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RÉGENCE

Présidence de la thèse 600 —

Frais divers 300 ' —

Soit, en effet, 5,614 francs, somme énorme en un temps où l'argent avait une valeur au moins double de ce qu'il représente aujourd'hui \

Toutefois, la Faculté ne refusait pas d'accorder quelque crédit aux étudiants sans fortune qui montraient des dispositions spéciales pour la médecine. L'article 29 des statuts de

' M. Bermingham, Statuts des docteurs régens de la Faculté de médecine, 1754, in-i2, p. 86.

^ Les frais d'études pour la médecine, examens, inscriptions, etc., sont aujourd'hui de 1,272 fr. 50cent.Yov. A.. Gorlieu, L'ancienne Faculté de médecine, p. 248.

1751 est ainsi conçu : « Afin que les pauvres ne soient point exclus des degrés, on fera une remise des rétributions dues à la Faculté pour la licence et le doctorat à ceux qui seront vraiment pauvres; pourvu que l'on sçache qu'ils sont d'ailleurs honnêtes gens et gens sçavans, et cela à condition qu'ils promettront et s'engageront par devant notaires à payer lesdites rétributions aussitôt qu'ils seront mieux dans leurs affaires * . »

Ckiffre de la population et nombre des médecins. — Leurs honoraires. — Leur âpreté au gain, suivant Gui Patin. — Les consultations gratuites. — Les charlatans. — Les thériacleurs. — La thériaque. Sa composition, ses propriétés. Composée en public. — L'orviétan. Sa composition.— Le charlatan GhristoforoContugi. Il achète l'approbation de la Faculté. — Satire de Sonnet de Gourval contre les charlatans. — Barry, Mondor et Tabarin. — Les capucins du Louvre. — Costume des médecins. — Leur barbe, leur cheval et leur mule. — Discipline imposée par la Faculté. — Égards que se doivent les docteurs. — Privilèges de l'ancienneté. — Le secret professionnel. — Respect des statuts. — Les médecins doivent faire confesser leurs malades. — Le duc de Bourbon et la confession.

Quand la Faculté avançait à quelque étu-

' «... Eis qui manifeste pauperes erunt, si alioqui constct eos probos esse et singulari doctrina praeditos. Ea conditione

diant le montant de ses frais d'études , elle était à peu près sûre de se voir un jour remboursée, car le nombre des médecins parait être resté pendant long,temps assez restreint relativement au chiffre de la population.

J'ai de bonnes raisons pour ne pas me montrer en tout ceci trop affirmatif. Il a été démontré, au début de ce petit volume, que l'on ne pouvait établir, même approximativement, quel était le nombre des habitants de Paris au treizième siècle. Or, quoique cet aveu soit bien humiliant, il me faut reconnaître que nous ne sommes guère mieux instruits pour ce qui concerne les siècles suivants jusqu'à la Révolution. La statistique, dont on a beaucoup médit , et bien à tort, est une science toute moderne et, dut-elle ne jamais fournir que des à peu près, il faudrait encore l'honorer et l'encourager. Avant elle, il n'existe aucun document auquel il soit possible d'accorder la moindre confiance, surtout à propos du sujet qui me préoccupe ici. Les chiffres ne manquent pas, mais on se trouve en présence d'appréciations individuelles et souvent

ut polliceantur et publico instrumente fidem suain adstringant se bursas persoluturos cuin ad meliorem fortunam pervenerint. »

contradictoires, dont rien ne permet de contrôler l'exactitude. Voici, dans leur ordre chronologique, quelques-unes de celles que j'ai recueillies.

Paris eût possédé :

En 1292 215,861 habitants >

' H. Géraud, Paris sous Philippe le Bel, p. 478. ^ J.-A. Dulaure, Histoire de Paris, édit. de 1837, t. III, p. 23.

2 H. Géraud, p. 477.

^ G. Fagniez, Etudes sur l'industrie et la classe industrielle au treizième et au quatozième siècle, p. 182J

" Jean de Troyes, Chronique, édit. Michaud, t. IV, p. 280. Dans ce nombre sont seulement compris les hommes de 16 à 60 ans. Suivant Dulaure (t. III, p. 242), la population complète devait alors se monter à environ cent cinquante mille âmes.

