Yoy. plus haut, p
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haut quelques passages, porte la date du 28 juin 1648. Il est suivi des éloges des candidats qui devaient, ce même jour , recevoir la licence. Parmi ces éloges, se trouve celui de Jean-Armand de Mauvillain, en qui l’orateur salue le favori du cardinal de Richelieu, ce qui est déjà une qualité :
Principibus placuisse viris non ullima laus est.
Ce morceau d’éloquence académique a pour nous beaucoup d’intérêt : il n’a pas la banalité des autres ; le portrait qu’il nous donne du récipiendiaire présente sur son caractère des particularités piquantes, et nous le montre comme un homme à la mode : « Telle a été, dès son enfance, rattention donnée à son éducation, tel est le soin qu’il a toujours eu de sa personne, que, loin d’avoir dans son extérieur rien d’austère ni de repoussant, c’est par la candeur charmante de son caractère, c’est par une exquise politesse, par l’élégance de ses manières, qu’il a toujours cherché à se concilier les sympathies des honnêtes gens. Mauvillain est si bien élevé, si agréable, si séduisant, que non-seulement les Grâces semblent habiter en lui ; on dirait encore qu’il a été formé par leurs mains. Et cependant, en le voyant si attentif au soin de sa toilette et de sa chevelure, ne croyez pas qu’il se permette autre chose que des plaisirs honnêtes. Pour rien au monde il ne laisserait la mollesse porter atteinte à la vigueur de sa vertu. Jules César aimait à se vanter d’avoir des soldats qui, bien que peignés et parfumés, n’en étaient pas moins braves au combat.
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Ajoutez que Mauvillain résout avec une facilité merveilleuse les questions qui lui sont proposées ; et tels sont les charmes de son élocution, qu’en vérité ce n’est pas aux oreilles de ses auditeurs que s’adresse son éloquence : elle va droit à leur cœur. »
Yoilà, certes, un portrait qui n’a rien que de fort attrayant, et il y a loin du Thomas Diafoirus que nous connaissons à ce jeune étudiant si élégant et si bien paré. J’imagine qu’il y a aussi quelque allusion au caractère connu et à l’humeur enjouée de .ce favori des Grâces, dans le singulier sujet qu’on lui donna à traiter l’année suivante pour son discours de vesperie : An rider e sa pientis? — ignari? Évidemment, il dut démontrer, aux applaudissements de l’assemblée, que la gaieté était un attribut de la sagesse.
Dans ce même discours de paranymphe* Robert Patin nous apprend que Mauvillain avait fait une partie de ses études médicales à Montpellier : « Mais ce n’était pas , ajoute l’orateur, dans cette idée absurde qui y amène tant de gens, que pour avoir dormi quelques nuits à Montpellier, un beau jour on s’y réveille médecin ; non , c’était pour se convaincre et pour pouvoir raconter à tous que, quels que soient les avantages que l’on rencontre à Montpellier, on les trouve au centuple à Paris; que les richesses si vantées de cette Faculté ne sont que pauvreté si on les compare aux nôtres. » Yoilà ce qui pouvait se dire chez le chancelier de l’Université parisienne, en présence des docteurs assemblés. En réalité, ce séjour de Mauvillain à Montpellier ne nous
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est pas indifférent, et va nous expliquer bien des détails de sa conduite future.
