‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 4 sur 223 · CÔTE RELIGIEUX DE CETTE INSTITUTION · texte numérisé non relu

CÔTE RELIGIEUX DE CETTE INSTITUTION

année, tous les membres étaient tenus d’assister, le jour de saint Luc, à une messe solennelle, qui, au commencement du dix-septième siècle, était encore chantée par des docteurs de la Faculté. Après. la messe, le grand bedeau donnait, à haute voix, lecture des statuts. On devait également, et sous peine d’amende, assister à un service solennel pour tous les docteurs trépassés, à un autre pour les bienfaiteurs de la Faculté, à l’enterrement de chaque membre, etc., etc.

Dans un temps où n’existait encore aucune de ces grandes institutions d’utilité publique qui sont la gloire de nos sociétés modernes, la Faculté y suppléait de son mieux , et composait une sorte de comité consultatif auquel les pouvoirs publics avaient fréquemment recours. Elle remplissait auprès deux le rôle aujourd'hui dévolu à l’Académie de médecine et aux Conseils d’hygiène et de salubrité. Toutes les grandes mesures de police médicale passaient par ses mains : surveillance et inspection du commerce de la pharmacie ; consultations sur les grandes épidémies sévissant à Paris ou dans le reste du royaume ; sur les mesures générales d’assainissement; sur la répartition des eaux dans la ville; sur le choix de l’emplacement des cimetières ; sur le service des quarantaines; sur l’exercice de certaines industries, surtout de celles qui ont trait à l’alimentation publique; sur les falsifications des denrées et les moyens de les reconnaître et de les prévenir. Enfin, elle constituait la seule autorité compétente en matière de médecine légale. Convenons que, si elle cherchait à se donner de

l’ancienne faculté.

l’importance, tout le monde était un peu son complice, et l’État tout le premier.

Franchissons maintenant le seuil de l’auguste assemblée, et voyons-la fonctionner.

IV. Commençons par le doyen : à tout seigneur tout honneur. C’est à la fois le plus haut dignitaire et le premier champion de la Faculté, le gardien de la discipline et des statuts. Vindex disciplina; et custos legnm. Revêtu d’une charge considérée comme la plus grande récompense et le suprême honneur de toute une vie de travail, il porte suspendues à son cou, comme emblème de son autorité, les clefs du sceau de l’Académie et de la Faculté \ Il répond sur son propre patrimoine de la bonne administration des biens de la compagnie. Il a la part double dans toutes les distributions. C’ést lui qui convoque les assemblées, qui recueille les voix, et qui est chargé de conclure. Sans son consentement, on ne peut s’assembler que sur un arrêt de la cour. Il a voix à l’élection du recteur. Il forme avec lui, avec les autres doyens, et les procureurs des Quatre-Nations, un tribunal dont la juridiction s’étend à toutes les affaires scolastiques. Veiller à la discipline de l’école et à la prospérité des études; maintenir la bonne harmonie

1. Le doyen avait même le droit de battre monnaie. Les mérauxt ou jetons de présence, distribués aux docteurs pour leur assistance aux actes publics, portaient l’empreinte de ses armes. Guy Patin, le premier, y fit frapper sa propre effigie. — Ces méraux sont devenus aujourd’hui excessivement rares. Il en existe une belle collection à la Bibliothèque impériale.

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