CÉRÉMONIES OBSERVÉES QUAND LE ROY SE COMMUNIE
Fault icv observer que quand le Roy se communie, tant en grande cérémonie qu^en particulier, que premièrement il se confesse dans son oratoire à son confesseur ordinaire.
Il y a évesque ou prélat de marque qui faict le service, et à l'entrée qui donne de l'eau béniste.
Le Roy est babillé des babits de la cérémonie, s'il y en a, ou des ordinaires, mais tousjours son grand collier du Sainct-Esprit en forme.
Le grand aumosnier, ou cardinal s'il y en a, faict les honneurs de luy porter baiser le livre l'Evangille dicte, et la paix aussy en son lieu avecq révérences deues.
A l'heure de l'offrande, le Roy se lève, accompagné du capitaine des gardes du plus grand prince assistant, pour bailler l'escu, et du grand aulmosnier pour le recevoir dans le bassin, et un gentilhomme de la chambre pour bailler le carreau.
L'heure de consacrer venue, l'aulmosnier ordinaire porte à l'autel au Roy une douzaine d'hosties, desquelles il fait l'essav, puis le Roy en choisit une
' Rangs et préséances entre les princes, ducs, pairs et officiels de la couronne, et autres tant ecclésiastiques que des parlemens. Bibliothèque Mazarine, manuscrit n° 2,734. — ^^oy. ci-dessus, p. 257.
que ledict aulmosnier apporte à l'évesque officiant pour la consacrer pour comnuinier le Roy.
L'heure de la communion venue à my-messe ou à la fin, les officiers du gobellet • baillent les nappes qui servent à cet office, qui sont estendues par les aumosniers sur la table avecq un taffetas cramoisy rou^e entre deux.
Deux princes s'advancent, qui approchent à droict et à gauche de la table, et prennent les deux cormières de la nappe plus proche du Roy, le grand aulmosnier et aultre prélat les plus proches de l'autel.
Et soudain le Roy se lève et s'approche de ladicte table, et se met à genoux en humilité disant le confitéor.
Et l'officiant, la bénédiction faicte, se tourne avecq l'hostie et le communie avecq quelque exhortation, tenant ladicte hostie.
Cependant le premier maistre d'hostel ou aultres en quartier, avecq ceulx du gobellet, font l'essay du vin pour la communion dudict sieur Roy, qui est présenté par ledict premier ou aultre à l'évesque officiant dans une couppe vermeille dorée pour la présenter au Roy à la communion. Et cela faict, le Roy se lève avecq révérences, et les princes et
^ Le gobelet était le premier des sept offices de bouche dépendant de la maison du roi. Il se subdivisait en panetetie-bouche et échansonnerie-bouclie. Tous les officiers servaient l'épée au côté. Ils avaient pour fonctions de préparer le couvert du roi : linge, vin, eau, pain, fruit, etc. Voy. YÉtat de la France pour 1712, t. I, p. 88 et suiv.
aultres Taccompaignent en sa place, et le service s'achève.
Lequel achevé, l'on liiy porte du pain bénist et de l'eaue béniste, comme au commencement.
CÉRÉMONIES OBSERVÉES LE JOUR DU JEUDÏ SAINCT AU LAVEMENT DES PIEDS DES PAUVRES'.
Le Roy ou la Royne, dès les neuf heures du matin arrivent dans la salle préparée pour la cérémonie, qui se trouve préparée de treize pauvres garsons et pour la Royne de treize filles tenues en estât par leur mère, vestues des habitz et linge que le Roy leur donne, les pieds nuds et nestoyez.
Assis sur le bord d'une table tous d'un rang, le Roy donne des habits d'escarlattc, la Royne les donne blancs.
Dans la mesme salle sont préparez les aumosniers et chirurgiens pour le service du Roy et auprès desdits pauvres.
A l'autre bout de la salle est préparée la viande desdicts pauvres sur une grande table : treize platz pour chacun dans des platz de bois emplis de beau poisson. M. le grand maistre ou premier maistre d'hostel et autres maistres ordinaires sont auprès, avec chascun un linge de Hollande sur l'espaulle et leur baston à la main.
* Même provenance que la pièce précédente. — Voy. cidessus, p. 268.
