‹ Les médaillonsChapitre 47 sur 53 · MOLIÈRE · texte numérisé non relu

MOLIÈRE

Le juste à ton aspect d'épouvante s'émeut,

Tartuffe ! — Du tragique, on en voit tant qu'on veut

Au théâtre effrayant du grand rieur Moliè-e.

Non que ce soit jamais son goût ni sa manière

De vouloir au comique amalgamer l'horreur,

Ni qu'il aime à mêler sa farce de terreur:

C'est qu'il voit claii et loin ; c'est qu'il est impossible,

Même à qui veut tout voir par le côté risible,

De descendre si creux au fond du cœur humain

Sans que l'éclat de rire agonise en chemin,

Sans que la raillerie expirante s'éteigne,

Pur acier que ternit la blessure qui saigne, —

Et dans l'âme attristée ou l'esprit effrayé

S'assombrisse en terreur ou languisse en pitié. —

Tel défaut, tel travers est pour un œil novice

Un ridicule : eh non ! c'est un malheur. Tel vice

Vous fait rire d'abord et vous pousse à railler:

Non, non, regardez mieux : il vous fera trembler.

Alceste est un bourru dont l'humeur noire amuse :

Oui, mais c'est un grand cœur qu'une coquine abuse,

C'est un cœur héroïque, amoureux d'idéal,

Et qui souffre de voir le mensonge et le mal.

Un grotesque doublé d'une bête féroce,

C'est Tartuffe. Don Juan est charmant, mais atroce

Et Bélise saurait, si vous changez son nom,

Servir â l'empereur son dernier champignon.

Car ce qui fait aux yeux surgir la tragédie, Ce n'est point une phrase épurée, arrondie,

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