‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 20 sur 223 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La Profession. — Noblesse des médecins sous l’ancien régime. — Les Visites, la Clientèle. — Consultât ion de l'Amour médecin. — La Faculté personnifiée dans le rôle de Filerin. — Mœurs de la haute bourgeoisie au dix-septième siècle. — Deux classes d’hommes dans la Faculté : les orthodoxes et les hommes du monde. — Guy Patin représentant de l’ancien esprit. Son attachement aux traditions. Son indépendance. Ses opinions en philosophie, en religion, en littérature, en politique. Nature de son opposition. Ses amitiés. — Petite académie chez le premier président Lamoignon. — Gabriel Naudé. Ses relations dans les deux camps. Son scepticisme. Ses ouvrages.

I. Après tous les renouvellements d’idées, de mœurs, d’institutions, qui se sont accomplis en France depuis deux siècles, ce qui, pour les médecins, a le moins changé, c’est encore la profession elle-même. Honora medicwm , propter neeessitatem' , dit l’Écriture. Si la médecine était un mal, ce serait au moins un mal nécessaire. Tant que les Révolutions n’auront pas déraciné le premier des abus qui affligent les hommes, la maladie, il faudra bien se résoudre, quoi qu on en ait, à laisser subsister, voire même à encourager dans l’intérêt général, l’art qui se propose de prévenir le mal autant que possible, et de le guérir là où il existe. Il semble qu’il soit dans les destinées de cet art d’être

i. Ecclésiastique , cliap. xxxvm, v. 1.

LA PROFESSION

toujours un objet de contradiction : exalté outre mesure par les uns, tourné en ridicule par les autres, sauf à être invoqué par tous , au moment du danger. Et comme il faut après tout que chacun vive de son état, avec le médecin il y aura toujours l’attirail non moins nécessaire des visites, des consultations, des ordonnances, des honoraires, le tout modifié plus ou moins selon les lois et les usages, et aussi, comme c’est justice, en raison des services rendus. Il y a là une sorte de position intermédiaire et neutre, qui mêle forcément le praticien à tout ce qui l’entoure, hommes et choses. Introduit à toute heure, et indifféremment, dans les plus riches comme dans les plus humbles demeures, il peut tout voir, tout entendre, et doit se taire sur tout. C’est un témoin, un ami, un confident, jamais un juge. De là son importance; aussi, pour lui, plus que pour aucun autre peut-être, l’estime et la considération ont-elles un caractère tout personnel, et indépendant du rang, de la fortune. Étranger à la politique, il gagne à cette abstention. Il peut hanter les partis les plus opposés, sans que personne songe à s’en offenser, son rôle étant de faire du bien partout. Cela même lui permet de vivre avec les grands sur le pied d’une véritable intimité, qui, sans être l’égalité parfaite, n’est certainement pas la dépendance ; ce qui n’empêche pas, du reste, qu’il ne s’y puisse trouver, comme ailleurs, des courtisans par besoin et par tempérament.

Il en était ainsi au dix-septième siècle, dans une certaine mesure, et l’on en pourrait citer pour exemple

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