Fontenelle, Éloge de Fngon
2. Cette charge de médecin ordinaire perpétuel était purement honorifique. Elle avait été créée par Henri IV pour le célèbre Du Laurens.
3. Cette somme valait alors environ 200,000 francs de notre ' époque.
Le premier médecin de Louis XIII, Ch. Bouvard, vivait encore. Il ne mourut qu’en 1658. C’était un des médecins les plus fanatiques de son art. On raconte qu’il infligea en une seule année au roi son maître deux cent quinze médecines, deux cent douze lavements et quarante-sept saignées. Dans ses moments perdus, il cultivait les Muses à sa manière. On a de lui un poëme tout médical et anatomique : Description de la maladie , de la mort et de la vie (sic) de madame la duchesse de Mercœur. Jamais peutêtre on n’avait eu l’idée bouffonne de mettre une autopsie en vers. Le style est à la hauteur du sujet :
Après que de son corps son âme fut sortie, t
Et que sa chaleur fut tout entière amortie,
Monsieur se résolut, avant que l’inhumer,
De faire ouvrir son corps et la faire embaumer ;
Et, nous ciyant enjoint d’en faire l’ouverture,
La vérité parut de notre conjecture...
Les cotés du thorax, au dedans retirés,
choses, lui fît commencer un journal de sa santé, qui fut continué plus tard par ses successeurs. Le Journal de la santé du Roi est un fort beau manuscrit in-folio, recouvert d’une magnifique reliure fleurdelisée1. Il est entièrement écrit de la main de Yalot, de Daquin et de Fagon. Tout ce qui concerne le tempérament ou les maladies du roi y est scrupuleusement relaté, année par année, depuis 16o2. Le journal s’arrête subitement, on ne sait pourquoi, en 1711, quatre ans par conséquent avant la mort de Louis XIY. Peut-être tout l’art du rédacteur devenait-il impuissant à cacher au roi, sous les fleurs de la flatterie, la triste et vulgaire nécessité de mourir, comme les autres hommes.
Je laisse aux amis du paradoxe le soin de chercher, 1 dans le rapprochement des dates, l’explication des grands événements du règne par les petits mystères de la garderobe; de rendre compte de tel ou tel traité conclu, par
Retenaient les poumons un petit trop serrés.
On ne trouva partie au bas ventre offensée ;
Il n'y eut que les reins qui, selon leur office Ne pouvant tirer l’eau, manquaient à leur service;
En boue étant changés les mamelons charnus,
Et les bassins remplis de gros cailloux cornus, etc.
( Notice et extrait raisonné d'un livre de médecine , etc., par P. Sue, 1803.)
1 . Depuis que ce travail est terminé, le Journal de la santé du Roi, que j’avais vu en manuscrit dans la collection de la Bibliothèque impériale, a été publié par M. Le Roi, bibliothécaire à Versailles, pour faire suite au journal du marquis de Dangeau. (Chez Duraud, 1862.)