 76). On y voit un aigle à deux têtes (armes de la

(1) « Huius publici beneficii perenne monumentum fecit présente numismate lo. Andréas Lorenzanus, ut gratum obsequium erga tantum Ponteficem, ac inclytam Reginam, a quibus beneficiis cumulatus fuerat, palam profiteretur. Artifex ille est peritissimus et numismatum amantissimus » (Bonanni, Nuinismaia pontificuin romanoriun, Rome, 1699, II, 804). La médaille est reproduite p. 785, n° XI.

(2) Selon V hidex de Bonanni (II, 858) la médaille aurait été frappée, mais ce n'est sans doute qu'une faute d'impression: cusum pour fusiim.

(3) Bjôrnstâhl, Rcsa till Frankrike, Italien etc., Stockholm, 1780, I, 536.

(4) J'en dois la communication à Mrs Julia Wildy, de Londres.

MÉDAILLES FAITES APRÈS LA MORT DE LA REINE

Fig. 76.

Médaille de G. A. Lorenzani {1690).

MÉDAILLES FAITES APRÈS LA MORT DE LA REINE 125

famille Ottoboni), volant et tenant dans ses serres une banderole, sur laquelle on lit ex regiiS'CHRISTinae-the- SAUKis. Au dessous, sur une console, des volumes pêlemêle. L'inscription addito in vaticano sapientiae pabulo AN 1690 contourne le bord. Cette division de la légende est contraire aux bonnes règles, et toute la disposition du revers assez maladroite. L'aigle balance ses deux têtes sur des cous trop longs et manque absolument d'allure. Il est heureux que Christine n'ait pu voir ce revers. Je doute fort qu'elle l'eût approuvé. '■'^

Le monument funèbre de Christine, par Carlo Fontana, qu'on voit à Saint-Pierre, adossé au premier pilier de la nef à droite de l'entrée, fut commencé sous Innocent XII, mais les travaux avancèrent lentement et ne furent terminés qu'en 1705, sous le règne de Clément XI.

(1) Les renseignements que j'ai pu recueillir sur l'artiste sont des plus maigres. Selon Bonanni (loc. cit.) Lorenzani a modelé une série de médaillons des papes, d'environ 25 cm. de diamètre. Il l'appelle « numismatum expressor optimus ». Selon le « Status animarum » de la paroisse de S. Simeone et S. Giuda, 1681, Lorenzani était né en 1640. Et voilà tout. Voir aussi Venuti, Numismata romanorum pontificum, Rome, 1744, p. 314.

(2) Le grand médaillon avec le portrait de la reine, qui orne le monument, est l'œuvre de Giovanni Giardini. Cet artiste porte dans le livre de la Depositeria générale de 1705 le titre « argentario di Palazzo » .

Ce pontife avait été, lorsqu'il n'était encore que mgr Gio. Francesco Albani, un des amis de Christine. Non content de payer à son ancienne protectrice la dette de sa reconnaissance par l'achèvement de son tombeau, il voulut encore commémorer l'événement par une médaille.

Celle-ci, du module de 36 mm., porte au droit (fig. 77) le buste du pape, de profil à droite, avec la légende cle- MENS'Xi'PONT'MAX. Au dcssous: j. HORT., signature du graveur Giuseppe Ortolani de Venise.

Le revers (fig. 78) montre une figure de femme, drapée à l'antique, personnifiant la Religion, debout à côté d'un autel, orné du monogramme du Christ, sur lequel une lampe brûle. Elle tient de la main gauche un rosaire et un cierge allumé et pose la droite sur un médaillon de Christine, lequel est placé entre deux palmes, sur un sarcophage. Aux pieds de la Religion, une couronne et un sceptre sur un coussin. La légende memoriae chri- STiNAE AVGVSTAE contourne le bord. Sur le pied de l'autel: 1705. Sous la plinthe: piet. pont. m. (Pietas Pontificis Maximi). Sous le sarcophage: jo., signature du graveur.

