‹ Les médaillonsChapitre 1 sur 53 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Des Sages indiens rajeunir les symboles, Guider VOarystis dans les frais sentiers verts.. Mais, sitôt que je veux la traduire en paroles, Vidée en fuite échappe à l'étreinte des vers.

Ma langue balbutie, inégale à mes rêves, Et jamais leur beauté n'aura fleuri qu'en moi. Mon objet est trop haut pour mes forces trop brèves, Et le souffle me manque, et peut-être la foi.

Pourquoi, par plus d'effort, trahir plus d'impuissance ? Mon poème m'écrase, à peine commencé.

Puis mon rêve est sans doute une réminiscence; D'autres ont déjà dit tout ce que j'ai pensé...

Donc, je veux oublier cet intime poète Si vague et si caché que seul hélas ! fy crois ; Et, ce labeur usant ma souffrance inquiète, Je lime des sonnets ingénieux et froids.

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PUELLŒ

(Première série).

a Sully Prudhomme

PHTHISICA.

Frêle enfant, doux fantôme au contour délié, Oh ! parle bas, et sois de ton souffle économe ! Le drame inaperçu lentement se consomme ; La mort ronge en secret ton corps émacié.

PHTHISICA

Faut-il pleurer ? Pourquoi ? — Cher ange fourvoyé, Tu partiras bientôt, ayant connu de l'homme Ce qu'il a de plus chaste et de meilleur en somme : La tendre sympathie et la sainte pitié.

Tu t'évanouiras comme l'âme des roses.

Tu n'auras point subi l'affront des ans moroses,

Et la maternité ne te flétrira pas.

Mais tu laisseras, pur de tout regret profane, Au cœur de ceux qui t'ont rencontrée ici-bas, Le souvenir léger d'une ombre diaphane.

MAMMOSA.

Rubens n'a point de Nymphe, en ses tableaux vantés, Dont le sein copieux plus largement fleurisse. Vierge, elle étale au jour des ampleurs de nourrice, Les trésors d'un printemps riche en convexités.

L'âpre désir, éclos dans les cœurs tourmentés, Ne trouble point la paix de ses yeux de génisse. Jamais, sous l'épaisseur de sa chair blonde et lisse, N'ont tressailli ses nerfs, en vain sollicités.

MAMMOSA

Son cœur paisible et lent n'aura point d'aventures. Elle a le calme et la bonté des créatures Dont rien ne contraignit le libre accroissement.

Ignorant le labeur ingrat des êtres frêles, Sa jeunesse foisonne et sourit vaguement Dans la sérénité des forces naturelles.

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