‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 67 sur 223 · LE JOURNAL DE LA SANTÉ DU ROI. H · texte numérisé non relu

LE JOURNAL DE LA SANTÉ DU ROI. H

une indigestion du prince, de tel édit, par une médecine qu’il a prise la veille. C’est l’inconvénient du pouvoir absolu d’exposer à ce genre de commentaires : la volonté d’un seul expliquant tout alors, parce qu’elle a tout décidé, chacun l’analyse à sa manière, et l’histoire, qui a, elle aussi, ses indiscrétions, s’en vient, à deux siècles de distance, chercher des révélations et des solutions dans les plus intimes secrets de la vie privée du souverain. Ce système trop commode n’a pas seulement l’inconvénient d’étre peu conforme à la dignité des études historiques ; il a, de plus, celui d’être tout aussi faux que les vues trop générales, en émiettant, pour ainsi dire, la vérité, dont il ne reste plus que des lambeaux sans couleur et sans vie. Qui donc résisterait à une pareille analyse? 11 n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre, a-t-on dit quelquefois; à plus forte raison pour son apothicaire; car il en est ainsi : ce Journal de la santé du Roi nous montre de lui tout ce que voit l’apothicaire , et m.ême au delà. C’est un spectacle à la fois curieux et triste que de voir ce pauvre grand roi saigné, purgé, drogué à outrance, et souvent malgré lui, obligé de mettre tout un monde dans le secret de ses infirmités. Ainsi le veut l’étiquette. Il ne peut se purger sans que toute la cour le sache à l’instant ; et comme on le purgeait non-seulement pour le présent, mais encore pour la maladie à venir, il en résulte que ces jours de purgation solennelle revenaient à tout moment. Çe fier monarque, d’un abord si difficile, était d’une docilité extrême à l’endroit de son mé-

decin, et s’il aimait à rire aux comédies de Molière, c’était sans doute un peu comme un écolier émancipé; j’imagine qu’il dut faire un triste retour sur luimême, en entendant le grotesque panégyriste de la Faculté s’écrier avec emphase :

Noslris ordonnanciis Principes et reges soumissos videtis !

Il est des cas cependant, où il gagne à être vu dans ce déshabillé. C’est lorsqu’il s’agit de l’intérêt de sa gloire. L’instinct de la grandeur ne l’abandonne jamais. S’agit-il de paraître à la tête des troupes, et de mener vivement une expédition? il méprise alors sa santé et sa vie. 11 laisse là les prescriptions et les drogues, et se livre corps et âme à toutes les fatigues du moment. Son médecin gémit alors de se voir inutile, et s’efforce en vain de protester. Mais il attend son maître à la fin de la campagne, et lui fait regagner le temps perdu.

Y. Yalot commence son journal par la relation de la petite vérole du roi en 1647. Comme, à cette époque, il n’était pas encore premier médecin, il ne parle de luimême qu’à la troisième personne ; mais on pense bien qu’il n’en dit pas de mal. Il rappelle modestement qu’en cette importante occasion M. Yautier appela en consultation le sieur Yalot, médecin des pins fameux et des plus employés. Le sieur Guériaut s’y trouvait aussi, et plusieurs autres. Il y eut des consultations fort orageuses. Une saignée conseillée par le sieur Yalot donna lieu à de vives récriminations, ce qui n’empêcha pas le premier

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