LES ÉPICIERS
corps étaient ceux des drapiers, des merciers, des pelletiers, des bonnetiers et des orfèvres). En cette qualité, ils pouvaient parvenir aux charges de consuls et d’échevins. Ils avaient leur bureau au cloître Sainte-Opportune. Leur patron était saint Nicolas. A leur tête étaient six gardes, trois de chacune des deux professions. Chaque année, le jour de la fête patronale, en présence du lieutenant civil et du procureur au Châtelet, se réunissaient soixante-douze électeurs, dont quarante-huit épiciers et vingt-quatre apothicaires, eux-mêmes désignés par le bureau en fonction, plus les membres de la compagnie ayant passé par les charges. Après avoir prêté serment, ils procédaient à la nomination de deux gardes, l’un épicier, l’autre apothicaire, qui entraient immédiatement en fonction 1 .
Sans parler de leurs attributions administratives et disciplinaires, semblables ici à ce qu’elles étaient dans les autres corps d’état, les gardes étaient tenus de visiter trois fois par an les boutiques de Paris et des faubourgs. Us devaient veiller soigneusement à ce qu’aucun des deux états n’empiétât sur l’autre. Ils avaient en outre une prérogative spéciale : c’était le droit de visiter les poids et les balances dans les maisons, boutiques et magasins de tous les marchands et artisans de Paris, ne faisant pas partie des six grands corps d’état. De temps immémorial, le corps de l’épicerie avait été dépositaire de l’étalon royal des poids, avec obligation toutefois de
1 . Statuts et ordonnances pour les marchands apothicaires et épiciers de la ville, faubourgs et banlieue de Paris , 1638.
LFS APOTHICAIRES.
le faire vérifier tous les six ans1. Jusqu’à 1622, les apothicaires allaient seuls faire leur visite chez leurs confrères. A partir de cette année, ils furent obligés, par arrêt du Parlement , d’y aller assistés de deux docteurs en médecine, professeurs en pharmacie2. De là de nombreuses contestations.
Du reste, les obligations et les droits n’étaient pas absolument les mêmes pour les apothicaires et pour les épiciers. Ainsi, tandis que ceux-ci n’étaient tenus qu’à trois ans d’apprentissage, les premiers devaient avoir été apprentis pendant quatre ans, et de plus avoir servi six ans chez les maîtres ; en tout, dix ans de stage avant d’exercer. Par une sorte de compensation à cette inégalité, les épiciers devaient faire chef-d’œuvre devant les gardes épiciers et apothicaires réunis; mais les apothicaires avaient pour privilège de n’avoir pour juges que des membres de leur profession et des médecins3.
Une première épreuve de trois heures était consacrée à des interrogations adressées au candidat par les gardes apothicaires, par neuf maîtres désignés par eux, et deux
1. Félibien, Histoire de la ville de Paris, t. II, p. 927. — Leur devise était : Lances et pondéra servant.