Presque à la même date, Villon disait de Paris : ... Que chacun maintenoit Que c'estoit la ville du monde Qui plus de peuple soustenoit, Et où maintz estranges abonde.

[Ballade des escoutans, p. 184.) " Jean de Troyes, Chronique , édit. Michaud, t. IV, p. 308. Dans ce nombre sont seulement compris les habitants en état de porter les armes, « officiers, bourgeois et manans. »

En 1528 3 à 400,000 habitants ».

— 1577 plus de 1,000,000 — K

' xlnclrea Navagero, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens, t. I, p. 31.

^ Marino Cavalli, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens, t. I, p. 261.

u Charles Quint demandant un jour au très chrestien Roy François quelles notables villes il avoit sur son roïaume, le Roy commença à luy nommer Lion, Orléans, Rouen, Troyes, Dijon, Tours, Grenoble, Bordeaux et toutes les autres, taisant néantmoins Paris. L'Empereur luy dist alors qu'il avoit oublié cette principale ville, mais le Roy luy fist responce que Paris n'estoit pas une ville, mais un monde. » Gabriel Chappuys, La civile conversation, 1579, in-8°, p. 538.

^ « D'après l'opinion commune, il se trouve continuellement dans cette ville plus d'un million de personnes. » Hier. Lippomano, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens, t. II, p. 605.

^ Recensement fait pendant le siège de Paris. Lestoile, 26 mai 1590, édit. Michaud, t. XV, p. 16.

« Un de nos rois a dit que cette tète du royaume étoit trop grosse, qu'elle étoit pleine de beaucoup d'humeurs nuisibles au repos de ses membres, et que la saignée de temps en temps lui étoit nécessaire. » Mad. de Motteville, Mémoires^ édit. Petitot, 2^ série, t. XXXVII, p. 83.

Tallemant des Réaux nous apprend que Henri III était le roi à qui Mme de Motteville fait ici allusion . Il « disoit que Paris avoit la teste trop grosse, et qu'il la lay falloit casser. » Historiettes, t. I, p. 17.

^ Gregory d'Ierni, Paris en 1596. Dans le Rulletin de la Société de l'histoire de Paris, année 1885, p. 169.

® Légende du plan de Paris dressé par G. Gomboust. La Société des Bibliophiles françois l'a reproduit en 1858.

En 1657 600,000 habitants'

* A.-P. Faugère, Journal d'un voyage à Paris en 1657, p. 249.

- Boussingault, La guide universelle de tous les Pays- Bas. C'est ici la première édition de ce livre, que je vais encore citer deux fois.

^ « Supposé qu'il y ait dans la ville et faux-bourgs de Paris 33 ou 34,000 maisons, tant grandes que petites, j'estime que l'on trouvera bien un million de personnes de l'un et de l'autre sexe, tant grands que petits, au moins; mais point davantage, tout bien considéré, quoy que plusieurs croyentle contraire, mais sans aucun fondement raisonnable. Pour des hommes à porter armes, il s'en trouveroit deux cens mille ou environ. » Boussingault, La guide des Pays- Bas, 3* édit., 1672, p. 358, — Plus de soixante ans après, l'on ne comptait encore à Paris qu'environ 25,000 maisons et 4,000 portes cocKères. Voy. la Dune royale de Vauban et la légende du plan de La Caille.

* Boussingault, La guide des Pays-Bas, 4® édit., 1673, p. 397. Il Supposé qu'il y ait... (la suite comme ci-dessus), j'estime que l'on trouvera bien deux millions de personnes... »

^ D après Ilusson, La consommation de Paris, et les données de la statistique municipale. Dans VAn7iuaire du bureau des longitudes pour 1881, p. 450.

^ Le Maire, Paris ancien et nouveau, t. I, p. 6.

' Vauban, P;'o/ef c/'u«e (/j me ro/û/e, cliap. vu.

^ Dulaure, t. V, p. 412. D'après les calculs de Messance.

