‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 208 sur 223 · ÉDITIONS APOCRYPHES · texte numérisé non relu

ÉDITIONS APOCRYPHES

— Mais il faut ajouter que ce passage est le seul qui soit tant soit peu favorable à la médecine, et que pour les médecins, lorsqu’ils sont eux-mêmes mis en scène , ils se montrent aussi grossiers, aussi ridicules et, de plus, aussi inconvenants que possible. En vérité, ne faudraitil pas être bien avide de suppositions pour trouver là, sur d’aussi faibles indices, une œuvre inspirée par la Faculté?

J’en conclus que, par sa date et par son contenu, l’édition apocryphe signalée dans la préface de 1694 ne peut guère être autre que celle dont je viens de donner un aperçu, mais que la source et l’intention en sont toutes différentes de ce que l’on suppose. Il est infiniment plus naturel d’admettre que cette version apocryphe est tout simplement l’œuvre de quelque spectateur qui, ayant entre les mains le programme de la pièce, publié dès 1673, s’en sera servi pour la reconstruire de mémoire, et aura montré une fois de plus tout ce que peut la médiocrité pour gâter un sujet traité par un homme de génie. Reconnaissons donc que cette idée d’un Malade imaginaire revu et corrigé par les médecins est une fable imaginée à plaisir; et notons qu’en dernière analyse, ce ne serait toujours là qu’une petite vengeance posthume, qui par conséquent n’aurait eu aucune influence sur Molière dans un sens ou dans l’autre. C’est tout ce qui nous importe.

III. 11 y a plus , c’est que nous savons de source certaine qu’il fut en relations suivies et même en

DU MALADE IMAGINAIRE

commerce d’amitié avec plusieurs médecins de son temps.

Je ne voudrais pas leur faire l’injure de classer dans ce nombre ces charlatans renommés, ces glorieux opérateurs du dix-septième siècle qui furent les premiers maîtres de Molière et pendant longtemps ses seuls modèles. Il faut pourtant que je les mette quelque part. C’est un détail très-connu, et peut-être trop exploité, de la vie de notre grand comique, qu’une sorte d’instinct l’attira de bonne heure vers la fréquentation de ces théâtres ambulants , où se débitaient les grosses facéties des Tabarin, des Gautier-Garguille, des Turlupin. Une tradition assez vraisemblable veut même qu’il ait pris des leçons du célèbre farceur Scaramouche. Or la plupart de ces acteurs de tréteaux étaient en même temps des vendeurs de secrets, débitant leurs emplâtres et leurs pommades à grand renfort de lazzi et de grimaces. Leurs joyeuses parades n’avaient pas pour but unique de divertir les amis du gros rire, elles servaient surtout à attirer la foule et à faciliter la vente de leurs drogues merveilleuses. L’histoire a conservé les noms de l’italien Hieronymo Ferranti, natif d’Orviète, rendu populaire par sa fameuse composition de Y orviétan, et surtout de l’illustre Barry, « le plus grand personnage du monde, un virtuose, un phénix pour sa profession, le parangon de la médecine, le successeur d’Hippocrate en ligne directe, le scrutateur de la nature, le vainqueur des malauies , et le fléau de toutes les Facultés; médecin méthodique, galénique, hippocratique,

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