‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 108 sur 223 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Guerre étrangère : la Faculté de Montpellier. — Ses Antiquités, ses Traditions. Son Organisation en vue de l’enseignement. — La Robe de Rabelais. — L’Acte de triomphe. — Données fournies à Molière.

— État respectif des doctrines médicales dans ces deux Facultés. La Chimie en honneur à Montpellier. — Tentatives d’invasion dans Paris.

— Théophraste Renaudot. Ses débuts. Le Bureau d'adresse. — Les Consultations charitables. Premières Conférences cliniques, rue de la Calandre. Le Mont-de-piété. La Gazette. — Appui de Richelieu. Intervention de la Faculté de Montpellier. — Controverse entre Courtaud et Riolan. Grand Procès de 1644. Échantillons de l'éloquence judiciaire du temps. Condamnation de Renaudot. — La Chambre royale. — Jubilé solennel.

I. ce Apollon, dieu de la médecine, exilé du reste de la terre, errait autrefois à travers la Gaule Narbonnaise, cherchant à y fixer son séjour. Chassé de l’Asie, de l’Afrique et du reste de l’Europe, il parcourait toutes les villes de cette province, en quête d’un lieu propice pour lui et pour ses disciples. Enfin, il aperçut une cité nouvelle, construite des débris de Maguelonne, de Lattes et de Substantion. Il en contempla longtemps le site, l’aspect, les environs, et résolut d’établir sur cette colline de Montpellier un temple pour lui et ses prêtres. Tout souriait à son désir. Par le génie du sol, par le naturel des habitants , nulle ville n’est plus propre à la culture des lettres, et surtout de la médecine. Quel site est plus délicieux et plus beau ? Un ciel pur et riant,

LA FACULTÉ DE MONTPELLIER

une ville construite avec magnificence ; des hommes nés pour tous les travaux de l’esprit; tout autour, de vastes horizons et des sites enchanteurs : prés, vignes, plants d’oliviers, campagnes verdoyantes; des montagnes et des collines, des fleuves, des ruisseaux, des étangs, et la mer î Partout une végétation luxuriante ; partout les plus riches productions de la terre et des eaux. Salut, douce et chère cité ! Salut, bienheureux séjour d’Apollon, qui répands au loin les lumières et la gloire de ton nom ! »

Cette belle tirade n’est pas, comme on pourrait le croire, la traduction de quelque morceau de poésie ; elle fait tout simplement partie d’un discours d’apparat de François Ranchin, l’un des plus illustres chanceliers de la Faculté de médecine de Montpellier au dix-septième siècle. Ges tendances mythologiques sont bonnes à noter dès à présent, car elles sont communes aux nombreux panégyristes qui ont traité le même sujet. De temps immémorial, la Faculté de Montpellier s’était fait remarquer par un singulier mélange du sacré et du profane. C’est ainsi que, dans les thèses qu’on y passait, l’intitulé commençait par une invocation à Dieu, à la Vierge et à saint Luc , et se terminait par ces mots : « Cette thèse sera soutenue dans le sacré temple d’Apollon L »

Comme la Faculté de Paris, celle de Montpellier se perdait par ses origines dans la nuit des temps. Les siècles ne suffisaient pas à son besoin d’antiquité. Si Paris se ratta-

1. Vov. Bordeu, Recherches sur différents points de V histoire de la médecine .

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chait par ses institutions médicales aux origines de la monarchie capétienne, Montpellier prétendait remonter en ligne directe jusqu’aux pures traditions de la médecine grecque. Comme Paris, Montpellier avait reçu des souverains pontifes le pouvoir d’enseigner par toute la terre. Comme Paris encore, Montpellier tenait clés rois de France de nombreux et illustres privilèges, et étalait avec orgueil la longue liste des édits qui les lui confirmaient. Si Paris avait vu des empereurs s’asseoir sur ses bancs ', et des papes sortir de son sein pour monter sur la chaire de saint Pierre 2, Montpellier, en revanche, avait eu l’honneur de fournir la plupart des premiers médecins de nos rois. Enfin, tout aussi bien que Paris, Montpellier pouvait revendiquer comme siens d’illustres professeurs et de grands écrivains.

Ses panégyristes pouvaient se partager en deux écoles. Les uns lui cherchaient des origines toutes françaises* S’ils consentaient à se donner des ancêtres hors de France, c’était tout au plus pour le temps où la France n’existait pas encore. Mais ils tenaient pour certain que, dès sa naissance, la France avait possédé une Faculté de Montpellier. Ils répudiaient toute parenté avec Avicenne et Averrhoès , et s’appuyaient sur une vieille tradition qui racontait qu’un des leurs, contemporain de ce dernier, avait écrit contre lui. Ils citaient

1. En 1416, l’empereur Sigismond, dans lin voyage à Paris, au retour du concile de Constance, assista à la célébration de l’acte du Paranymphe.

2. Les papes Pierre d’Espagne, Sylvestre II, Jean XXI, avaient étudié la médecine à Paris.

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