En 1717 800,000 habitants

— 1779 près de 1,000,000 -

in

' Abbé de Saint-Pierre, Avantages que doit produire V agrandissement continuel de la ville capitale d'un Etat. Dans les OEuvres, 1733, in-12, t. IV, p. 149.

^ " Selon l'exacte rechercbe de plusieurs personnes versées dans ces sortes de choses. » G. Brice, Description de Paris, t. I, p. 24.

' D'après llusson et les données de la statistique municipale. Dans V Annuaire des longitudes pour 1881, p. 450.

* Piganiol de la Force, Description de Paris, t. I, p. 32.

" Buffon, Histoire naturelle, édit. de 1778, supplément, t. VII, p. 511.

^ Expilly, Dictionnaire géographique et historique de la France, t. V, p. 401.

^ Métra, Correspondance secrète, 6 septembre 1777, t. V, p. 154.

* Le Rouge, Curiosités de Paris, t. I, p. 11.

^ Ilurtaut et Magny, Dictionnaire historique de la ville de Paris, t. III, p. 759.

^^ Encyclopédie raisonnée, édit. in-8°, t. XXIV, 2* partie, p. 116.

" Mercier, Tableau de Paris, t. IV, p. 206.

^^ M Selon les saisons de l'année où la ville est plus ou

En 1785 000,000 liabitants'

— 1787 |)Ins de 800,000 — '

moins peuplée. " Necker, De l'administration des finances de la France, t. I, p. 277.

' Docteur Michel Thouret, Rapport sur les exhumations du cimetière des Innocents. Dans VHisloire de la société royale de médecine, année 1786, p. 244.

^ G.-B. Malaspina. Voy. le Bulletin de la société de V histoire de Paris, année 1891, p. 127.

^ Tliiéry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, t. I, p. xxix.

* D'après liusson et la statistique municipale. Dans Y Annuaire des longitudes, année 1881, p. 450.

* Lavoisier, Résultats extraits d'un ouvrage intitulé : De la richesse territoriale du royaume de France, imprimerie nationale, in-8°.

® Ce chiffre se décompose ainsi :

Hommes mariés ou veufs 128,653

Femmes mariées ou veuves 149,017

Garçons de tout âge 119,934

Filles de tout âge 135,851

Aux armées 14,301

Total 547,756

(Allard, Annuaire administratif et statistique du département de Paris. ^ Recensement officiel.

' Recensement officiel fait dans le cours des années 1806 à 1808. Les militaires n'y sont point compris. ^ Recensement officiel.

En 1819 713,765 liabitants'.

En ce qui concerne les médecins, j'ai recueilli les chiffres suivants.

Paris comptait ^ :

En 1292 6 médecins.

^ D'après la direction Je la statistique au ministère de l'intérieur.

" Les liuit nombres qui suivent sont le résultat de recensements officiels. Voy., pour chaque année, VAnnuaii-e du bureau des longitudes.

^ Les nombres suivis d'un astérisque ont été relevés sur les Commentai!' es par J.-G. Sabatier. Voy. ses Eecherches SU7' la Faculté' de médecine, p. 5.

Les nombres suivis de deux astérisques m'ont été fournis par V Ahnanach royal, qui donne chaque année une liste complète des médecins de Paris.

* Pour ces trois années, voy. ci-dessus, p. 16.

^ Sabatier écrit 72, mais voy. Gh. Thurot, Organis'ation de l'enseignement au moyen âge, p. 196.

^ Liste dressée par le doyen, en vertu de l'arrêt du 12 sep-

En 1626 85 médecins *

Le recensement fait au mois d'avril 1891 nous apprend que Paris compte, en nombres ronds, 2,200 médecins pour une population

tembre 1598, défendant l'exercice de la médecine à « tous empiriques non approuvez de la Faculté. » Arrêt et liste se trouvent dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale n"' 21,737, f°36.

^ « Nous sommes ici cent treize docteurs, » écrit Gui Patin le 30 décembre 1650. Tome II, p. 576.

^ Liste placée en tête des OEuvres de maisti-e François Théveniiif chirurcfien ordinaire du t^oy, 1658, in-folio.

^ Liste des docteurs régens en la Faculté de médecine de PariSy avec leurs demeures. Affiche in-folio (Bibliothèque Mazarine, n"' 7,733, 5" pièce.)

