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XI

1632, le dîner offert par les bacheliers coûtait environ cinquante livres, et celui des docteurs trois cent cinquante livres. Ils avaient lieu, aux frais des nouveaux admis bien entendu, tantôt chez le plus ancien des examinateurs, tantôt chez le président de Facte '. On y conviait le doyen , les professeurs , les chanoines et le chancelier de Notre-Dame. En 1633, à la suite d'une contestation, ce dernier fut seul invité et ne voulut point accepter. Les chanoines, en effet, avaient protesté : suivant eux, ces banquets constituaient une dette sacrée, et l'usage d'y appeler les chanoines était si ancien qu'il avait force de loi. La Faculté leur donna tort, et prit le parti de convertir tous ces repas en une somme d'argent ou en un cadeau fait à l'école ^.

Dès lors, les agapes fraternelles devinrent facultatives, ce qui ne les empêcha pas de

* Hazon, Éloge historique, p. 20.

- «Notre jeune docteur, M. Dodart, présidera jeudi prochain, c'est-à-dire qu'il paiera sa bienvenue (car nous y aurons tous cliacun quatre livres pour notre assistance. Autrefois il y avoit un diner pour tous, qui fut converti en argent l'an 1633, pour un petit désordre qui arriva et qui fut cause d'un plus grand bien), et après il jouira des droits de l'école comme les autres docteurs. » Gui Patin, Lettre du 3 décembre 1660, t. III, p. 293.

demeurer assez fréquentes. D'abord, pour son joyeux avènement, tout nouveau doven donnait un repas à ses collègues. Gui Patin nous a raconté celui qu'il offrit chez lui, le 1" décembre 1650, après son élection. Il y a là un joli tableau de mœurs, dont je ne veux pas priver mes lecteurs.

Étant revenu au logis ce matin, j'y ai trouvé votre excellente lettre, laquelle m'a donné une nouvelle satisfaction , et m'a accru la joie que j'avais eue hier, que je fis mon festin à cause de mon décanat. Trente-six de mes collègues firent grande chère ; je ne vis jamais tant rire et tant boire pour des gens sérieux, et même de nos anciens : c'étoit du meilleur vin vieux de Bourgogne que j'avois destiné pour ce festin. Je les traitai dans ma chambre, où pardessus la tapisserie se voyoient curieusement les tableaux '■ d'Érasme , des deux Scaliger, père et fils, de Gasaubon, Muret, Montaigne, Charron, Grotius, Heinsius, Saumaise , Fernel, de Thou, et notre bon ami M. G. ?(audé, bibliothécaire du Mazarin, qui n'est que sa qualité externe, car pour les internes, il les a autant qu'on les peut avoir. Il y avoit encore trois autres portraits d'excellents hommes : de feu M. de Sales, évêque de Genève, ^I. l'évêque de Belley, mon bon ami, Justus Lipsius, et enfin de François Rabelais, duquel autrefois on m'a voulu donner vingt pis-

' Les portraits.

tôles. Que clites-voiis de cet assembla{je? Mes invités n'étoient-ils pas en bonne compa^jnie'?

Hazon a soin de nous apprendre qu'en 165 4, Fr. Gureau delà Chambre ayant obtenu à la licence « le premier lieu, régala splendidement toute la Faculté ^. « Le 23 mars 1660, à la suite des examens subis par dix bacheliers, on fit encore « un festin aux écoles, » auquel furent invités les doyen et censeurs, les anciens doyens, les quatre examinateurs, les professeurs ordinaires , quelques amis du doyen, etc. « Nous faisions, dit Patin, trois tables médiocres et nous étions douze ou treize à chacune. Je n'ai jamais vu telle réjouissance de part et d'autre ; on n'y a parlé que de rire et que de bonne chère en poissons ^. ^5 L'année suivante. Patin écrit encore : ce Nous eûmes un jeune docteur qui nous fit festin. Nous étions vingt-quatre à table, et marchandise fort mêlée de gens de biens et de charlatans ^. « On sait que Patin n'était pas toujours tendre pour ses confrères.

La Faculté avait été bien inspirée en ren-

' Letti'e a Falconet, 2 décembre 1650, t. II, p. 571.

^ Éloge hist07-i(jue, p. 53.

3 Tome III, p. 182.

* Lettre du 1" février 1661, t. III, p. 318.

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dant tous ces banquets facultatifs, elle l'eut été mieux encore en les interdisant d une manière absolue , car on prétendait que les docteurs se montraient indulgents vis-à-vis des candidats assez riches pour traiter libéralement leurs examinateurs. Ramus s était fait depuis longtemps l'écho de plaintes semblables. Nommé membre d'une commission chargée de réformer l'Université \ il publia sur ce sujet un petit volume très curieux et devenu aujourd'hui très rare ^. Il y demande qu'un traitement fixe soit attribué aux professeurs, et qu'en revanche ils soient astreints à faire leurs cours, soin qu'ils abandonnaient aux bacheliers. Il ose affirmer que le " premier lieu » de la licence était en quelque sorte mis aux enchères et accordé à celui des candidats qui semait le plus d'argent autour de soi. Il reproche enfin avec éloquence à l'Université de rançonner les écoliers, dévoile les innombrables redevances , iniques et ridicules, auxquelles étaient astreints les étudiants. Un arrêt rendu le 13 juin 1534 avait,

' Cette commission avait été instituée à la requête des Etats généraux d'Orléans en 1560.

^ Advertissemens sur la 7-éformatioti de l'Université. Au Boy. 1562, in-8°.

dit-il, ûs^é à vingt-huit écus la dépense nécessaire pour devenir docteur ; on en tint si bien compte qu'en 1562, les deux dernières années d'études à la Faculté coûtaient 854 livres 19 sous, non compris « le banquet du premier lieu qui est deu à tous les docteurs, ny les disners extraordinaires qu'on a coustume de faire aux docteurs, en espérance d'avoir le lieu le plus honorable. Et s'il y a quelcun des escoliers qui soit quelque peu ambitieux, il faut qu'il face largesse d'autant plus grande qu'il souhaitera plus grande louange de son sçavoir : et là se fait une dépense incroyable ' . » Et Ramus expose tout au long l'emploi des 854 livres.

On jugera du succès qu'obtinrent les réclamations de Ramus par ce fait, qu'en 1753 les frais d'études pour obtenir la régence s'élevaient à 5,614 fr., savoir :

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