Giuseppe Ortolani n'en était pas à ses débuts quand il grava cette médaille, car il avait déjà, en 1689, été admis à l'honneur d'exécuter pour Alexandre VIII le revers de sa médaille victricem manum tuam laudemus.^'^ L'exécution de la médaille du monument de la reine est

(i) Venuti, op. cit, p. 311.

MÉDAILLES FAITES APRÈS LA MORT DE LA REINE I 2

des plus soignées, mais le type du revers manque de simplicité. L'idée de faire entrer dans la composition un portrait en médaillon n'est pas heureuse, et la représentation du monument de Saint-Pierre, que l'artiste a évidemment cherché à donner, est des plus vagues. Il y a sur le revers, comme dans le monument, un médaillon au dessus d'un sarcophage, mais la ressemblance s'arrête là. Ces défauts à part, l'impression générale que produit la médaille d'Ortolani est plutôt agréable.*^''

(i) Selon Venuti (op. cit. p. xxviii), Stefano Ortolani, frère de Giuseppe, aurait fait une médaille de Christine. Ce ne peut être celle-ci, qui est signée de son frère, et je n'ai pu la retrouver nulle part. J'en conclus que Venuti a attribué par erreur à Stefano la médaille de Giuseppe.

MÉDAILLES DU CARDINAL AZZOLINO

Pl. XX.

Fig. 83.

MÉDAILLES DU CARDINAL AZZOLINO

De même qu'il est impossible de séparer l'histoire de Christine à Rome de celle de son ami le cardinal Azzolino, une description des médailles romaines de la reine ne serait pas complète si elle ne mentionnait pas aussi les médailles frappées en l'honneur du cardinal. D'autant plus que celles-ci ont été faites en même temps et par les mêmes mains que celles de Christine. Soldani a en effet travaillé pour le cardinal en 1681. Selon toute probabilité, les médailles lui ont été commandées par la reine, car les revers sont des imitations de monnaies antiques appartenant à son cabinet, et les légendes ont évidemment été dictées par elle.

Droit (fig. 79): DECivs GARD AzzoLiNVS. Buste du cardinal, de profil à gauche. Tête nue, cheveux longs, retombant en boucles sur le cou. Module: 63 mm.

Revers (fig. 80): expertvs fidelem (.Sa fidélité est éprouvée). Un aigle, les ailes déployées, s'enlève dans les airs, la tête dressée à gauche vers un soleil à face humaine, dardant ses rayons. La légende en bas, contournant le bord.

De Bildt. 17

Les exemplaires coulés sont signés sous l'épaule: M. soLDANUS. Les exemplaires frappés portent dans les boucles de la chevelure un g, initiale de G. B. Guglielmada, graveur du coin.

L'aigle est une allusion à l'intelligence active et pénétrante d'Azzolino. Son habileté dans les affaires lui avait valu, dès ses débuts dans la chancellerie d'Innocent X, le sobriquet flatteur de Yaguila, qui lui resta depuis pendant toute sa longue carrière. La légende n'a guère besoin d'explication. C'est un hommage rendu par la reine à une amitié éprouvée pendant plus d'un quart de siècle. Les paroles sont d'Horace; "^'^ c'est de l'aigle de Jupiter qu'il est question chez le poète:

Qiialem ministriwi fulminis alitem Cui 7'ex deortcm regnum in aves vagas Permisit, expertus fidelem IiipUej- in Ganymcde flavo.

(Tel que l'aigle, ministre de la foudre, à qui le roi des dieux, avant éprouvé sa fidélité lors de l'enlèvement du blond Ganymède, accorda l'empire sur le peuple errant des oiseaux).

Le type de l'aigle est copié d'après les monnaies romaines au type de consecratio, célébrant la déification d'un empereur. Christine en possédait plusieurs exemplaires dans son cabinet. ^''^

(1) Caniiina, lilj. IV, ode IV, vv. 1-4.

(2) P. ex. celles de Vespasien et de Nerva (Havercamp, Mcdaillcs du Cabinet de la reine Christine, La Haye, 1742),

MÉDAILLES DU CARDINAL AZZOLINO [^I

Droit. Le même que le précédent, mais de profil à droite.

