NOBLESSE DES MÉDECINS
l’illustre Fagou, lié d’amitié avec les plus hauts personnages de la cour, et leur faisant oublier en sa faveur les préjugés les plus enracinés du rang et de la naissance. Il n’était pas le seul. Cependant, quelque honorables que pussent être des exceptions de ce genre, l’on ne peut s’attendre à trouver ici une classe d’hommes échappant entièrement aux distinctions sociales, dans une époque toute façonnée au respect de la hiérarchie et à l’amour de l’étiquette.
C’est ici le lieu d’examiner brièvement les prétentions à la noblesse, plusieurs fois émises par les médecins, et qui, combattues à diverses époques, et d’ordinaire dans un intérêt purement fiscal, finirent par se formuler, à la fin du siècle, dans un procès célèbre, où ils eurent gain de cause1.
En lisant les actes publics du temps, on rencontre assez souvent cette qualification : Noble un tel , docteur en médecine de la Faculté de***. Ce titre est usuel ; et nous avons déjà vu les doyens faire frapper sur les méraux de la Faculté leurs armes et leurs devises. Or, tous les docteurs sans distinction pouvant devenir doyens, il est permis d’en inférer que tous avaient en effet leur
1. Procès soulenu en 1697 par les médecins et avocats de Lyon contre le traitant do Beauval, chargé de rechercher les faux nobles, dans le but «le leur faire payer amende et de les soumettre à l’impôt. — Ce point d’histoire a été bien élucidé par M. Brouchoud, avocat a la cour impériale de Lyon. (Gaz. médic. de Paris, 1860, p. 275). — Vov. encore, sur le môme sujet, le discours prononcé par M. Pétrequiu à la Société des médecins de Lyon. (Même joui nul, !861 , p. 197.)
F. A PROFESSION
blason. Il est certain de plus que la Faculté de Paris, pour ne parler d’abord que de celle-là, possédait dans son sein un bon nombre de membres appartenant à des familles réellement et authentiquement nobles ; je n’en yeux pour preuve que les noms suivants, que je prends au hasard dans ses registres : De Frades, de Mersenne, de Saint-Yon, de Montigny, de Mauvillain, de Sartes, de Revelois, de Bourges, de Monstrœil, de Farcy, de Jouvancy, etc., d’où l’on peut déjà conclure, je pense, que les nobles qui exerçaient la médecine n’étaient pas censés déroger. Mais nous avons un témoignage plus concluant, et qui, bien que datant de la fin du règne de Louis XIY, est recevable pour les époques antérieures ; c’est celui du très-compétent et très-noble de Larroque *, qui, dans son Traité de la noblesse , consacre un chapitre à cette question : Si les médecins , apothicaires et chirurgiens dérogent. Les arguments qu’il invoque sont assez curieux pour être cités : « Ne sait-on pas, dit-il, que Salomon a possédé la science de la médecine avec tant de perfection, qu’il a écrit trois mille paraboles et cinq mille vers , qui traitaient de la médecine , des herbes, des bêtes, des volatiles, des serpents et des poissons?... Mithridate, roi de Pont, auquel vingt-deux nations de diverses langues obéissaient, a été si grand médecin, que son nom se prend pour un remède souverain. — Si Esculape, qui a trouvé l’invention de la médecine, était le fils d’Apollon et du sang des Dieux,