Nous venons d’entendre le fils de Guy Patin. Écoutons maintenant le père. Il raconte, dans une de ses lettres, qu’en 1647 un marchand d’orviétan s’était adressé au doyen Jacques Perreau, à l’effet d’obtenir de la Faculté l’approbation de son opiat. Repoussé de ce côté, notre homme s’aboucha avec De Gorris , et obtint par son entremise des certificats favorables d’une douzaine d’ affamés d’argent, parmi lesquels se trouvaient Guénaut, DesFougerais et Mauvillain. Cette signature, donnée par des médecins en faveur d’une drogue exploitée par un charlatan sur le Pont-Neuf, était un fait bien grave. Ce dernier ayant renouvelé ses instances, le nouveau doyen Piètre le caressa habilement dans ses espérances, et fit si bien qu’il se fit remettre par lui l’approbation susdite; puis, dès qu’il eut entre les mains cette pièce de conviction, il dénonça les douze traîtres à la compagnie. Ils furent contraints d’avouer leur faute, et par décret solennel furent chassés de la Faculté. — Cette aventure n’est certainement pas à l’honneur de Mauvillain. Ce qu’on peut dire de mieux pour l’excuser, c’est qu’à cette époque, ainsi que je l’ai démontré, il n’était encore que bachelier ; et qui sait? c’était le moment où les passions étaient le plus excitées au sujet de Renaudot et de l’antimoine. Les noms auxquels le sien se trouve associé montrent assez de quel côté il s’était rangé dès lors. Peut-être vit-il dans ce marchand d’orviétan un chimiste persécuté. Quoi qu’il
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en soit, les douze coupables une fois exclus virent leur avenir compromis, et jugèrent prudent de s’humilier. Après avoir demandé publiquement pardon, ils furent réintégrés. Mais, dit Guy Patin, « la tache leur en est restée. »
Y. Pendant les années qui suivent, nous retrouvons Mauvillain parmi les chefs les plus actifs et les plus remuants du parti antimonial. Plusieurs des sonnets qui se trouvent en tête de la Stimmimachie du P. Carneau lui sont dédiés. Cette attitude lui valut plus d’une altercation avec les demeurants de la saignée et des vieux principes. Dans ce nombre était, on s’en souvient, l’inflexible Blondel. La polémique entre Mauvillain et ce docteur de la vieille roche, ne tarda pas à atteindre les proportions d’une inimitié personnelle des plus violentes. Aussi lorsqu’en 1658, comme par une dernière faveur de la fortune qui allait bientôt lé trahir, Blondel fut appelé au décanat par une imposante majorité, Mauvillain se signala par des protestations bruyantes dont l’inconvenance lui est fort aigrement reprochée dans le procès-verbal de l’élection. Mais ce n’était là que le prélude de démêlés bien autrement graves avec le nouveau doyen. Dès les premières pages du volumineux Commentaire rédigé par Blondel, nous trouvons un chapitre portant ce titre significatif : Historia facinoris Mauvillani et consortium ; histoire de l’attentat de Mauvillain et consorts.
C’était à une thèse quodlibétaire ; une nombreuse as-
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semblée se pressait sur les bancs de l’École pour assister à l’argumentation. Un des docteurs désignés pour disputer avec le candidat se présenta, selon l’usage, en robe et en bonnet; mais, appelé ce jour-là par une affaire pressante, il s’excusa auprès du doyen, offrit de se faire remplacer par un confrère, reçut les émoluments qui lui revenaient pour la séance, et sortit. Sans attendre qu’on l’y invite, Mauvillain se présente pour argumenter, et va s’asseoir au banc réservé pour cet usage. Le doyen lui adresse ses observations ; il n’en tient aucun compte. Il reste pendant deux heures à la place qu’il s’est choisie. Puis il se présente à son tour pour toucher ses émoluments. Blondel les lui refuse; Mauvillain insiste , il se moque de la parcimonie du doyen. Celui-ci s’irrite, la dispute s’échauffe, des réclamations on passe aux menaces, des menaces aux injures, puis, au milieu du tumulte qui s’ensuit, tout d’un coup Mauvillain saisit le bonnet que le doyen portait sur la tête, et sort en l’emportant. — Ceci, bien entendu, est le récit de Blondel. Mauvillain racontait les choses autrement. Il prétendait que son tour d’argumenter était venu, qu’en conséquence sa réclamation était légitime, et qu’en lui refusant ses émoluments, le chef de la compagnie avait manqué à tous ses devoirs. Quanta l’histoire du bonnet, voici, disait-il, ce qui s’était passé : en gesticulant avec véhémence, le doyen l’avait laissé tomber de dessus sa tête ; lui, Mauvillain, s’était baissé pour le ramasser, par pure civilité ; mais, Blondel ayant pris ce mouvement pour une voie de fait,
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il n’avait pas voulu continuer une contestation qui prenait cette tournure, et s’était retiré, emportant par hasard le bonnet qu’il tenait à la main. Quoi qu’il en soit, peu nous importe : ce qui est certain , c’est que Mauvillain se colleta, ou peu s’en faut, avec son doyen, et cela en pleine séance publique. Lui sorti, deux des docteurs présents s’interposèrent pour expliquer sa conduite et prendre sa défense. Le doyen leur imposa silence, ils refusèrent de se taire, et l’assemblée se sépara au milieu d’un désordre inexprimable. Cet acte de rébellion ne pouvait passer impuni. Mauvillain fut condamné à quatre ans de suspension de tous ses droits, et ses deux défenseurs intempestifs chacun à deux ans. Mais il ne se tint pas pour battu. Il en appela au Parlement de la sentence du doyen. De là un long procès.
