‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 127 sur 223 · APPUI DE IUCHEL1EU · texte numérisé non relu

APPUI DE IUCHEL1EU

tige de la faveur royale, eût tôt ou tard fini par détrôner une vieille institution, déjà en retard par bien des côtés sur les besoins nouveaux du siècle. En associant Renaudot à ces pensées, il lui fit la concession d’un vaste terrain au faubourg Saint-Antoine, dans le but avoué d’y construire l’hôtel des consultations charitables, mais avec l’arrière-pensée d’en faire le siège de l’établissement projeté. Cet hôtel, du reste, ne fut jamais construit.

IX. Est-il besoin à présent d’expliquer les colères de la Faculté tout entière contre Renaudot? Docteur de Montpellier exerçant à Paris, chef du parti de l’ antimoine, ami des apothicaires, et favori du pouvoir, un seul de ces titres eût suffi pour le rendre à jamais odieux aux docteurs de la rue de la Rûcherie. Cette alliance, jusque-là inouïe, d’une foule de métiers accessoires, avec les fonctions de médecin, renversait, on le comprend, toutes leurs idées sur la dignité de la profession. Si l’on repoussait comme indignes ceux qui exerçaient la chirurgie, que devait-ce être d’un industriel tenant boutique ouverte de toute espèce de marchandises? Cet homme « faisant un trafic et négociation, à vendre des gazettes, à enregistrer des valets, des terres, des maisons, des gardes de malades, à exercer une friperie, prêter argent sur gage, etc., » leur paraissait le plus méprisable des charlatans et le plus dangereux des novateurs. Aussi ne lui épargnaient-ils pas les injures les plus virulentes, avec ces raffinements de grossièreté,

THÉOPHRASTE RENAUDOT

dont les savants d’alors possédaient le secret. Les noms de fripon, de polisson (; nebulo , blatero), qui reviennent à chaque instant sous leur plume, sont les plus mitigés de leur vocabulaire. Il faut avouer que Renaudot ne les laissait pas en reste. Mais ses injures même, et toute sa manière de discuter, ont, si j’ose ainsi parler, quelque chose de plus moderne. Ainsi, l’usage, en pareil cas, était de rétorquer un à un tous les arguments de ses adversaires. René Moreau lui ayant un jour adressé dans un pamphlet quarante chefs d’accusation dont trente-neuf au moins étaient de grosses insultes, Renaudot se contenta de répliquer que ce livre n’avait pas le sens commun, à quoi il ajouta, sans les compter, une série d’invectives de sa façon. Cette manière sommaire de procéder était contraire à toutes les règles, et parut scandaleuse. Tant que vécut Richelieu, les choses allèrent ainsi; on s’en tenait aux gros mots. Il n’était pas prudent de s’attaquer de trop près au favori du cardinal. « Si ce gazetier, écrit Guy Patin, n’était soutenu de l’Éminence, en tant que nebulo liebdomadarius , ;

nous lui ferions un procès criminel, au bout duquel il y aurait un tombereau, un bourreau, et tout au moins une amende honorable; mais il faut obéir au temps... »

Et en attendant un temps meilleur, on se vengeait de lui sur ses fils.

Renaudot avait deux fils, Isaac et Eusèbe, qu’il chérissait tendrement, et qu’il destinait tous deux à la médecine. Instruit par sa propre expérience, il voulait leur faire éviter les difficultés qu’il avait rencontrées lui-

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