* Extrait de : Observations sur V écrit intitulé : Réflexions sur la Déclaration du 23 avril 1743, concernant la communauté des chirurgiens, 1748, in-4'*, p. 6.

(le 3,000,000 d'habitants, soit un peu plus d'un médecin pour treize cents habitants.

En dépit de la concurrence que ne cessait de leur faire une foule de charlatans, les médecins gagnaient en général largement leur vie. Nicolas Petit , premier médecin de Henri IV , se retira avec « cinq à six mille livres de rente ^ » Eusèbe Renaudot, premier médecin de la Dauphine en 1650, écrit dans son Journal :

Je me suis acquitté de la somme de sept mille livres en moins de huit mois, grâce au petit revenu de la médecine, que le grand nombre des malades de cette année avoit fort multiplié. Le mois de décembre 1666, 917 livres pour visites de médecin, et au commencement de l'année 1667, 1,473 livres. Vers la fin de juillet 1669, j'ai eu l'honneur d'être envoyé quérir de Paris à Gompiègne, pour y traiter Mgr le Dauphin avec MM. d'Aquin père et fils, La Chambre et Brayer : nous y fûmes sept jours, et reçûmes 400 livres chacun.

Les grands seigneurs payaient bien et ne lésinaient pas sur le nombre des savants dont ils réclamaient les soins. Lestoile raconte qu'en 1594, Henri IV étant allé voir le marquis

Lestoile, Journal, 26 septembre 1609, édit. Micliaud, i.XV, p. 537.

d'O, qui souffrait d'une rétention d'urine, le trouva entouré par seize docteurs *. Que vouliez-vous qu'il fît contre tant de médecins? Qu'il mourût. C'est le parti qu'il prit.

Tout médecin appelé en consultation chez Colbert recevait un louis d'or ^, qui valait au moins cent francs de notre monnaie.

Gui Patin condamne l'âpreté au gain que montraient la plupart de ses confrères. A l'en croire, le célèbre Guénault disait tout haut qu' « un grain de fortune vaut mieux que dix onces de vertu ^. 15 Nicolas Brayer, une des lumières de la science au dix-septième siècle, aurait amassé trente mille écus de rente "* ; Béda, Rainssaint, Renaudot et bien d'autres étaient « gens à faire ce que l'on veut à qui plus leur donne ^. » Le médecin anglais Lister, qui visita Paris en 1698, s'étonne néanmoins de la modicité des honoraires accordés aux médecins , d'où il faut conclure qu'ils étaient mieux traités à Londres qu'à Paris. Il insiste aussi sur le tort matériel et moral que

' Journal, 15 octobre 1594.

^ Gui Patin, Lettre du 2 juin 1671, t. III, p. 780.

^ Lettre du 24 décembre 1658, t. II, p. 445.

^ Lettre du 14 août 1671, t. III, p. 785.

' Lettre du 21 août 1657, t. II, p. 336.

leur causaient les charlatans, les lemmes et les moines '.

En effet, les empiriques pullulaient, bien que la Faculté ne négligeât rien pour détourner d'eux les malades. Dès 1644, elle organisa des consultations gratuites, qui avaient lieu deux fois par semaine, et auxquelles prenaient part six médecins. Elles devinrent même un peu plus tard de véritables leçons cliniques à l'usage des bacheliers, qui étaient tenus d'y assister et d'écrire les ordonnances formulées par les docteurs ^.

Les chiffres que j'ai donnés tout à l'heure se trouveraient singulièrement augmentés si l'on ajoutait au nombre des docteurs patentés la foule des empiriques, des opérateurs, des spagiristes, des charlatans de toute farine, inventeurs d'élixirs, de baumes, de magistères, d'opiats, d'onguents, de topiques, de panacées, etc. La confiance publique les enrichissait, les grands, le roi lui-même avait recours à eux, et la Faculté découragée finit par cesser de les combattre ^ . Leur histoire serait longue et je ne suis pas tenté de l'écrire. Je parlerai

^ Voyage, p. 213.

' Voy. l'art. 2 des statuts de 1751.