Revers (fig. 8i): invidiam A viRTVrE (Sa vertu triomphe de l'envie). Un aigle, les ailes déployées, la tête dressée à gauche, écrase de ses serres un serpent contre un rocher. La légende en haut. Même module.

Voilà encore un revers qui s'explique fort bien de soimême. Le type est copié d'après une monnaie grecque du temps d'Antonin le Pieux 'Efxcafjvwv, frappée à Emèse, laquelle se trouvait dans la collection de Christine. ^'^

Les exemplaires coulés de cette médaille sont signés au droit m. soldanus, avec la date 1681. Je n'ai pas vu d'exemplaires frappés avec ce droit, mais le coin doit en avoir été gravé par Guglielmada comme le précédent. Les cinq coins des droits et revers que je reproduis ici, furent achetés par Gustave III à Rome en 1784, en même temps que ceux de Christine, et se trouvent maintenant à la Monnaie de Stockholm, mais il restait alors dans la possession de la famille Hamerani deux coins d'une médaille d'Azzolino, un droit avec le buste du cardinal, et un revers de expertvs fidelem.^"^ Le droit doit avoir été celui qui nous manque, avec le profil à droite.

(1) Havercamp, op. cit. tab. LVIL

(2) Selon un catalogue des coins provenant des Hamerani, dressé au siècle dernier par M. Arquari, légataire de G. Hamerani

Le fait qu'on a gravé deux coins du revers expertvs FiDELEM, dont l'un est allé à Stockholm, tandis que l'autre est resté à Rome, chez les Hamerani, s'explique peutêtre par la circonstance que ce revers a aussi servi pour une médaille du cardinal Basadonna.

Droit (fig. 82): DECIVS A s A R A E A DIAC A GARD A AZZOLINVS.

Buste du cardinal, de profil à gauche, coiffé d'une calotte.

Revers (fig. 83): imperivm aaasole (Il tient son empire du soleil). Un aigle, les ailes déployées, la tête dressée à droite vers un soleil à face humaine, dardant ses rayons, marche sur le sol en élevant de la patte droite une étoile. Sur une touffe de gazon, au bord, p. B. initiales du graveur Pierre Paul Borner. Même module.

L'aspect du cardinal est moins jeune et vigoureux sur ce portrait que sur les précédents. Cela n'empêcherait pas qu'il puisse être de Soldani, dont je crois d'ailleurs reconnaître la manière dans les plis de la draperie, mais je n'ose rien affirmer. Dans tous les cas le coin du revers doit avoir été gravé longtemps après 1681, car à cette époque Borner était encore un enfant. L'exécution de ce revers est inférieure à celle des revers gravés par Guglielmada.

(mort le 13 novembre 1846). La veuve de M. Arquari a eu la complaisance de me montrer ce catalogue, en mars 1907, mais elle n'a su me dire ce qu'étaient devenus les coins.

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L'étoile est une allusion aux armoiries d'Azzolino/'^ Tous ces droits et revers ont été frappés ensemble au hasard, selon le caprice des monnoyers et" des amateurs. On trouve même assez souvent les revers d'Azzolino frappés avec les droits de Christine et quelquefois les bustes de la reine et du cardinal réunis dans une même médaille. Point n'est besoin de dire que, malgré leur grande amitié, cette alliance métallique était absolument hors de question pour deux personnages de leur rang.

Le droit fig. 82 se trouve quelquefois accouplé avec un revers montrant Minerve étendant son bouclier pour protéger un jeune homme qui étudie, avec la légende VBiQVE EADEM (Partout la même).*^^^ Ce revers appartient cependant à une médaille de Paolo Falconieri, modelée par Soldani en 1679^'^ et n'a rien à faire avec Azzolino. C'est probablement la figure de Minerve qui l'a fait at tribuer à l'ami de Christine.

(1) Voir p. 66.

(2) Muséum Mazzuchelliamim, tab. CXXXV, 3; De Minicis, Notizie biografiche ciel cardinale D. Azzolino^ Fermo, 1858, p. 17, n. 15.

(3) Muséum Mazzuchellianum, tab. CXLVI.

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