CÉRÉMONIES DE LA LICENCE
finitive dans le sein de la Faculté. Avec cette adoption, la licence devait leur donner le droit de pratiquer; c’était donc au fond le grade le plus important. Une fois licenciés, il ne dépendait plus que d’eux de devenir docteurs. Aussi la plupart le devenaient-ils, à moins qu’absorbés dès l’abord par la clientèle, ou retenus par un sentiment de modestie excessive (on en trouverait des exemples), ils ne parvinssent pas au suprême honneur du bonnet doctoral, qui seul pouvait leur conférer, avec le droit de pratiquer, la plénitude des privilèges universitaires ; mais cette réserve était extrêmement rare.
Après ces deux années de contact journalier et d’épreuves incessantes, la compagnie devait être édifiée sur la capacité, sur les connaissances théoriques de chacun des bacheliers. Il ne restait plus qu’à s’assurer s’ils avaient acquis quelque expérience des malades, s’ils possédaient ce bon sens pratique, que la science doit compléter, mais qu’elle ne remplace jamais. Appréciation délicate et toute personnelle, pour laquelle un examen ne saurait suffire ; car ces qualités sont de celles qui ne se jugent qu’à l’œuvre. Dans ce but, les bacheliers comparaissaient de nouveau en corps devant les docteurs, et venaient réclamer leur admission à V examen particulier. C’était là qu’ils devaient une dernière fois justifier de leurs antécédents et de leurs mœurs, dissiper tous les doutes qui pouvaient exister sur le caractère honorable de leurs familles et de leurs relations ; c’était là qu’un obstacle infranchissable arrêtait, en dépit du talent et des recommandations, tout
l’ancienne FACULTE
homme en qui la Faculté pouvait voir poindre lin futur ennemi, un traître à ses institutions, ou seulement un membre indigne. C’était là enfin que, s’il se trouvait un bachelier qui eût exercé la chirurgie ou tout autre art manuel , il devait, avant d’être admis à la licence, non plus seulement prêter un serment, mais s’engager par un acte passé devant notaire’ à renoncer pour jamais à l’exercice de cet art : « Car, ajoutent les statuts, il convient de garder dans toute sa pureté et toute son intégrité la dignité du corps médical. » *
Cela fait, les candidats devaient se rendre révérencieusement au domicile particulier de chaque docteur. Là, seul à seul, dans le silence dn cabinet, loin de l’appareil pompeux des écoles et des fascinations d’un examen public, qui peuvent si bien donner le change sur le mérite réel des hommes, et faire accepter les vices de ï’esprit ou du caractère, sous le bénéfice d’une forme brillante et d’une diction facile, on procédait à l’examen sur la 'pratique . Chaque examinateur pouvait à son aise interroger le candidat sur tous ces mille détails qui ne sont dans aucun livre, et par lesquels une expérience réelle se distingue d’une instruction hâtive et forcée ; il pouvait lui faire voir un malade, et lui dire : « Dans ce cas particulier, que pensez-vous, et que feriez-vous ? »
Ces épreuves confidentielles, faites isolément par chaque docteur, et pour chaque candidat, devaient durer fort longtemps. Lorsqu’elles étaient terminées, la Faculté assemblée par le doyen prononçait au scrutin se-