LE CODEX
de ne tenir aucune mauvaise et vieille drogue dans ma boutique.
« Le Seigneur me bénisse toujours tant que j’observerai ces choses ! »
Il est à peine nécessaire d’ajouter que depuis la publication du Codex de la Faculté, il fut enjoint aux débitants de tenir chez eux toutes les substances qui y étaient inscrites. Afin d’assurer la bonne qualité des médicaments, il existait au cloître Sainte-Opportune un dépôt central, par lequel toutes les marchandises concernant la droguerie, qui entraient dans Paris, devaient passer, avant d’être livrées au commerce. Elles devaient être exactement visitées et vérifiées par les gardes dans les vingt-quatre heures de leur arrivée. Enfin, les difficultés relatives au commerce, qui pouvaient s’élever entre les maîtres, étaient jugées par un tribunal spécial, composé des anciens du métier ayant passé par les charges, et réunis sur la convocation des gardes.
XIII. Voilà, certes, eu égard au temps, une organisation de la pharmacie, qui laissait peu de chose à désirer sous le double rapport de la sécurité publique et de l’honnêteté du commerce. Aussi, à part quelques démêlés entre apothicaires et épiciers, dont je n’ai pas à m’occuper ici, la corporation avait-elle eu une existence assez prospère, jusqu’à la crise terrible qu’elle eut à traverser lors de la querelle de l’antimoine. Cette question , qui, pour les médecins, n’était guère que scientifique, prenait ici un tout autre caractère : elle touchait au vif
LES APOTHICAIRES
les intérêts matériels les plus évidents. Suivant la manière dont elle serait résolue, des existences nombreuses pouvaient se trouver compromises. — On peut demander à un pharmacien la probité, le respect des règlements, à la rigueur même une certaine déférence pour la médecine ; mais il serait par trop injuste d’exiger de lui des sympathies pour un système médical qui se borne à la saignée et à l’eau chaude. Il est aisé de comprendre quelles rumeurs devaient exciter parmi les apothicaires des médecins tels que Guy Patin, qui allaient répétant partout que la médecine la plus simple est la meilleure, que les drogues composées à grands frais ne sont bonnes qu’à ruiner les malades, et quelquefois à les empoisonner. Entre de pareils détracteurs de leur art, et Renaudot qui les comblait de caresses et promettait de leur envoyer des pratiques en foule, les apothicaires ne devaient pas hésiter. Mais en prenant son parti, ils devenaient rebelles, et la Faculté les enveloppait dans ses haines. Une révolte en amène une autre : plusieurs, non contents de cet acte d’indépendance, poussèrent plus loin les choses, et se mirent à donner, eux aussi, des consultations à huis clos. La tentation est si grande, pour qui vend les remèdes, de se mêler aussi de les prescrire! d’autant plus grande, qu’il n’est pas d’abus auquel le public se prête de meilleure grâce, toujours séduit par ces trois grandes raisons, que celui qui débite les médicaments doit mieux les connaître que tout autre; qu’il est plus expéditif d’avoir affaire à un seul qu’à deux ; enfin, et surtout, que la consultation du