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LES THÈSES

cinquième, on réfutait les objections, et on tirait la conclusion des prémisses. — On voit que la Faculté était encore au dix-septième siècle, quant à la forme du moins, dans les traditions les plus pures de la scolastique.

L’argumentation était d’une durée effrayante. Pour les thèses quodlibétaircs, on disputait de six heures du matin à midi. La présidence appartenait à tous les docteurs-régents à lour de rôle, en commençant par le plus jeune. Elle était de rigueur. Un docteur qui n’aurait pas présidé à son tour aurait encouru la radiation. Le feu était ouvert , par les bacheliers présents : de six heures à huit heures, chacun d’eux présentait au candidat un argument que celui-ci devait réfuter de son mieux. Après ces escarmouches préliminaires, la bataille s’engageait, plus vive et plus générale. Neuf docteurs désignés ad hoc, trois du grand banc et six du petit banc, descendaient successivement sur le terrain, et poussaient l’argumentation avec une nouvelle vigueur. Cela durait trois heures. Enfin, la séance se terminait par un assaut général : de onze heures à midi, tous les assistants avaient le droit d’intervenir, et d’accabler sous une grêle de questions et d’arguments le récipiendaire, seul contre tant d’ennemis à la fois.

Aux thèses cardinales, c’était pis encore. On disputait de cinq heures du matin à midi , et chaque bachelier était tenu de proposer deux arguments au répondant. Ce devait être une chose terrible que ces énormes séances. Quelle situation que celle de ce pauvre bachelier, obligé, de par les statuts, d’avoir pendant sept

l’ancienne faculté..

grandes heures plus d’esprit, de littérature, d’érudition, que toute la Faculté ensemble ; de répondre, sans désemparer, aux plus subtiles arguties que puisse inventer l’esprit de controverse; de se surveiller à tous moments, pour ne hasarder ni une phrase, ni un mot que l’on puisse retourner contre lui, et que dix adversaires sont prêts à saisir au passage, pour l’en écraser, au moment décisif! Et, comme pour rendre la partie plus inégale encore, l’usage voulait que, dans les thèses quodlibétaires,le candidat fournît lui-même. à ses rivaux et à ses juges les moyens de réparer leurs forces. Dans une pièce attenante à la salle des Actes, étaient servis, à ses frais , du vin et des rafraîchissements. Chaque docteur pouvait, à son gré, aller puiser à la buvette des idées et des inspirations; et il est à croire que parfois l’ardeur de la dispute n’était pas la seule qui échauffât les têtes. Seul, le malheureux restait sur la brèche, sans un moment d’interruption, argumentant, argumenté, criblé d’objections, jusqu’à ce que les douze coups de la grande horloge vinssent mettre un terme à cette longue épreuve.

VIII. Deux ans s’écoulaient dans ces exercices. Vivant d’une vie commune, s’asseyant tour à tour sur les mêmes bancs, comme interrogateurs ou comme répondants, voyant des malades, employant le temps qui leur restait à enseigner à leurs plus jeunes camarades, les bacheliers arrivaient ensemble à l’époque de la Licence ; époque solennelle pour eux : jusque-là ils n’avaient été qu’étudiants ; il s’agissait dès lors de leur adoption dé-

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