LA FACULTÉ PERSONNIFIÉE DANS FILKRIN
de Filerin. Sa harangue n’est pas longue, et la gaieté de la situation fait passer sur les monstruosités qu’elle renferme. Prise au sérieux, elle serait odieuse. « Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il grêle, ceux qui sont morts sont morts, et j’ai de quoi me passer des vivants... Puisque le ciel nous fait la grâce que , depuis tant de siècles, on demeure infatué de nous, ne désabusons point les hommes avec nos cabales extravagantes, et profitons de leurs sottises le plus doucement que nous pourrons... Le plus grand faible des hommes, c’est l’amour qu’ils ont pour la vie, et nous en profitons, nous autres, par notre pompeux galimatias, et savons prendre nos avantages de cette vénération que la peur de mourir leur donne pour notre métier1. » Ici on voit un peu trop que c’est Molière qui parle, plutôt que que M. Filerin. Non-seulement les gens de la Faculté n’eussent jamais, même en petit comité, dit de pareilles choses (cela va de soi), mais j’ose affirmer que rien n’était plus éloigné de leur pensée. Si l’on peut leur reprocher quelque chose, c’est bien d’être médecins de la tête aux pieds , comme le dit ailleurs Molière ; de n’avoir ni doutes, ni scrupules, et de croire aux règles d’Hippocrate comme à des textes d’Évangile. Tels qu’ils sont, ils ont bien assez de travers, pour qu’on n’y ajoute pas gratuitement une hypocrisie , qui serait ici bien voisine de la friponnerie. Ils sont sincères, et c’est encore ce qu’il y a de mieux à dire pour leur justification.
i. L’ Amour médecin , acte III, sc. 1.