‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 88 sur 223 · SES PARTISANS ET SES DÉTRACTEURS · texte numérisé non relu

SES PARTISANS ET SES DÉTRACTEURS

pas plus de la moitié de la totalité du sang. On citait avec admiration cet aphorisme de Botal : « Le sang, dans le corps humain, est comme l’eau dans une bonne fontaine : plus on en tire, et plus il s’en trouve! » Cela peut mener loin.

Guy Patin n’y manquait pas : c’était la première de ses convictions. Il faut voir avec quel plaisir il cite et commente ce fameux vers de Joachim du Bellay :

O bonne, ô saincte, ô divine saignée !

« Ce remède, dit-il, hardiment et heureusement réitéré au commencement des maladies, est un des principaux mystères de notre métier. » Et il donne l’exemple : il fait saigner sa femme douze fois pour une fluxion de poitrine, son fils vingt fois pour une fièvre continue. Ni le sexe ni l’âge ne sauraient l’arrêter : « Nous guérissons nos malades après quatre-vingts ans par la saignée, et saignons aussi fort heureusement les enfants de deux et trois mois, sans aucun inconvénient : j’en pourrais montrer vivants dans Paris, saignés en ce bas âge, plus de deux cents. » Et en effet, si nous consultons sa correspondance, nous le voyons saigner treize fois en quinze jours un enfant de sept ans; il en saigne un de deux mois, un autre de trois jours ! Lui-même se fait saigner sept fois pour un simple rhume, et il rapporte de ses confrères des exemples non moins beaux de dévouement aux principes : M. Mantel saigné trente-deux fois pour une fièvre, M. Cousinot soixante-quatre fois

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