‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 139 sur 223 · ADOPTION DES BARBIERS · texte numérisé non relu

ADOPTION DES BARBIERS

plus grandes instituions, des nécessités morales, de véritables lois, qui permettent de prévoir, étant placée la nature humaine en face d’une situation donnée, quels seront les intérêts, et quelle l’attitude des différents partis. Les barbiers devaient tendre à se rapprocher des chirurgiens, et à empiéter sur eux le plus possible; ceux-ci devaient à leur tour repousser les barbiers, et chercher à s’élever jusqu’à la Faculté de médecine; enfin le rôle de la Faculté était tout tracé : abaisser les uns et les autres, maintenir entre les deux corporations sujettes une rivalité mutuelle, pour les dominer toutes deux; et comme l’ennemi le plus proche est toujours le ! plus redoutable, il devait arriver un temps où elle se servirait des barbiers, dont elle n’avait rien à craindre, ; contre les chirurgiens, qui la menaçaient. C’est ce qu’elle fit, en adoptant les barbiers. Elle pensa faire un acte de souveraineté digne de son importance, en enlevant sa faveur à des disciples insoumis et ingrats, pour la reporter sur des clients plus humbles, et qui devaient, en apparence, lui être plus fidèles. Beaucoup plus tard1, expliquant sa conduite en cette circonstance, elle la comparait majestueusement à celle d’un père de famille, qui, après avoir épuisé les voies de douceur à l’égard d’un fils rebelle et dénaturé, finit par le déshériter au profit d’un étranger; puis, ne trouvant pas encore cette figure suffisante, elle se comparait à Dieu, lassé de l’ingratitude des Juifs, et abandonnant le peuple choisi pour

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