‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 27 sur 223 · DE L’A.MOUR MEDECIN · texte numérisé non relu

DE L’A.MOUR MEDECIN

leurs sont à peu près unanimes à voir, dans ce personnage de M. Filerin, un rôle allégorique , une sorte de personnification de la Faculté. Cette opinion me paraît fondée : mais j’ai peine à admettre l’étymologie qu’on a donnée au mot. Filerin viendrait du grecç(Xoç yE psêsç, ami de l'Erèbe, ami de la mort . La traduction est bien forcée. S’il fallait absolument trouver une étymologie, j’aimerais beaucoup mieux <ptXoç 2piç, ami des procès. Si jamais, en effet, corporation fut chicanière et processive, c’est bien la Faculté, qui ne passait guère d’année sans avoir quelque affaire pendante au Parlement. N’est-il pas infiniment plus comique de la voir, cette Faculté si querelleuse et si guerroyante, prêcher la concorde aux siens, afin de pouvoir en toute liberté s’attaquer aux autres? Et, par le fait, M. Filerin parvient sans trop de peine à arranger l’affaire. « J’y consens, dit M. Desfonandrès, qu’il me passe mon émétique pour le malade dont il s’agit, et je lui passerai tout ce qu’il voudra pour le premier malade dont il sera question. » On n’est pas plus accommodant. Les querelles intérieures de la Faculté n’étaient pas toujours si faciles à apaiser : mais il est très-certain que lorsqu’il s’agissait de faire face à l’ennemi commun, toutes les animosités particulières disparaissaient pour un moment, et que le plus intrépide partisan de la saignée eût volontiers avalé lui-même de l’émétique, plutôt que de pactiser avec un médecin du dehors, jusqu’à entrer en consultation avec lui.

J’ai pourtant une réserve à faire, à propos de ce rôle

Page 1