‹ Les médaillonsChapitre 11 sur 53 · MUSICA · texte numérisé non relu

MUSICA

A peine si, de temps en temps, Brusque et de royale manière Elle rejetait en arrière Ses cheveux noirs et long flottants.

Je l'admirais, déQSSQ et nixe,

Le front calme, les doigts fiévreux...

Dans leur voyage aventureux

Je les suivais d'un regard fixe.

Ivre, je les voyais passer,

Ces dix doigts blancs que rien n'arrête,

Violents comme une tempête

Ou caressants comme un baiser.

Pâle sous leur vol, et stupide, Je rêvais, prompt à m'effrayer, Que mon cœur était le clavier Où voltigeait sa main rapide...

Au fond de son œil qu'elle éclaire Flambe, immobile, étrange à voir, La splendeur sombre et circulaire D'un diamant qui serait noir.

De minces triangles rassemblent Autour du diamant central Leurs pointes étroites, et semblent Faits d'un précieux minéral.

Ces triangles, pareils aux jantes Rayonnant autour d'un moyeu, Déroulent en lueurs vivantes Toutes les nuances du bleu :

Bleu des songes dont on s'enivre, Du ciel orageux ou serein, Et bleu de sulfate de cuivre, Et bleu d'ardoise, et bleu marin,

Bleu de pervenche humble et pudique, Bleu des vins alcoolisés... Dans un ordre périodique Tojs ces bleus sont juxtaposés.

Un filet d'or, très fin, sépare Les cent triangles merveilleux De cette mosaïque rare Où chante la gamme des bleus.

Que l'orfèvre taille et polisse !

Nul ne rêva, ne cisela Si fier bijou qui ne pâlisse Devant cette prunelle-Là.

Au coin de son petit chapeau, Parmi les fleurs et les dentelles, Brille un joli petit oiseau, Un oiseau-mouche aux fines ailes.

Il voudrait, — le ciel est si beau, S'envoler où l'azur l'appelle ; C'est en vain : il a pour tombeau Les cheveux de ma chère belle.

Pauvre oiselet, le cœur percé, Une épingle le tient fixé Par une invisible morsure.

Je suis son captif aussi, moi :

Elle m'a piqué comme toi Dune flèche légère et sûre

ROKDEL $9

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