‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 85 sur 223 · Vov. Boileau, Discours sur l'ode · texte numérisé non relu

Vov. Boileau, Discours sur l'ode

2. Boileau fait erreur. Le chyle va parfaitement au foie, ce qui ne l'empêche pas d’aller aussi au cœur. Ainsi le procès était susceptible d’une solution à l’amiable. Voy. plus haut, Note, p. 162.

l’antimoine.

plus vagabond, errer et circuler dans le corps, sous peine d’être entièrement livré et abandonné à la Faculté de médecine, etc. » De pareilles boutades font plus de mal à une vieille doctrine qui se meurt, qu’un volume de bonnes raisons.

Y. Pour l’antimoine , il n’en était pas tout à fait de même. Ici, il ne s’agissait plus d’un de ces faits d’expérience, pouvant se vérifier à toute heure, obéissant à une loi constante, et ne demandant, pour s’imposer à la raison, qu’une attention suffisante, et de la bonne foi. Ce n’était plus d’un fait qu’il s’agissait , mais d’une méthode, et d’une pratique. Mille questions secondaires se cachaient sous cette question fort simple en apparence; et, ce qui est plus grave, des intérêts de toute nature s’y trouvaient engagés. Ceci vaut une explication.

Si l’on en croit une légende fort discutable, Basile Valentin, moine bénédictin du couvent de Saint-Pierre à Erfort, au commencement du seizième siècle, et de plus philosophe, alchimiste, astrologue et médecin, comme on l’était alors, isola le premier un métal mal connu avant lui, et dont il eut l’idée de faire l’application à l’art de guérir. Il en fit prendre d’abord à des porcs, à qui ce régime réussit à merveille. Ces animaux engraissaient à vue d’œil. Le minerai d’antimoine contient toujours une certaine proportion d’arsenic : or l’arsenic, pris à petites doses, engraisse, ainsi que le savent fort bien les paysans de la Styrie et de la basse

SES ORIGINES

Autriche l. Encouragé par ce premier succès, Basile Valentin en fit prendre aux moines de son couvent. Soit que cette nouvelle préparation fût mal faite, ou qu’il leur en eût donné une trop forte dose, il les rendit fort malades. 11 en tira cette conséquence : le nouveau métal convient aux porcs, et ne convient pas aux moines. 11 l’appela donc antimoine. Toutefois il paraît qu’il ne se tint pas pour battu, fit de nouveaux essais, et crut avoir trouvé la panacée universelle. Il publia sa nouvelle découverte sous ce titre emphatique : Le Char triomphal de l’antimoine ( Currus triumphalis antimonii.)

Paracelse, qui vint trente ans après, s’empara du précieux métal, l’étudia, le perfectionna , en fit un éloge extravagant, et généralisa en médecine une nouveauté qui parut alors prodigieuse : l’introduction dans la thérapeutique des remèdes tirés du règne minéral. C’était le germe de toute une révolution. Paracelse avait toutes les qualités et tous les défauts des novateurs qui font école : une éloquence entraînante, une imagination vive, des airs inspirés , une confiance en luimôme allant jusqu’à l’impudence, une bizarrerie d’idées et de langage , qui empêchera toujours de savoir au juste si c’était un fou, ou un homme de génie. Peut-être était-il l’un et l’autre. Il légua à ses successeurs, avec quelques découvertes réelles, un système philosophique indéchillrable, qui a fait le désespoir de tous les commentateurs, mais qui s’annonçait du moins avec un

1. Voy. les observations du docteur Tschudi, reproduites par V Union médicale, mai 1854.

l’antimoine.

caractère évident : la rupture complète, éclatante, outrecuidante, avec toutes les traditions de l’antiquité.

Le seizième siècle fut l’âge d’or de l’alchimie. Elle s’y développa, surtout en Allemagne, cette terre classique du mysticisme et de la rêverie, entourée de tout son nébuleux cortège de sciences occultes, la cabale, l’astrologie, la chiromancie. Elle y devint à la fois une industrie et un système : industrie persécutée, mais persévérante ; système peu défini, jamais avoué, entouré du plus profond mystère, ne se transmettant qu’aux adeptes, après une longue initiation, et présenté dans les écrits des Answald, des Thurneysser, dans un style dont l’obscurité renchérit encore sur celle de Paracelse. Au fond de tout cela, se cache une sorte de panthéisme, la croyance non-seulement à l’harmonie universelle, mais à une véritable vie répandue dans toute la nature, même inanimée, et y réglant l’action réciproque de toutes les parties du grand tout les unes sur les autres. — Il ne s’agit plus seulement de faire de l’or. L’or véritable, Vor des sages , bien différent du grossier métal qui brille aux yeux du vulgaire, possède des vertus prodigieuses, peut-être celle d’éterniser la vie, du moins le pouvoir de guérir toutes les maladies qui affligent l’humanité. L’or potable, voilà le grand œuvre, le véritable but de l’alchimie. Qui sait si l’invention de l’antimoine ne serait pas un premier pas dans cette voie?... Quelques-uns osèrent même avancer que c’était là enfin cette panacée tant attendue. En tout cas, il est certain que c’est parmi les alchimistes qu’il trouva ses plus fer-

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