‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 49 sur 223 · GA BRI KL NAUDE · texte numérisé non relu

GA BRI KL NAUDE

en présence d’un adversaire qui attaque tout, il défend tout sans exception. Reproche-t-on au cardinal sa basse extraction ? Mascurat dépense des trésors d’érudition à prouver que la noblesse de son protecteur se perd dans la nuit des temps, et qu’en conséquence ses trois nièces ne sont pas de si mauvais partis qu’on veut bien le dire. L’attaque-t-on sur sa lâcheté ? Mascurat en fait un foudre de guerre. Lui demande-t-on compte de ses richesses si rapidement acquises ? Mascurat nie ces richesses , il s’extasie sur le désintéressement de son héros, il s’apitoie sur sa pauvreté; et, dans un mouvement pathétique, il le compare à Job sur son fumier ! si bien que Saint- Ange l’interrompt avec raison : « Tu en dis beaucoup pour n’être pas mouchard du bonnet rouge ; si tu prêchais de la sorte au milieu de la grève, on ne tarderait guère à te faire entrer l’eau de la Seiné dans tes souliers par le collet de ta chemise. » Bref, cet infortuné cardinal est partout posé en victime; sa conduite est tout édifiante; il n’a d’autre souci que le bien public ; il y sacrifie son repos et sa santé ; sa qualité d’étranger le met au-dessus des querelles de partis, qu’il juge avec impartialité ; et enfin, s’il reste au pouvoir, c’est bien contre son gré, et pour rendre service aux ingrats qui le persécutent.

Tel est le plaidoyer de Mascurat, ou plutôt de Naudé, car c’est bien lui que l’on vient d’entendre. Sa conclusion est, comme toujours, que tout est bien, venant du pouvoir, et que le rôle du public doit se borner à admirer. Pour publiciste (car il en a toute la complexion), il est

SES OUVRAGES

fort sévère à l’égard des productions de la presse, et il n’en voudrait pas : « Elle fait les peuples trop savants tant en leurs propres affaires qu’en celles de leurs voisins...; et pour moi, il ne me semble pas à propos que la menue populace sache tant de nouvelles. A quoi bon l’informer ponctuellement des révoltes de Naples, des séditions de Turquie, etc.? »

Il n’est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes,

Que te peuple étudie, et sache tant de choses.

Voilà le libéralisme de Gabriel Naudé. En s’arrogeant le droit de tout discuter et de tout nier, il le retire volontiers aux autres, parce qu’il sent bien qu’avec la libre discussion, tout serait bientôt mis en question, et qu’il a besoin de la tranquillité publique pour se livrer en paix à ces jeux de l’esprit. Ce qui l’absout, c’est de s’en être tenu à la théorie, de n’avoir jamais trempé dans aucune des intrigues qu’il approuve si lestement, d’avoir vécu pour la science à laquelle il a rendu, comme philologue, d’incomparables services, et enfin d’être mort pauvre, après avoir eu vingt fois l’occasion de faire fortune.

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