Yoilà certes les faits et gestes d’un docteur fort peu soucieux de la hiérarchie ; il ne faudrait pourtant pas s’en rapporter absolument aux comptes rendus de Blondel, trop intéressé dans la question pour être impartial. Mauvillain avait de nombreux amis dans la Faculté. Il y exerça avec talent les fonctions de professeur de botanique, et plus tard collabora avec Fagon à la rédaction de Y Hor tus regius. Les thèses soutenues sous sa présidence, et dues à son inspiration, ont la plupart un double caractère. Ou bien il s’agit des louanges de la chimie, et là nous retrouvons l’ancien élève de Montpellier, tout dévoué à la polypharmacie, vantant les vertus singulières de la corne de rhinocéros, du saphir, de l’émeraude, du bézoard, de l’antimoine surtout, et raillant
SA PARTICIPATION A LA GUERRE DE L’ANTIMOINE. 433 vigoureusement les partisans attardés du séné et du sirop de roses pâles; ou bien c’est quelque sujet facétieux comme celui-ci : An pallidis virginum coloribus Venus? prêtant à toute espèce d’équivoques et de plaisanteries gauloises, dites en beau latin. J’ai déjà fait remarquer que ces sortes de sujets étaient assez de mise à la Faculté. Peu de jours auparavant il s’y était soutenu une thèse analogue, que l’auteur terminait par une prosopopée à Vénus, la plus puissante et la plus douce des divinités, la seule à qui Bacchus dût céder le pas. — Tout cela semble nous révéler un homme d’humeur fort indépendante, fort joviale, fort irascible, naturellement porté à l’opposition, et pouvant à l’occasion devenir un chef de parti.
C’est ce qui arriva. Dans la réaction contre les hommes et les choses du passé, qui suivit la victoire définitive de l’antimoine, Mauvillain, l’ancien proscrit, l’homme qui avait donné le plus de gages à la révolution, se trouva désigné pour le décanat. Il fut élu en 1666. Quelle satisfaction pour un docteur chassé deux fois pour insurrection, de rentrer le front haut, et de porter au' cou les clefs et le sceau de la Faculté î En marge du décret de 1658, qui porte son expulsion temporaire, on lit ces mots qui sont d’une autre écriture que le décret lui-même, et que l’on reconnaît pour être de la propre main de Mauvillain : « Qui magister de Mauvillain post sex annos decanus fuit renuntiatus. » Tous ses rêves d’ambition, tous ses désirs de vengeance étaient réalisés.
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La même scène, les mêmes protestations qui s’étaient produites lors de l’élection de Blondel, se renouvelèrent à la sienne. Mais les rôles étaient changés. Il en fait luimême la narration : « Les trois électeurs désignés par le sort étaient De Beaurains, Hardouin de Saint-Jacques l’ancien doyen, l’intrépide défenseur du Codex parisien et de l’antimoine, et Des Fougerais, dont le nom est connu de la ville et de l’univers. Le nouveau doyen fut proclamé au milieu de l’assentiment et de la joie universelle, qui était d’autant plus grande, qu’aucun docteur du petit banc n’avait été désigné par les électeurs ci-dessus nommés pour aucune autre dignité. Mais bientôt on entendit protester avec fracas maître Blondel, le plus contentieux des mortels, perturbateur juré de la république médicale, perpétuel détracteur des honnêtes gens, infatigable et entêté dans son opposition à toutes les décisions de la compagnie, et qui n’a jamais épargné ni les plus éminents praticiens, ni ceuxlà même qui ont le mieux mérité du roi et de la famille royale. Le résultat du scrutin l’avait foudroyé (et je n’en suis pas surpris). Il sortit comme un furieux, ne pouvant supporter l’idée de voir parvenu à la plus éminente dignité de l’École l’homme que dans les précédents Commentaires il avait poursuivi, avec autant d’injustice que d’acharnement, de sa rage venimeuse. Mais la présente élection indique assez combien ses calomnies étaient téméraires, et dictées par une perversité jalouse. »
Cette diatribe sous forme de procès-verbal est le ré-