‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 143 sur 223 · LES BARBIERS · texte numérisé non relu

LES BARBIERS

on lui en sait gré. Puis, l’heure de la toilette a ses privilèges. On parle seul à seul , dans la familiarité du déshabillé. Dans une journée de prince, il n’y a pas deux moments pareils pour demander une faveur; et ce moment revient tous les jours pour le premier barbier! On s’est parfois étonné de la prodigieuse fortune d’un Olivier le Dain. Il y aurait peut-être plutôt lieu de s’étonner que chaque règne n’ait pas fourni le sien. — N’exagérons pas : ce personnage n’absorbera pas à lui seul toutes les faveurs ; d’autres que lui décideront de la paix et de la guerre. Du moins lorsqu’il demandera quelque chose pour ses confrères, pour la profession dont il est le chef, son royal client sera-t-il assez cruel pour résister à ses désirs?

Grâce à cet appui, les barbiers continuèrent à prospérer, malgré les innombrables remontrances, réclamations , procès et requêtes du collège de Saint-Côme, malgré quelques nuages qui s’élevèrent parfois entre la Faculté et les étranges enfants adoptifs qu’elle s’était donnés. Au fond, les barbiers étaient trop intéressés à vivre en bonne intelligence avec les médecins, pour ne pas se soumettre à ce qu’on exigeait d’eux : si la Faculté eût retiré la main qui les protégeait, ils fussent retombés sous les fourches caudines de la chirurgie, qui, cette fois, eût été impitoyable. Un nouveau contrat passé en 1577 resserra les liens déjà établis. Ce contrat ressemble beaucoup à celui de 1505. Il en diffère surtout en ce que les docteurs renoncent à présider les examens des barbiers et se réservent un simple droit d’assistance,

LEURS EMPIETEMENTS SUR LES CHIRURGIENS. 293 accompagné de toutes sortes de marques honorifiques. En outre, les barbiers s’engagent à venir tous les ans, à la Saint-Luc, renouveler leur serment de fidélité1.

Il semblerait qu’après des engagements si intimes, la concorde dût être à tout jamais établie , et qu’il ne restât plus qu’à combattre l’ennemi commun. 111e faudrait pour la simplicité du récit. Mais quelle est l’histoire qui n’a pas ses complications et ses revirements? Durant les troubles de la Ligue, il y eut une telle confusion de tous les pouvoirs publics, que les rivalités de métier et les querelles de corporations disparurent un moment dans le chaos des dissensions politiques et religieuses. Tant de lois furent violées alors, qu’il n’y a pas lieu de s’étonner si les lois de police médicale le furent comme les autres. Peut-être aussi la guerre civile fournissaitelle à elle seule aux médecins et aux chirurgiens de tous les ordres assez d’occupation pour suffire à tous les

1. Voici le texte du serment qu’on présentait aux barbiers : « Vous jurez d’obéir au doyen et à la Faculté dans toutes les choses licites et honnêtes, de rendre aux maîtres de la Faculté honneur et révérence, comme il est juste que des écoliers obéissent à leurs précepteurs. — Item, que, chacun de votre côté, vous agirez contre ceux qui pratiquent illicitement ; que vous aiderez en cela la Faculté de toutes vos forces (la Faculté regarde comme pratiquant illicitement tous ceux qui ne sont pas approuvés par elle). — Item , que vous ne pratiquerez à Paris ni dans les faubourgs avec personne qui ne soit docteur ou licencié de la Faculté. — Item , que vous n’administrerez, ni à Paris ni dans les faubourgs, aucune médecine laxative, ou altérative, ou confortative, et que vous ne prescrirez rien que ce qui concerne l’opération manuelle. »

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