‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 84 sur 223 · I.A CIRCULATION RECONNUE · texte numérisé non relu

I.A CIRCULATION RECONNUE

Tels sont à peu près les derniers événements de cette longue controverse, qui, après avoir soulevé tant de passions, n’était plus abordée que de loin en loin, et tendait de plus en plus à s’assoupir. La circulation avait sa cause gagnée. Tous les bons esprits l’avaient adoptée. En 1673, Louis X1Y consacrait cette victoire, en instituant, au Jardin des Plantes, une chaire spéciale d’anatomie pour la propagation des découvertes nouvelles. Elle fut donnée à Dionis.

Ce fut l’année même de cette reconnaissance en quelque sorte officielle de la circulation du sang, que Molière traduisit au tribunal du ridicule les derniers champions d’une cause surannée, en mettant cette phrase dans la bouche de Diafoirus faisant l’éloge de son fils : « Sur toute chose, ce qui me plaît en lui, et en quoi il suit mon exemple, c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang et autres opinions de même farine. » Il fallait aux anti-circulateurs ce dernier coup de massue pour les réduire désormais au silence; mais l’on peut affirmer que ce que Molière achevait alors, l’opinion l’avait commencé depuis longtemps, et qu’il se sentait d’avance sûr de l’assentiment du parterre.

formation du fœtus.) — Mattot combat ces vues erronées, et cite, entre autres , la fameuse expérience qui consiste à arracher le cœur d’un animal vivant, qu’on voit encore longtemps battre sur la table.

l’aRRÈT BURLESQUE DE BOILEAU.

Cette phrase célèbre a un digne pendant : c’est l’ Arrêt burlesque de Boileau. Cette curieuse pièce, si bien empreinte du langage judiciaire du temps, et où Boileau a si bien utilisé les termes de chicane qu’il avait appris dans sa jeunesse, est de la meme époque, du meme esprit , et a les mêmes origines que le Malade imaginaire. Elle fut conçue et exécutée en commun avec le spirituel médecin Bernier, l’ami de Molière, et, comme lui, l’élève de Gassendi. Bernier fit la requête, et Boileau l’arrêt. Elle eut, dit-on, le mérite de prévenir un arrêt très-sérieux que l’Université songeait à obtenir du Parlement contre ceux qui enseignaient une autre philosophie que celle d’Aristote L Les Considérants sont charmants : Attendu « qu’une inconnue nommée la Raison, » entre autres méfaits, « par une procédure nulle de toute nullité, aurait attribué audit cœur la charge de recevoir le chyle, appartenant ci-devant au foie; comme aussi de faire voiturer le sang par tout le corps, avec plein pouvoir audit sang d’y vaguer, errer et circuler impunément par les veines et artères, n’ayant autre droit ni titre pour faire lesdites vexations, que la seule expérience, dont le témoignage n’a jamais été reçu dans lesdites Écoles... La Cour... ordonne au chyle d’aller droit au foie sans plus passer par le cœur, et au foie de le recevoir1 2. Fait défense au sang d’être

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