' Sur tout ceci, voy. Les médicaments.

ailleurs des arracheurs de dents et autres opérateurs, concurrents des chirurgiens.

Beaucoup d'entre eux joignaient à cet art la pratique de la médecine, ainsi que la vente de certains médicaments, et ils avaient choisi pour théâtre de leurs exploits le Pont-Neuf. Berthod ne les a pas oubliés dans son Paris bw^ le s que :

Vous, rendez-vous de charlatans,

De filoux, de passe-volans,

Pont-Neuf, ordinaire théâtre

Des vendeurs d'onguents et d'emplastre,

Séjour des arracheurs de dents.

Des fripiers, libraires, pédans.

Des chanteurs de chansons nouvelles.

D'entremetteurs de damoiselles.

De coupe-bourses, d'argotiers.

De maistres de sales mestiers,

D'opérateurs et de chymiques.

Et de médecins spagiriques.

De fins joueurs de gobelets.

De ceux qui rendent des poulets '.

u J'ay, Monseu, de fort bon remède.

Vous dit l'un (jamais Dieu ne m'ayde !)

Pour ce mal-là que vous savez.

Croyez-moy, Monseu, vous pouvez

Vous en servir sans tenir chambre.

Voyez, il sent le musc et l'ambre.

* Qui remettent des billets doux.

C'est du mercure préparé,

Et jamais Ambroise Paré

Ne bailla remède semblable'.

Je le crois volontiers. Mais le peuple n'en jugeait pas ainsi, et faisait une effroyable consommation de deux drogues alors à la mode sur le Pont-Neuf, la thériaque et Torviétan.

La thériaque, dite tyriacle, triade, etc. dans la langue populaire, avait donné naissance aux substantifs thériacleur^ eitriacleu?'^, qui en arrivèrent à désigner toute espèce de charlatans. Elle n'en était pas moins regardée comme une panacée par tous les médecins. Il entrait ou plutôt il devait entrer dans la composition de cet électuaire une multitude de substances hétérogènes. Nicolas Houel '^ en énumère 64, Pierre Pomet^ 61 et Moïse Charas *^ 62. Dans le nombre figurent des pilules de vipères, des rognons de castors, de Fopopanax, du bitume de Judée, de la myrrhe, de

' Pa7'i<; builesque, 1652 : Les filouteries du Pont-Neuf, édit. Delahays, p. 92.

" Rabelais, Gargantua, liv. I, cliap. xxv.

^ Math. Régnier, Satire XIII.

* Traité de la thériaque, 1573, in-12, p. 16. — Il en entrait trente et un seulement dans V eau thériacale, spécifique contre la syphilis, p. 148.

^ Histoire des drogues, 1694, in-folio, 2^ partie, p. 65.

^ Pharmacopée royale, 1691, in-4'', p. 196.

l'encens, de la ré[;lisse, du safran, de la térébenthine, de la terre sigillée*, etc., etc. Suivant Ambroise Paré, elle ne devient efficace que quatre ans après sa composition, et elle cesse de l'être au bout de douze ans ^.

Je n'ai vu la thériaque mentionnée par aucun écrivain français antérieur à Foucher de Chartres, qui fut chapelain de Baudouin durant la première croisade, et qui s'étant fixé à Jérusalem, y mourut en 1127. « Antidotum tyriacum, écrit-il, de corpore serpentis confici solere dicatur*. » Elle était bien connue des Romains, dit l'apothicaire Laurens Catelan. Il nous apprend aussi qu'elle s'y composait en public et que les empereurs ne dédaignaient pas d'assister à l'opération"^. Lui-même, habitant alors Montpellier, « la fit en plusieurs journées, en l'an 1606, en l'assemblée honorable de Messieurs de la Justice et professeurs en l'Université de ceste ville ^ . » Cet usage se conserva pendant très longtemps, même à

' Voy. Les médicaments .

^ OEuvres, p. 828.

^ Fulcherius Garnotensis, Historia Iherosolymitana, lib. III, cap. Lix. Dans le Recueil des historiens des croisades, t. III, p. 483.

* Discours et de'monstration des ingrédiens de la thériaque, 1614, in-8°, p. 3.

^ Epistre dédicatoire.

