LES ETUDIANTS
Le vrai Thomas Diafoirus que je me ligure est un jeune homme de bonne bourgeoisie, ayant une honnête fortune, et n’attendant pas après son métier pour vivre. C’est un garçon rangé, ayant fait de bonnes humanités, sachant peut-être un peu trop de grec et de latin (peutêtre aussi Cléante à sou tour n’en sait-il pas assez) ; mais sachant aussi la médecine, et fort comme un Turc sur les principes; d’ailleurs, point niais ni si empesé qu’on veut bien le dire. Je lui connais pour camarade un certain Noël Falconnet que son père a conlié à M. Guy Patin, et qui lui donne parfois bien de la tablature. Le bonhomme le mène voir des malades pendant la semaine et des processions le dimanche. Mais cela n’empêchait pas le jeune bachelier d'avoir ses distractions particulières sans sortir de la rue Saint-Jacques. Thomas est plus sage. Le travail ne lui fait point oublier le plaisir; mais il s’arrête aux justes limites, et ses plus grandes facéties se bornent à quelques propos licencieux les jours de grande argumentation. Il réussira ; sou chemin est tracé d’avance : avec des appuis, et il en aura par son père, il se poussera rapidement dans la Faculté; il deviendra professeur, peut-être doyeu; il verra des malades, accroîtra son patrimoine, vivra tranquille et honoré,- et élèvera bien sa famille. En faut-il davantage pour être heureux? Somme toute, Thomas Diafoirus n’est point un parti à dédaigner, et l’on pourrait plus mal tomber.
Cependant il y avait alors comme aujourd’hui, en moins grand nombre, il est vrai, des étudiants pauvres.