‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 89 sur 223 · LA SAIGNÉE · texte numérisé non relu

LA SAIGNÉE

pour un rhumatisme, M. Baralis onze fois en six jours, à l’âge de quatre-vingts ans. Après cela , dira-t-on qu’ils ne sont pas sincères? — Mais malheur à ceux qu’on ne saigne pas, ou qu’on saigne modérément ! Guy de Labrosse (un médecin!) est mort sans saignée. On la lui proposa : « Il répondit que c’était le remède des pédants sanguinaires (il nous faisait l’honneur de nous appeler ainsi), et qu’il aimait mieux mourir que d’être saigné : aussi a-t-il fait. Le diable le saignera en l’autre monde, comme le mérite un fourbe, un athée... » Ces invectives, ce souhait de la damnation éternelle, pour un homme qui a refusé de mourir dans les formes , n’est- ce pas là le sublime du comique ?

Que de tels excès eussent depuis longtemps choqué un bon nombre de médecins , il n’y a pas lieu de s’en étonner. Reste à savoir si l’émétique et les autres préparations d’antimoine leur réussissaient mieux. Je ne parle pas des charlatans qui le donnaient à tort et à travers. Il est certain que ceux-là empoisonnaient leurs malades. Quant aux médecins qui s’en servaient en conscience, il est aussi facile d’expliquer leurs succès que leurs revers. Malgré les nombreuses études dont ce médicament avait été l’objet, la science ne possédait alors aucun moyen de s’assurer si les préparations usitées ne contenaient pas d’arsenic, et cette cause d’erreur non soupçonnée explique comment, de très-bonne foi, et avec autant de raison, les uns en constataient d’excellents effets, et les autres en voyaient résulter de

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