MALADIE DU ROI
prendre : Ce fut ce qu’on appellerait aujourd’hui une fièvre typhoïde, et des mieux caractérisées. La situation d’un premier médecin est embarrassante en pareille occurrence. C’est à qui lui donnera le plus de conseils, à la condition toutefois qu’en cas de malheur, lui seul sera responsable. Yalot venait de s’absenter quelques jours, envoyé par son maître, dit-il assez naïvement, « pour décider la querelle des médecins et des chirurgiens qui traitaient le maréchal de Castelnau d’une plaie mortelle qu’il avait reçue au siège de Dunkerque. » A son retour il trouva le roi alité, et déjà sérieusement compromis. Il se mit courageusement à l’œuvre, et n’épargna ni les saignées, ni les purgations. Le mal ne faisait qu’empirer. Le septième jour s’était passé sans apporter la crise dont on attendait le soulagement de l’auguste malade. Les choses pressaient; Guénaut avait été mandé de Paris en toute hâte; il arriva enfin. Les médecins de la cour, Yalot, Esprit, Daquin, Yvelin, sans compter un obscur praticien d’Abbeville, nommé du Saussoy 1 , qu’on avait appelé pour la circonstance , s’étaient déjà longuement disputés sur ce qu’il convenait de faire, et étaient aux abois. Une grande et solennelle consultation eut lieu sous la présidence de Mazarin, et (ce qui est assez curieux) le cardinal opina le premier pour l’antimoine. Il fut résolu qu’on lui en donnerait. On
1. C’est môme à ce dernier que plusieurs contemporains rapportent l’honneur de la guérison par l’émétique. Voltaire le peint comme une espèce de paysan du Danube : « Ce bonhomme s’asseyait sur le lit du roi, et disait : — Voilà un garçon bien malade, mais il n’en mourra pas. » ( Siècle de Louis XIV.)