‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 103 sur 223 · MALADIE DU ROI · texte numérisé non relu

MALADIE DU ROI

lui en fit prendre une once, et il fut purgé vingt-deux fois. Bref, que ce fût par ou malgré l’antimoine, il se trouva mieux, et finit par guérir. A partir de ce jour, la fortune de l’antimoine était faite. S’il faut en croire Valot, cette maladie du roi fut un grand bonheur pour l’Europe entière , en consacrant d’une manière définitive, et par un éclatant exemple, les merveilleuses propriétés de l’antimoine.

Cependant le bruit de la maladie de Louis XIY s’était vite répandu à Paris ; le peuple, idolâtre de son jeune et glorieux souverain , était dans la consternation ; les églises ne désemplissaient pas. La situation d’esprit de Guy Patin est des plus risibles à ce moment. Tous les sentiments de son âme sont en jeu : son amour pour le roi et sa haine pour l'antimoine se livrent en lui un terrible combat. Dès le commencement de la maladie, et comme par une espèce de pressentiment de cœur, il engageait des paris pour la guérison. « C’est un prince digne d’être aimé, même de ceux à qui il n’a jamais fait de bien, qui a de grandes parties, et sur les inclinations duquel la France peut fonder un repos que les deux cardinaux Richelieu et Mazarin lui ont ôté. Je me sens pour lui une inclination violente, au delà de ce que les Français ont d’ordinaire pour leurs princes. » Et ce roi, ce héros, cet objet de son culte, aurait été tiré d’un mauvais pas par l’antimoine et par Guénaut ! et cela sur les indications de Mazarin ! C’est impossible : « Ç’a été une fièvre continue putride, qui avait besoin seulement de la saignée et d’une diète rafraîchissante,

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