‹ Les médaillonsChapitre 46 sur 53 · I76 MOLIÈRE · texte numérisé non relu

I76 MOLIÈRE

Sa douleur de Jocrisse encorné m'émeut presque : Ce niais est navrant encor qu'il soit grotesque. Pour peu que l'on y songe, on entrevoit soudain Un drame sous la farce, un martyr chez Dandin ; Et l'on ne se sent plus le courage de rire, Quand, morne et d'une voix serrée, on l'entend dire « Lorsqu'on a le malheur d'épouser comme moi Une méchante femme, il ne reste, je croi, Qu'à se jeter à l'eau la tête la première ! »

Bélise, de moelleuse et douceâtre manière,

Autour d'un vieux mari gonflé de lavements

Veille, le grise avec des petits mots charmants,

Arrange ses coussins, et l'étourdit sans trêve

D'un caquet de nourrice en attendant qu'il crève :

« Qu'avez-vous donc, mon cœur?... Pauvre petit mari!

Là, là, tout doux, mon fils!... Doucement mon chéri. »

Et puis, l'instant d'après, quand il parle de faire

Son testament < « Mon Dieu ! voulez-vous bien vous taire ?

S'il vient faute de vous, je veux mourir aussi !

Hi... Combien disiez-vous avoir d'argent ici! »

J'ai peur en vérité de cette vieille chatte

Et de sa voix mielleuse et de sa douce patte,

Et, si j'ai ri, je suis prêt à m'en repentir :

Tant, pour moi, ce contraste est cruel à sentir

Entre les mots plaisants et les actions sombres !

Don Juan, moins Sganarelle, est un drame plein d'ombres,

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