AMITIÉS DE MOLIÈRE
pathologique, chimique, spagirique, empirique1. » Il n’existait pas encore de distinction bien tranchée entre ces héros de foires et les comédiens proprement dits; car Molière est précisément le premier qui ait un peu relevé la profession théâtrale. Tous ces gens-là avaient dans leurs répertoires, à côté des Jodelet et des Jocrisse, des rôles de docteurs grotesques, sur les épaules desquels pleuvaient les coups de bâton. Peut-être y a-t-il là la trace d’une jalousie de métier ; c’était une manière comme une autre de faire concurrence à la Faculté. Tels sont vraisemblablement les ancêtres et prédécesseurs immédiats de Sganarelle et de Pancrace. Molière n’a pas absolument créé ces types. Il les a trouvés tout existants dans les habitudes théâtrales de son époque ; il n’a fait que les habiller décemment et les empreindre de son génie.
Mais j’ai hâte d’arriver aux médecins sérieux, aux véritables docteurs, dont Molière n’a pas craint de faire ses amis. J’ai déjà eu occasion de nommer Bernier, plus connu aujourd’hui par les voyages lointains dont il nous a laissé le récit. Il avait été reçu docteur à Montpellier. Ancien camarade d’études de Molière et de Chapelle, il leur resta toujours uni par une étroite amitié. Après douze ans de séjour aux Indes, revenu à Paris, il partagea sa vie entre la philosophie et les sciences. C’est à lui que Gassendi avait laissé le soin de mettre en ordre ses écrits ; il s’acquitta de cette tâche avec un re-