Chapitre VI. Des Contradictions, etc
On me dispensera de faire l’analyse de ce libelle, ainsi que de plusieurs autres de la même douceur, et du même mérite.
XIII. Il est intéressant de suivre l’attitude de Guy Patin dans cette grande querelle. Chaud partisan de la tradition, ennemi déclaré de l’antimoine, il est aussi fort ami de son propre repos. Aussi ne lance-t-il pas de manifeste; il se contente d’attiser le feu avec une singulière complaisance. « Les ministres et le Mazarin sont les démons de la France; les Turcs, de la chrétienté; les chimistes, les apothicaires et les charlatans sont les démons du genre humain en leur sorte, prin-
ATTITUDE DE f.UY PATIN.
cipalement quand ils se servent d’antimoine. » Voilà sa profession de foi, et le fond de sa pensée.
Toutefois il y met d’abord une certaine discrétion. Il écrit en 1650 à Falconnet : « Je pense vous avoir envoyé ci-dévant Siibii novœ vindiciæ , en vers hexamètres et pentamètres contre l’antimoine; en voilà d’autres un peu meilleurs que je vous envoie. Ne dites à personne que ce soit moi qui vous les ai envoyés. » Vers cette époque il semble conserver encore quelque indécision : « Je sais trop bien que s’il appartient à quelqu’un de se servir d’antimoine, que c’est affaire aux docteurs dogmatiques, qui sauront bien prendre leur temps et le donner bien à propos, lorsqu’il est bien préparé. » On peut penser, sans jugement téméraire, qu’il n’ignore pas, à ce moment, qu’il est question de lui pour le prochain décanat; il ne veut pas compromettre ses chances. Une fois doyen, il a moins de précautions à prendre; à mesure que la querelle s’envenime, sa tête se monte, et il devient de plus en plus intraitable. C’est une nature trop entière pour s’en tenir longtemps aux moyens termes et aux tiers partis. 11 a d’ailleurs à cela des raisons personnelles. L’antimoine et Guénaut, cela ne fait qu’un dans son esprit, comme dans celui de tout le monde ; et Guénaut lui est particulièrement odieux à divers titres, mais surtout comme médecin du cardinal Mazarin. Aussi X Orthodoxe de Germain trouve en lui un fervent admirateur, et il va sans dire que Y Antimoine triomphant d’Eusèbe Renaudot lui paraît une œuvre plate et absurde.