GUYBERT, ET LE MÉDECIN CHARITABLE
pharmacien est généralement moins chère que celle du médecin. Les progrès de la civilisation n’avaient pas encore introduit dans les mœurs les spécialités pharmaceutiques, ni cet expédient si commode d’un docteur à gages donnant des consultations gratuites dans l’arrière-boutique. Ajoutons même, à l’honneur de l’ancienne organisation, que ces pratiques y eussent été absolument impossibles.
La guerre une fois déclarée, les médecins durent aviser au meilleur moyen de se défaire de cette concurrence imprévue. Le plus sûr, sans contredit, était d’user de leur influence sur les malades pour les détourner d’avoir recours aux talents de l’apothicaire, et pour cela il s’agissait de leur apprendre à s’en passer. Tel fut le but de la publication du Médecin charitable . Ce petit livre, qui eut dans son temps un fort grand retentissement, a pour véritable titre :
Toutes les Œuvres charitables de Philibert Guybert , Écuyer , docteur régent en la Faculté de médecine de Paris , savoir :
Le Médecin charitable 1 ;
Le Prix et la Valeur des médicaments;
V Apothicaire charitable;
Le Choix des médicaments ;
Le Tra ité du séné ;
La Manière de faire toutes sortes de gelées;
1. La première édition ne contenait que ce traité, et se vendait seulement un ou deux sols.
LES APOTHICAIRES
La Manière de faire diverses confitures ;
La Conservation de la santé;
Le Discours de la peste;
Le Traité de la saignée ;
La Méthode agréable et facile pour se purger doucement et sans aucun dégoût ;
La Manière d’ embaumer les corps morts .
Ce titre est déjà fort habile : les questions médicales y sont agréablement mélangées de recettes domestiques tout à fait appétissantes pour les ménagères; le style est à l’avenant : pas de théories ni de grands mots ; presque pas de latin; l’auteur, ou les auteurs, se sont évidemment proposé de se faire lire par tout le monde. Au premier abord, rien de plus innocent. Cependant il fallait que ce simple petit in-18 fût aux mains de la Faculté, une arme bien terrible, car pendant plus de trente ans, à chaque nouvelle attaque des apothicaires, elle répondit par une réimpression du Médecin charitable, qui atteignit ainsi un nombre d’éditions infiniment supérieur à son mérite. C’est qu’en effet sous ces dehors bénins se cachait une intention perfide. J’ai dit plus haut à quel point incroyable la médecine du moyen âge,, formée à l’école des Arabes, avait multiplié les médicaments, et surchargé la thérapeutique d’une foule de drogues à noms barbares et prétentieux. Le galénisme régnant s’était assez bien accommodé de ce fatras. 11 faut lire les traités du temps pour s’en faire une juste idée ; dans la pratique rien n’était plus com-