APPUI DE RICHELIEU
désir de combattre la cause de la plupart des maladies. Cette cause, disait-il, c’était pour le peuple la misère, et pour les riches, l’ennui. Il prévenait la misère en prêtant sur gages, et l’ennui en publiant les nouvelles du jour. 11 faut convenir que ce qu’il y avait de plus médical dans tout cela, c’est qu’il avait trouvé le plus puissant moyen de se faire connaître, lui et ses .médicaments, et Dieu sait si l'on eu a abusé depuis.
Il rencontra un puissant auxiliaire, dû en partie à l’entremise du P. Joseph, dans la personne du cardinal de Richelieu. Il est assez curieux que la presse, ce cauchemar des ministres futurs, ait eu pour premier soutien ce terrible champion du pouvoir absolu. Sans doute Richelieu ne soupçonna pas quels rudes adversaires il préparait de loin à la royauté. Mais que pouvait-il en craindre alors? 11 vit un puissant moyen de gouvernement dans cet engin nouveau de la publicité, qui lui donnait une prise inespérée sur l’opinion publique, et dont, pour le moment, il disposait à son gré. Sa faveur allait jusqu’à une collaboration active. Le P. Joseph allait deux fois par semaine à la rue de la Calandre pour y recueillir les nouvelles, et y porter les articles de son maître. Louis XIII lui-mcme écrivait souvent dans la Gazette . « Chacun sait, écrivait Renaudot en 1644, que le Roi défunt ne lisait pas seulement mes gazettes et n’y souffrait pas le moindre défaut, mais qu’il m’envoyait presque ordinairement des mémoires pour y employer. »
Cet appui donné à des innovations éminemment
THÉOPHRASTE RENAUDÛT.
utiles, est fait pour honorer la mémoire de Richelieu h II voyait avec plaisir la prospérité d’un homme qui, par les seules forces de son industrie privée, avait su obtenir de si grands résultats. Aussi ne demanda- t-il pas mieux que de donner aux fonctions que Renaudot s’était attribuées lui-même la consécration de titres authentiques. Yoici donc ceux que portait ce personnage multiple : Médecin du Roi, Commissaire général des pauvres , Maître et intendant général des Bureaux d'adresse de France. De plus, comme le nom de gaze tier était celui qu’affectionnaient le plus ses ennemis, et qu’ils considéraient comme la suprême injure, Renaudot obtint le titre plus sonore et plus relevé dé historiographe de la couronne. Pour le public, il n'en resta pas moins le Gazetier. Mais Richelieu avait bien d’autres idées. 11 détestait instinctivement l’Université. L’immense quantité de privilèges dont cette corporation était si fière, et qui en faisait une puissance redoutable dans l’État, déplaisait à son esprit dominateur. Témoin des succès que Renaudot obtenait dans l’enseignement, et de la faveur dont les consultations gratuites étaient l’objet dans la jeunesse médicale, il conçut l’espoir, qu’il eût probablement réalisé si la mort ne l’en eût empêché, non pas d’abattre la Faculté de médecine en s’attaquant directement à elle, ce qui eût été au-dessus de ses forces, mais de la ruiner sourdement en élevant en face d’elle une Faculté rivale, qui, entourée du pres-
1. Voy. l’excellent ouvrage de M. Caillet : Histoire de l'administration en France sous le ministère de Richelieu.