‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 162 sur 223 · Statuts de 16H · texte numérisé non relu

Statuts de 16H

raient quatre semaines : chaque semaine, deux fois, le candidat subissait un nouvel interrogatoire; voici dans quel ordre :

Première semaine . Ostéologie, maladie des os, fractures, luxations, etc.

Deuxième semaine . Anatomie chirurgicale des régions; démonstration et pratique des principales opérations : amputations, taille, trépan, empyème, ponctions, etc.

Troisième semaine . Théorie et pratique de la saignée, des ligatures, des accidents de la saignée, et de tout ce qui s’y rapporte.

Quatrième semaine . Interrogations et examen pratique sur les médicaments.

Venait enfin l’examen général, ou examen de rigueur. Le lieutenant, les prévôts et six maîtres tirés au sort reprenaient à nouveau une interrogation sur toutes les parties de la chirurgie. Là s’arrêtaient les épreuves. On a vu comment l’arrêt du Parlement avait interdit la soutenance des thèses. On allait une dernière fois aux voix en assemblée générale : le candidat reçu était proclamé maître, et l’on dressait l’acte de sa réception. Après quoi, il prêtait serment entre les mains du premier chirurgien, et on lui remettait une expédition en forme de ses lettres de maîtrise. Outre les frais d’examen réglés par des tarifs spéciaux, il avait encore à donner : au premier chirurgien, huit jetons d’argent et deux paires de gants, l’une garnie, et l’autre simple ; à son lieutenant, pareille quantité de jetons d’argent, et

deux paires de gants; au greffier, quatre jetons d’argent et une paire de gants

L’organisation des chirurgiens de province était calquée sur celle de la confrérie de Saint-Côme. Dans chaque ville, le premier chirurgien du roi était représenté par un lieutenant nommé par lui. Il percevait en outre un droit sur chacun des maîtres exerçant la profession, ce qui ne laissait pas de lui constituer un revenu considérable. Le nombre des fonctionnaires dans chaque communauté était naturellement moindre qu’à Paris , et proportionné à l’importance de la ville. Les réceptions ne donnaient le droit d’exercice que pour la ville et la circonscription où elles avaient lieu. Cependant un chirurgien reçu dans une communauté de province pouvait venir se faire agréger à Paris, moyennant

I. J’ai fait le compte approximatif de ce que coûtait la réceplion d’un chirurgien :

Inscription du brevet d’apprentissage 10 livres.

Total des droits d’examen pour le 1er chirurgien ou

son lieutenant 60

Idem pour le greffier 30

Aux quatre prévôts et au receveur, pour l’immatricule, chacun 3 livres, soit 15

Aux mêmes, pour la communication de la requête. 15 Aux mêmes, pour les examens, chacun 26 liv., soit. 1 30 Droits d’examen des maîtres chargés des interroga-

tions 36

Total 296 livres.

( Règlement du lieutenant de police du 14 mars 1670.)

On voit que les frais d’études étaient environ dix fois moindres qu’à la Faculté de médecine.

un seul examen de trois heures appelé légère expérience. C’était le même que subissaient par faveur les garçonschirurgiens ayant six ans de service dans un hôpital. Convaincue d’ailleurs que le grand nombre de ses membres était pour elle un élément de force, la confrérie de Saint-Côme était fort éloignée de l’esprit d’exclusion qui dominait à la Faculté de médecine.

XII. Je ne saurais terminer ce chapitre sans faire mention des apothicaires *. C’est le moins que je doive au souvenir de M. Fleurant ; bien qu’à vrai dire, M. Fleurant, avec son scrupuleux respect pour les ordonnances, avec sa soumission aveugle aux ordres de la Faculté, ne me paraisse pas représenter bien exactement l’esprit et les mœurs de ses confrères. Pas plus que les chirurgiens, les apothicaires n’acceptaient sans résistance ni réclamations la suprématie delà médecine. Eux aussi avaient leurs velléités d’indépendance et d’opposition, et cherchaient parfois à secouer le joug. Il est bon d’apprendre d’un des leurs la haute idée qu’ils se faisaient de leur importance :

« Il est certain que celui qui veut être honoré du nom de vrai pharmacien doit être doué d’une probité de mœurs pareille à celle d’un philosophe, car il tient en

1. Il est assez carieux de remarquer que ce mot apothicaire, qui aujourd'hui rappelle des idées ridicules, était autrefois le terme noble : « Les apothicaires sont aussi appelés pharmaciens et pharmacopoles, de la pharmacie, dont ils font profession. Ce dernier terme ne se dit guère qu'en dérision et en burlesque. » (Dictionnaire du commerce de Savarv des Breslons, I, 679.)

LES APOTHICAIRES

ses mains la maladie et la santé, la vie et la mort des hommes. Mais ce n’est pas tout : car il doit encore être doué de la crainte de Dieu, doit avoir un bon jugement et bien rassis; doit être infatigable au travail ; doit être bon grammairien et quelque peu humaniste; doit vivre sans envie, sans aversion et chicheté; doit avoir médiocrement de moyens; et là où un apothicaire se trouve sans ces vertus, muni de vices contraires, tout va mal ; car l’athéisme le conduit au mépris de son créateur et de son art, la folie le rend plus capable de nuire que de profiter à ses malades. La paresse le porte souvent à faire des qui pro quo , l’ignorance le rend impudent et téméraire, l’envie est capable de le faire attenter contre la vie de ses compagnons; l’avarice fait qu’il n’aime personne, non pas même soi-même, et la pauvreté est suffisante pour le pousser à être empoisonneur, pour s’acquérir des moyens au péril de sa vie, de son honneur et de son âme 1 . »

Yoilà l’apothicaire idéal : en réalité, malgré leur philosophie et leurs humanités, les apothicaires étaient des marchands, et rien de plus; si bien marchands, qu’ils étaient confondus avec les épiciers en une seule et même corporation. Ils formaient avec eux l’un des six grands corps de marchands de Paris (les cinq autres

1. Jean de Renou, Institution pharmaceutique , trad. du latin par L. de Serres, Lyon, 1626. Ce traité était, avec les Dispensaires de Nicolas et de Bauderon, le livre classique des apothicaires; ouvrage remarquable, très-complet, très-méthodique, orné de magnifiques planches, et fort propre à donner une idée de la matière médicale du temps.

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