Le Roy arrivant dans ladicte salle préparée, il trouve sa chaire pour le sermon, dans laquelle il sied, et un prélat en un habit épiscopal monte en chaire et instruict le Roy de cette façon de cérémonie, et l'exorte à l'umilité. Et le sermon faict, lui donne des bénédictions avec prières, veslu de chappe, et les diacres tenans la croix se chante Miserere devant le Roy, puis se lève lors. Lors, le grand chambellan ou premier gentilhomme de la chambre luy aporte un linge, duquel il le ceint, pour laver les pieds des pauvres, les aumosniers et chirurgiens tenant preste l'eaue. Le Roy arrive au premier pauvre, se mettant de genoux devant luy, luy lave le pied droict, Tessuie avec sa serviette et luy baise le pied et ainsy des autres. Le grand ou premier aumosnier suivant met une bourse de cuir au col de l'enfant lavé, où il y a treize escus d'or et ainsy à chacun.
Ce lavement achevé, l'on change de linge au Roy et l'on faict rechausser les pauvres et les mettre à table tous d'un rang, le grand aumosnier disant le bénédicité.
Lors monsieur le grand maistre, précédé par les maistres d'hostelz ordinaires et premier, faict prendre la viande aux princes et grands, et marchant devant eux le baston hault va présenter cette viande au Roy pour en servir les pauvres; et les maistres d'hostelz qui sont devant se retournent à la file devant le Roy, suivant le mesme M. le premier et M. le grand maistre et princes portans la viande.
Et arrivé prez du Roy, faict une grand révérence se retirant un peu costier pour laisser aprocher le
premier prince ou grand portant un plat de bois plain de poisson, lequel premier plat mis entre les mains du Roy, faict quérir les autres.
Le Rov prend chaque plat de la main de celuy qui le porte, et les sert tous treize, devant le premier pauvre et ainsy des autres.
Et M. le grand maistre et maislres d'hostel retournent quérir de la viande pour tous les pauvres, lesquels ne mangent pas, mais l'on leur relève la viande dès que le Roy l'a posée sur la table, qui est délivrée à quelqu'un de leurs amis pour en faire le proffict desdits pauvres, et ainsy de l'argent et des habits.
CÉRÉMONIES OBSERVÉES QUAND LE ROY TOUCHE LES MALADES DES ESCROUELLES '.
La charité de nos Roys est grande en cette cérémonie en laquelle le Ciel les a obligez, en leur en baillant les privilèges par-dessus les aultres Roys, le jour de leur sacre. Et pour en garderie privilège il fault continuer leur possession d'en faire les miracles.
Les Roys, les bonnes festes de l'année que la dévotion leur est bien séante, donnent rendez-vous aux malades qui viennent de tous pays, mais prin-
* Même provenance que la pièce précédente. — ^ oy» cidessus, p. 254.
cipallement d'Espagne, au lieu là où espèrent faire la feste ou de pentecostes ou de pasques ou aultres.
Là où sytost qu'ilz sont arrivez ils sont visitez des premiers médecins et aultres, et reco(>nuz malades de ceste maladie sont enrôlez, et ceux qui le feignent estre sont envoyez.
Le jour venu, le grand aulmosnier prépare le Roy à cette dévotion, le faisant confesser et ouïr messe et communier avecq l'ordre que nous avons dict ailleurs.
Cependant l'on fait ranger les pauvres au lieu destiné pour ceste action, tous à genoux et les mains joinctes, invoquant l'aide de Dieu par le ministère du Koy. Ce sont les gardes, médecins et aulmosniers qui les ordonnent pour la commodité du Roy.
La messe dicte, le Roy ayant son grand ordre sur luy, arrivé audict lieu avecq le grand et premier aulmosnier et seigneurs, le premier médecin et chirurgien sont derrière les malades, qui prennent la teste du malade à deux mains, la tient subjette affin que le Roy la touche plus commodément.
Le Roy, en main nue en face du malade, estend sa main du front au inanton, et puis d'un oreille en aultre, disant : le Roy te touche, Dieu te giiarit, et ainsy à chacun, donnant sa bénédiction par le signe de la croix.
Le Roy est suivy du grand aumosnier, qui à chaque malade touché donne une aumosne, aux estrangers de cinq solz et aux françois deux solz, et le faict-on lever et sortir incontinant, de peur
d'embarras et de peur qu'il n'aille encore prendre rang: pour avoir deux aulmosnes.
Cependant le premier maistre d'hostel ou le maistre d'hostel en jour tient une serviette trempée en vin et eaue, pour bailler au Roy pour laver sa main après tant de salles attouchementz, et delà le Roy s'en va disner, et d'ordinaire disne mal, dégousté de l'odeur et de la vue de ces playes et (grandes puanteurs : mais la charité chrestienne surmonte tout.
Les Espagnolz et estrangers tiennent tous jours les premiers rangs entre ces malades, parce que l'arrogant espagnol reigne parmy les escrouelles, ou parce que d'ordinaire il y a parmy eulx quelques gentilhommes qui viennent chercher le secours de nos Roys, ou parce qu'il y a grande quantité de malades en leur pays.