‹ Les médailles romaines de Christine de SuèdeChapitre 7 sur 34 · FEL . FA VS . Q ■ INGRES · texte numérisé non relu

FEL . FA VS . Q ■ INGRES

Christine fit son entrée solennelle à Rome le 23 décembre 1655, par la Porte du Peuple. Ce fut, selon les auteurs contemporains, un spectacle d'une rare magnificence, même pour cette Rome du xvii^ siècle, où l'on connaissait si bien l'art de la mise en scène des cérémonies publiques. Alexandre VII, qui regardait l'arrivée en la Ville Éternelle de la fille convertie du grand Gustave-Adolphe comme un triomphe de la papauté, avait voulu en perpétuer le souvenir par l'inscription qu'il fit placer sur la Porte du Peuple, restaurée et embellie pour cette occasion par les soins de Bernini. On y lit encore aujourd'hui :

FELICI • FAVSTOQ • INGRESSVI ANNO • DOMINI ♦ MDCLV

sur une grande plaque entourée de lourdes guirlandes, ou les épis, emblèmes de la maison de Vasa, se mêlent aux feuilles de chêne des Chigi, famille du pape.

Non content de cela, il voulut encore consacrer à l'événement la médaille que les papes ont coutume de

faire frapper chaque année pour être distribuée le 29 juin, jour de s. Pierre et s. Paul, à la cour pontificale. Il est d'usage que le revers rappelle un des faits remarquables de l'année, et rien n'égalait alors en importance, aux yeux d'Alexandre VII, la conquête qu'avait faite l'Église en la personne de Christine.

L'isxécution de la médaille fut confiée au maître de la Monnaie et médailleur du pape Gaspare Morone. C'était un travailleur correct et consciencieux, au burin sûr, mais dont l'imagination était faible et le dessin d'une désolante sécheresse. Heureusement il avait à ses côtés Alberto Hamerani, le second de cette remarquable dynastie de graveurs, lequel était en même temps un homme de goût et un artiste gracieux et distingué. C'est à la collaboration de ces deux hommes qu'est due la médaille de l'entrée de Christine.

On a employé quatre coins pour le droit et deux pour le revers.

Trois des droits sont de Gaspare Morone. Ils représentent tous le buste du pape, avec les inscriptions suivantes :

I ° ALEXAN • VII • PONT • MAX • A • II • Profil à droite. En exergue: mdclvi-G'M- Module: 34 mm.

2° ALEXAN • VII • PONT • MAX • Profil à droite. Sur la tranche: g* m- Module: 36 mm. (fig. 20).

3° ALEXAN • VII • PONT- MAX • A • iii • Profil à gauche. Sur la tranche: g- m- Module: 34 mm.

Ce dernier coin, qui est de 1657, n'a évidemment été employé que par méprise.

FEL • FAVS • Q • INGRES • 39

Le quatrième droit est d'Alberto Hamerani. Il montre le buste du pape de profil à droite avec l' inscription : 4° ALEXAN • VII • PONT • MAX • A • II • Sur la tranchc a • ii • Module: 34 mm. (fig. 22),

Les deux revers, l'un de 34 mm. (fig. 23), l'autre de 36 mm, (fig. 21), montrent, avec d'insignifiantes variations, la reine entrant à cheval par la Porte du Peuple, escortée par deux cardinaux et suivie d'un nombreux cortège. Légende: fel-favS'Q-ingres- En dépit des faibles moyens dont dispose le médailleur, l'artiste a réussi à donner à la scène une certaine solennité. C'est une des raisons pour lesquelles il me semble que l'exécution des revers doit plutôt être attribuée à Hamerani, qu'à Morone. Celui-ci aurait difficilement permis à son subordonné d'apposer sa signature sur un droit et de s'approprier ainsi l'honneur de la médaille, s'il n'avait pas gravé aussi le revers qui devait être accouplé à ce droit. Hamerani, au contraire, ne pouvait pas s'opposer à ce que son chef signât tout seul une pièce dont il lui avait commandé le revers.

Le revers de 34 mm. a été frappé avec les droits n. I et n. 3 de Morone et avec celui de Hamerani. Celui de 36 mm. a servi pour le coin n. 2 de Morone. ^'^

Par un malentendu, les premiers exemplaires, 180 en

(i) Les coins des droits n" 2 et n° 4 et des deux revers se trouvent actuellement à la Monnaie de Rome. Le n° 4 (celui d'A. Hamerani) est en assez mauvais état. Le n° i s'est probablement bientôt brisé, ce qui l'a fait remplacer par le n° 3, quoique celui-ci soit de l'année suivante.

or et 200 en argent, furent d'abord frappés sans légende au revers. Le pape se montra fort mécontent de cet oubli et ordonna de le réparer sur le champ. Comme la faute fut attribuée à monseigneur le trésorier général, la Chambre Apostolique dut payer les frais de l'opération qui se montèrent à 84 scudi.

Le pape fit frapper en tout 214 médailles d'or, pour lesquelles Morone devait toucher 1335 scudi, et 371 d'argent, du prix de 598 scudi. "^"^ Christine et sa suite reçurent naturellement leur part dans la distribution, et lorsque la reine prit congé du pape pour se rendre en France, au mois de juillet 1656, Alexandre eut la gracieuseté de lui offrir encore une bourse contenant quelques-unes de ces médailles en or.

On a raconté que le pape, qui connaissait l'état embarrassé des finances de la reine, avait voulu lui faire d'une manière discrète un cadeau d'argent, et qu'il aurait fait frapper une grande quantité de médailles d'or pour les remettre à Christine au lieu de vulgaires pièces de

(1) «... a quel modo fu necessario stemperare il conio et intagliarli le suddette lettere, e cosl fu anche necessario tornare a stampare le dette medaglie » (Zecca pontificia, busta 28, fasc. 94: Coniazione délie medaglie. Elenchi e conti: Conti del sig. Gaspare Moroni. Rome, Arch. di Stato).

(2) Les droits de frappe de toutes les médailles sont comptés dans le prix des médailles d'argent (Conti del sig. Gaspare Moroni, Arch. di Stato). Il fut payé à Morone le 3 juillet 1656 un à-compte de 1350 scudi (Libro délia Depositeria générale di Alessandro VII, 1656, fol. 129. Rome, Arch. di Stato).

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