Paris. Hazou rappelle que le docteur Dieuxivoye, doyen en 1682, « présida à la lliériaque, qui se fit avec une grande solennité, en présence de M. de la Reynie, lieutenant général de police, et de M. Robert, procureur du Roi ^ » Savary écrivait encore en 1741 : « Autrefois la thériaque de Venise avoit presque seule la vogue , et même aujourd'hui bien des gens conservent pour elle l'ancienne prévention. Il faut avouer cependant que, depuis que Messieurs Gharas, Geoffroy, Bolduc, Rouvière^, etc., ont pris le soin d'en préparer sous les yeux de Messieurs les magistrats de la police de Paris et à la vue du public, il n'y a plus d'apparence que les artistes ^ étrangers doivent l'emporter sur nos François, qui joignent tout ensemble l'habileté et la probité, qualités également nécessaires à ceux qui composent cet excellent remède'^. » Il passait pour si précieux que, jusqu'à la Révolution,

* Notice des hommes les plus célèbres de la Faculté de médecine de Paris y p. 134.

^ Sur ces apothicaires célèbres, voy. Les médicaments.

^ t( jSom que l'on donne aux ouvriers qui excellent dans ceux d'entre les arts méchaniques qui supposent l'intelligence, et même à ceux qui, dans certaines sciences moitié pratiques, moitié spéculatives, en entendent très Lien la partie pratique. »

* Dictionnaire du commei'cej t. III, p. 385.

on voyait à l'école de pharmacie, encadrant la porte de la salle consacrée aux assemblées de la corporation, « deux grandes tonnes de thériaque pesant chacune 1,500 livres et fermées par des cadenats ^ »

Quelles étaient donc les propriétés de cet admirable médicament, auquel les docteurs de nos jours n'ont pas encore renoncé? Non seulement il guérissait à peu près tous les maux, mais, s'il faut en croire le médecin Jacques Fontaine, son emploi rendait « le corps inexpugnable contre les venins, sans corrompre le naturel du corps ^. » Il était surtout administré comme antidote. Médicament dangereux, d'ailleurs, et fort susceptible de sa nature, car une fois introduit dans l'organisme , s'il n'y trouvait point de poison à chasser, il ne voulait pas avoir été dérangé inutilement et tuait le malade. Ceci nous est affirmé par Hugues Metel , qui, vers 1150, l'écriA^ait à Guillaume de Saint-Thierry : « Si venenum invenerit , expellit ; quod si non invenit, cum quo luctetur occidit^. 5)

' Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs a Paris, t. II, p. 217.

^ Traitté de la thériaque, 1601, in-18, p. 183.

' Epistola 18. Dans G,-L. Hugo, Sacrœ antiquitatis monumenta, t. II, p. 351.

L'orviétan avait été surtout mis à la mode par un Italien nommé Christoforo Contugi, natif d'Orvieto, et qui se fit d'abord appeler Lorvietano, puis Lorviétan ou l'Orviétan. Son vrai nom, dit M. Edouard Fournier^, a été récemment découvert par M. Ravenel dans les registres de la paroisse Saint-Jacques du Haut- Pas. Il n'était vraiment pas nécessaire de se donner tant de peine pour le trouver, car l'apothicaire Pierre Pomet écrivait en 1694 dans son Histoire des drogues ^ : « L'orviétan étoit commun à Rome depuis longtemps , et c'est de là que le faisoient venir les épiciers avant que le sieur Gontugi eût obtenu du Roi la permission de le débiter publiquement. » Ce Gontugi ^ acquit vite célébrité et richesse sous le nom qu'il avait choisi. Il était déjà fameux au temps de la Fronde, car son pseudonyme figure en tête de plusieurs Mazarinades^.

L'orviétan se composait seulement de vingt-

' Variétés historiques^ t. VII, p. 113.

^ Seconde partie, p. 67.

' Un Gontugi, demeurant quai des Augustins au coin de la rue Pavée, était docteur régent en 1704. Voy. VAlmanach royal y p. 148.

* «« Monsieur l'Orviatan, vous changez nos louys en vos poudres, et vostre thériaque n'est point mauvais. » Dialogue

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