ÉLÉVATION GRADUELLE
culté des torts réels qu’elle s’était donnés, et d’un abus de pouvoir misérablement avorté.
On ne m’accusera pas, je l’espère, de prendre ici, de parti pris, la défense des compagnons barbiers contre leurs ennemis. Mais, en laissant de côté toutes ces mesquines questions de corporations et de privilèges, je ne puis m’empêcher, je l’avoue, de trouver un spectacle plein d’enseignements dans cette élévation progressive de toute une classe d’hommes, par l’intelligence et le travail, les meilleurs titres de ce monde, après tout, pour conférer des droits véritables. Certes, en conviant les barbiers, dans un intérêt de coterie, à l’étude et à la pratique de la chirurgie, la Faculté n’avait pas su ce qu’elle faisait : elle avait cru travailler pour elle-même, servir ses propres intérêts, sa propre vanité ; et elle ne s’apercevait pas que l’instruction, une fois acquise, donne de nouveaux droits, et rend légitimes de plus hautes ambitions. Qu’en raison des idées régnantes elle eût bien ou mal agi, en ouvrant ainsi à de simples artisans les portes de la science, peu nous importe. Ce qui est certain, c’est que , cela fait, il n’était plus en son pouvoir d’empêcher ses anciens disciples de devenir maîtres à leur tour, et d’accroître, sans elle et malgré elle, le savoir qu’elle leur avait donné. En vain eût-elle voulu révoquer ses faveurs; il était trop tard. Elle ne pouvait même plus leur interdire d’étendre indéfiniment le champ de leurs travaux. En demandant obstinément à joindre à l’étude de la chirurgie celle de la médecine interne, les barbiers-chirurgiens ne faisaient que récla-