PARMI LES MÉDECINS
ligieux respect pour la mémoire de son maître, et essaya de populariser ses doctrines dans un Abrégé écrit avec beaucoup de clarté et d’élégance. Il était encore un de ces médecins, comme Gabriel Naudé, appartenant à la profession plus de nom que de fait , peu soucieux de la clientèle, partant exempt de bien des préjugés et des rancunes ; homme charmant d’ailleurs, au dire de tous ses contemporains, d’un esprit aussi intarissable que son savoir, et surnommé par Saint-Évremont le joli philosophe. C’est aussi, je pense, comme philosophe bien plus que comme médecin, qu’il a pu exercer sur l’esprit de Molière une certaine influence, dont j’ai cherché plus haut à déterminer la nature et l’étendue. Cette influence n’était pourtant pas sans contre-poids, car nous trouvons encore dans l’entourage habituel de Molière un certain Nicolas Liénard 1 , jeune alors, et qui devint doyen en 1680; cartésien forcené, qui prétendait faire rentrer la médecine entière dans les principes physiques de Descartes ; nous savons, du reste, trop peu de chose sur son compte pour pouvoir en tirer quelque conjecture.
IV. Mais le plus connu de ces médecins, celui qui doit à son amitié avec Molière une célébrité qu’il n’aurait jamais conquise par lui-même, et à qui l’opinion publique prêtait, du vivant même de notre auteur, une
1. « Molière avait pour amis particuliers MM. Liénard et Mauvillain, docteurs de la Faculté, qui lui fournirent autrefois la plupart des traits qu’il a lancés, non contre la médecine, mais contre quelques médecins. » [Lettre de M *** à un ami de province, 1736. Tiré de la bibl. Falconnet.)
MAUVILLAIN.
active collaboration à ses pièces médicales, c’est le docteur Mauvillain. On sait que c’est en faveur de son fils que fut écrit, par Molière, le placet suivant, qui se trouve en tête du Tartufe .
« Sire,
« Un fort honnête médecin dont j’ai l’honneur d’être le malade, me promet et veut s’obliger, par-devant notaire, de me faire vivre encore trente années, si je puis lui obtenir une grâce de Votre Majesté. Je lui ai dit, sur sa promesse, que je ne lui demandais pas tant, et que je serais satisfait de lui, pourvu qu’il s’obligeât de ne me point tuer. Cette grâce, Sire, est un canonicat de votre chapelle royale de Vincennes, vacant par la mort de...
« Oserai-je demander cette grâce à Votre Majesté, le propre jour de la grande résurrection de Tartufe, ressuscité par vos bontés? Je suis, par cette première faveur, réconcilié avec les dévots, et je le serais, par cette seconde, avec les médecins. C’est, pour moi, sans doute, trop de grâces à la fois ; mais peut-être n’est-ce pas trop pour Votre Majesté ; et j’attends avec un peu d’espérance respectueuse la réponse de mon placet. »
Le canonicat fut, en effet, obtenu. N'est-il pas singulier que nous ne possédions de Molière qu’une seule lettre par laquelle il sollicite pour un autre les faveurs royales, et que ce soit justement pour un médecin? Le ton badin de ce placet prouve assez qu’il n’avait pas grand besoin de cette réconciliation avec les médecins, qu’il