‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 109 sur 223 · SES ANTIQUITÉS, SES TRADITIONS · texte numérisé non relu

SES ANTIQUITÉS, SES TRADITIONS

une lettre de saint Bernard, où il serait question d’un évêque, qui alla (au deuxième siècle) demander conseil aux médecins de Montpellier. Ils avaient découvert Bengessaüs et Ferragius, médecins de Charlemagne, et même un certain Marilephus, premier médecin des rois Mérovée et Chilpéric, tous trois, d’ailleurs, docteurs de Montpellier !

D’autres panégyristes objectaient avec raison qu’au temps de Mérovée, Montpellier n’existait pas encore. Avec du Boullay, ils ne faisaient pas remonter la constitution de cette Faculté au delà de l’année 1289. Mais ils rachetaient cette concession à la vérité en renouant le fil de la tradition. Le plus aventureux de cette race d’intrépides archéologues, c’est certainement Courtaud, l’adversaire malheureux de Riolan1. Son plan est fort simple : il entreprend de démontrer que notre premier père Adam possédait dans le Paradis terrestre une instruction médicale des plus variées, et que sa doctrine, perdue pour la presque totalité du genre humain, après le péché originel, se conserva pourtant intacte, et se transmit d’àge en âge à une série de médecins choisis par la Providence, pour venir enfin se fixer et fleurir à Montpellier. — On croirait qu’en fait de généalogie fantastique, il était difficile de dépasser ces historiens qui donnaient comme fondateur à la monarchie lrançaise le Troyen Francus, fils de Priam. On voit que Courtaud

l. C’est contre lui que Riolan publia ses Curieuses recherches sur les Escholes en médecine de Paris et de Montpellier , nécessaires délie sccues vour la conservât ion de la vie. Paris, 1651.

LA FACULTÉ DE MONTPELLIER

est, allé plus loin1. Après avoir suivi les ancêtres de son école chez les Hébreux, chez les Égyptiens, chez les Grecs, il nous montre les successeurs de Galien enseignant la médecine aux Arabes, cette science se développant en Espagne sous la domination des Maures, et, après leur expulsion de la Péninsule, les derniers survivants de la célèbre université de Cordoue trouvant un asile à Montpellier, y apportant une tradition non interrompue depuis l’origine du monde, et y fondant enfin cette université qui a servi de mère commune à toutes celles de l’Europe.

La vérité est que cette ville fut de très-bonne heure, grâce à ses institutions communales, un centre brillant de vie intellectuelle et scientifique. Dès le treizième siècle, elle possédait des écoles de droit, de médecine et des arts. Elles furent érigées en Université par le pape Nicolas IY en 1289 ; mais elles existaient auparavant. Plus tard, il s’y joignit une faculté de théologie. Quant à des dates précises, elles sont impossibles à fixer2. Longtemps partagée entre l’évêque de Maguelone et les Guillem, puis passée sous la domination des rois d’Aragon et des rois de Majorque, la ville de Montpellier fut achetée à ceux-ci par Philippe le Bel en 1349. A partir de là seulement son histoire appartient à celle de la France3.

1. Aussi Rioian lui demande-t-il avec esprit s’il est bien sûr qu’Hippocrate n’eût pas fait ses études à Montpellier.

2. Consulter sur ce point le bel et savant ouvrage de M. Germain : Histoire de la commune de Montpellier .

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